‹ Contes populaires malgaches: recueillis, traduits et annotésChapitre 62 sur 117 · LES DEUX FRERES · texte numérisé non relu

LES DEUX FRERES

demanda Ratananomby? » — « Nous sommes vêtus de bleu *, répondirent les serviteurs, et nos cheveux ne sont pas tressés parce que nous avons perdu notre maître. » — « Dites aux parents de votre maître que je viens leur rendre visite. » Les domestiques rapportèrent ces paroles au père et à la mère qui commandèrent de faire entrer les visiteurs. En pénétrant dans la cour de la maison, Ratananomby prenant un valiha 2 qui se trouvait là par hasard, se mit à en jouer : « Ne jouez pas, dit le maître de la case, parce que nous sommes en deuil. » — « Laissez-moi faire, reprit le jeune homme, je vous donnerai la piastre mortuaire 3 . » L'homme et la femme acceptèrent. Ratananomby s'accompagnant avec le valiha, chanta :

Hélas ! une promesse funeste M'a fait abandonner.

Ce sont les deux frères qui ont fait cela, En Rengageant à tuer le fils qui naîtrait;

Parce qu'ils croyaient que cet enfant

Devenu grand tuerait son père et sa mère,

i. Voir la note i, p. 94.

2. Instrument de musique fait avec un gros bambou, dont l'écorce soulevée, partage'e et placée sur des chevalets, forme les cordes qu'on touche comme celles de la guitare. Cf. Dictionnaire malgache-français, p. 748.

3. Il est d'usage d'offrir une piastre ou môme un morceau d'argent de valeur inférieure aux personnes amies qui viennent de perdre un de leurs parents.

C'est moi qui suis cet enfant-là !

Je suis Ratananomby ; Toujours vivant bien qu'on ait voulu Me faire périr.

Le père et la mère, étonnés de ces paroles, demandèrent : « Tu es vraiment Ratananomby, notre enfant; car tu nous ressembles? » — « Je vous l'affirme, répondit le jeune. homme. » Et son père et sa mère se prosternèrent à ses pieds. Puis, l'esclave qui avait jeté dans l'étang Ratananomby enfant, après lui avoir fait une marque, ajouta : « Enlève ton chapeau, maître. » Lé jeune homme obéit et montra, en se découvrant, une cicatrice à son oreille.

C'était la marque que lui avait faite l'esclave. Celui-ci alla donner aux parents l'assurance formelle que ce jeune homme était leur enfant.

Le père et la mère joyeux, déchirèrent leurs vêtements de deuil, en revêtirent de neufs et firent tuer des bœufs, des moutons et des porcs pour fêter le retour de leur fils. La musique et le tambour annonçaient les réjouissances dans le village. Le frère aîné, père deRatongotromby, entendant ce bruit, demanda ce qui se passait chez son cadet : le fils de ton frère, lui répondit-on, qu'on avait jeté dans un étang, est encore vivant et vient d'arriver chez son père : « Mon frère m'a trompé, dit l'aîné, en m'affîrmant que son fils avait été noyé. Il l'a au contraire remis

Page 1