LES TROIS PRINCESSES
habiller Sandroy, puis il lui donna des souliers en or. Sandroy se rendit ensuite à la fête. Dès qu'elle entra, le fils du roi courut, joyeux, vers elle, lui prit la main et la fit danser. Au milieu de la nuit, les invités regagnèrent leur case. Sandroy en partant, laissa un de ses souliers d'or sous la natte qui recouvrait le parquet; puis, elle courut rendre ses vêtements au rat. Ses deux sœurs la rejoignirent peu après : « Sandroy, dirent-elles, que cette petite fille qui nous a supplantées, auprès du fils du roi soit, à jamais maudite et malheureuse ! Andriamohamona a même dit à quelqu'un de son entourage qu'il prendrait cette fille pour épouse dès qu'il la reverrait. »
Le lendemain, les esclaves du roi balayant la salle du bal, trouvèrent le petit soulier d'or sous la natte et l'apportèrent à Andriamohamona : « Celle des danseuses, dit celui-ci, qui chaussera ce soulier, deviendra ma femme..
C'est Dieu qui me la donne et me la fera connaître à ce signe. » Le soir, dès que le tambour battit, les deux sœurs aînées se rendirent au bal. Sandroy les y suivit parée, comme d'habitude, par le rat et fut l'objet de. la part d' Andriamohamona des mêmes attentions. Celui-ci réunit toutes les jeunes filles invitées et leur dit : « Revenez demain. Vous essaierez un soulier
et celle qui pourra le chausser deviendra ma femme. » Aucune d'elles ne put arriver à introduire son pied dans la mignonne chaussure :
« N'y a-t-il pas d'autres filles dans le village, demanda le fils du roi aux deux sœurs? » — « Oui, répondirent-elles, nous avons une domestique qui garde notre case. » — « Qu'on la fasse venir, ajouta Andriamohamona. » Sandroy arriva et chaussa le soulier d'or*. L'étonnement des jeunes filles fut grand : les deux sœurs surtout étaient honteuses de ce dénouement.
Le fils du roi, fidèle à sa promesse, fit donner à Sandroy de riches vêtements. La jeune princesse retourna chez elle où le rat la fit baigner et lui fit repousser ses cheveux qu'il arrangea en longues tresses. Sandroy, redevenue jolie, prit le second soulier d'or qu'elle avait conservé et l'apporta au fils du roi :
« Es-tu vraiment la domestique de ces deux femmes, lui demanda Andriamohamona? » — « Non, répondit -elle, je suis leur cadette.
Elles avaient rasé mes cheveux et me faisaient porter leurs bagages comme à une esclave pour m'enlaidir, parce que je suis plus jolie qu'elles. » — « Ces deux femmes ont été méchantes à ton égard, ajouta le fils du roi ; je les chasse de mon village. » Les deux aînées se mirent en route, poursuivies par les huées du peuple; et chemin faisant, elles