‹ Contes populaires [microforme]Chapitre 8 sur 17 · PAT PÉTER LE · texte numérisé non relu

PAT PÉTER LE

la vieille demeure, et les volets verts, mais primitivement gris, qui garnissaient les fenêtres aux vitres étroites, contribuaient encore à lui donner un air toutà-fait jeune, riant et coquet.

Tout en facc, sur le rebors du chemin, la grève descendant en pente douce, offrait un terrain planté d’arbres et d’arbustes, que Madame Cardon avait fait entourer d’une clôture, pour y établir son jardin.

C'était ellemème qui en avait tracé le plan, et chaque soir, pendant les longues soirées d'été, on la voyait joyeusement affairée, trottant d’un pas léger parmi ses petits sentiers et dirigeant les travaux horticoles de son mari, qui avait vouiu être son élève et son très-humble et obéissant jardinier. Les heures s’envolaient joyeuses au milieu de ces douceset innocentes occupations. Souvent le père Martin venait à la nuit tombante, surprendre ses enfants—il ne les ap pelait pas autrement—et ce n’était pas chose fort difficile, puisque le jardin se trouvait penché sur la rivière. Il n'avait qu'à ne pas chanter sa chanson favorite, en guidant silencieusement son canot, le long de la rive, pour être sûr de les voir sans être vu. Plus d’une fois, le bonhomme s'était oublié, dans une muelte extase, à les contempler se promenant sous un berceau de feuillage que leurs mains avaient élevé. A la vue de sa chère Marie si heureuse, et d’un gendre dont il était fier à si juste titre, des larmes de joie venaient mouiller sa paupière, mais l’heureux père les essuyait bien vite et entonnait de sa voix la plus retentissante :

En roulant ma boule, ma boule roulant.

A ces paroles aimées et connues, répondaient deux cris joyeux: voilà papa! et Pierre et Marie s'élançaient au-devant du vieillard attendri.

— Allons! mes enfants! la rivière est belle, un petit tour sur l’eau ne vous fera pas de mal.

Bientôt le canot s’éloignait, bercé mollement sur la face tranquille du grand fleuve, et le bonhomme recommençait sa ballade, dont Pierre et Marie répétaient le refrain. Leurs voix se mariaient.à la voix de la brise, au murmure du fleuve, et à ces milliers de soupirs vagues et indéfinis que l'oreille attentive perçoit dans le calme de nos belles nuits, et qui semblent, aux cœurs pieux, l'hymne du soir de la terre s'élevant vers le ciel.

Si le silence venait à régner dans le canot, soit que les heureux enfants s’oubliassent à regarder la lune etles myriades d'étoiles, soit que le rossignol fit entendre sa voix du haut des arbres qui miraient leur feuillage assombri dans la glace transparente des eaux, le bonhomme se plaisait à leur faire quelqu’une de ses niches qui ne manquaient jamais leur effet. Tantôt il frappait avec bruit, du plat de son aviron, la surface de l'eau, et faisait pleuvoir traitreusement sur ses com. pagnons silencieux, une averse de perles liquides. Quelquefois aussi, lorsqu'ils étaient au beau milieu de la rivière, il sautait lourdement sur son siège, et im primait ainsi au canot des mouvements d’oscillation si imprévus et saccadés, que Marie en poussait des cris de terreur folle. La peur une fois passée, de joyeux éclats de rire, partant comme des fusées, allaient réveiller les échos d’alentour, et les chansons recommençaient de plus belle.

L'été ne dure pas toujours. C’est très fâchèux pour les pauvres gens et un peu pour tout le monde ; car en

petit

ur la e reaient de la } sOU- >rçoit , AUX | vers

t que lune it en- ; leur eaux, le ses tôt il ice de com.

rides.

eu de pt im on si ris de éclats er les

t de

pour ar en

PIERRE CARDON. ot

vérité, lecteur, il est magnifique dans notre chère patrie ; mais le bon Dieu l'a voulu ainsi, et il sait bien ce qu’il fait, comme dit le bon Garo du bon Lafontaine. L'automne arriva donc à pas de loup, et les feuilles commencèrent à se faire jaunes, rouges, de toutes couleurs; puis, vint le vent qui les fit tomber une à une. et, un beau matin, ou plutot un triste matin, il n’y en eut plus Chaque jour le soleil se levait plus tard et plus triste. On eut dit qu’il semblait réserver l’ardeur de ses rayons bienfaisants pour des climats plus favorisés, comme s’il eut eu regret de réchauffer des arbres dépouillés et des terres presque nues ne montrant plus cà et là qu’une herbe flétrie et mourante.

Adieu les belles et fraîches nuits d'été! Adieu les beaux clairs de lune et les douces brises faisant trembler la surface étincelante du fleuve, où se bercaient les étoiles ! Mais Madame Cardon regretta peu l'été et ses charmes. Une occupation bien plus sérieuse s'était emparée de son esprit et avait donné une autre direction à ses idées : elle allait devenir mère.

Un jour Madame Cardon, que les pauvres du village appelaient, depuis son mariage, leur chère petite Dame du bon Dieu, car elle savait consoler et soulager leur détresse avec ce tact merveilleux qu'ont seuls la femme et le Prètre, se rendit jusqu’à la demeure de la Sans- Regret, dont elle avait appris le profond dénuement. Cette maison était située dans la plus pauvre rue du village, et offrait l’aspect le plus pitoyable. On eut dit, à la voir, que ses propriétaires avaient pris à cœur de la laisser tomber en ruines. Des pierres manquaient

Page 1