‹ Contes populaires sur les orgesChapitre 11 sur 20 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

plus jamais les pieds au pays. » Précisément, un attroupement de curieux s'était formé autour du puits et il était composé en majeure partie des gens qui s’étaient conjurés pour débarrasser leur contrée de Mqidech. Comme donc celui-ci, par ses paroles artificieuses, essayait de la piquer au vif et de la décider à l'accompagner, les spectateurs finirent par prendre son parti et crièrent à la Settout : « Il a raison. Voilà qui est parler. Il faut que tu ailles avec lui. » Elle finit par sortir de sa prudence habituelle et déclara : « J'irai. ». Et aussitôt elle prit des provisions et Mqidech aussi et ils partirent.

Après avoir marché dans les déserts et les montagnes, ils arrivèrent sur les bords d’un cours d’eau. Là le chemin bifurquait. « Prends par là, dit Mqidech à la Settout, moi je prendrai par ici, et nous nous retrouverons là-bas.» Ils se séparèrent et s’en allèrent, marchant toujours d’un lieu à un autre, pendant que leurs compatriotes faisaient des vœux pour le retour de la Settout, et priaient Dieu qu'elle ramenât la captive et que Mqidech fût dévoré par les Ghouls ou périt en chemin.

Quand la Settout et Mqidech se furent de nouveau réunis, ils allèrent encore de ville en ville et de désert en désert, tant qu’enfin ils se trouvèrent devant une maison en fer et une cabane

en roseaux. Mqîdech, grâce à son astuce, devança le Settout et, se jetant dans la maison de fer, s’y enferma. La Settout se retira dans la cabane en roseaux. L'endroit où ils se trouvaient était précisément le jardin de la Ghoule et de son fils, et la maison en fer, comme la cabane en roseaux, était leur propriété. Chaque nuit, Mqîdech entrait dans ce jardin et y mangeait les fruits mûrs; puis, il regagnait la maison en fer où il s’enfermait. La Settout en était réduite à souffrir la faim. Un jour la Ghoule entra dans le jardin avec son fils. Ils remarquèrent que des fruits avaient été cueillis. « Comment peut-il se faire que ces fruits aient été arrachés? demanda la Ghoule. » — Il y a là-dessous quelque histoire d’adamite, dit son fils. Sans aucun doute, ce sont des hommes qui sont entrés et en ont pris. Rentre à la maison. Je vais faire le guet ici, je verrai bien qui vient ramasser pour nous la récolte. » Là [dessus Za’moum voulut entrer dans la maison en fer. Mais il en trouva la porte fermée. Il se rendit à une autre maison qu’ils avaient dans un jardin voisin et s’y cacha. La Ghoule alla se blottir dans un pli du ravin et attendit pour prendre aussi le voleur sur le fait.

A un moment donné, Mqîdech ouvrit la porte de la maison en fer. Il sortit. Il alla au verger; prit des fruits et les mangea. La Ghoule avait

les yeux attachés sur lui. Elle aurait pu sortir alors et le prendre. Elle se retint. Elle le laissa descendre de l’arbre. A ce moment, elle s’approcha pour le saisir ; mais, d’un bond, il sauta dans la maison en fer qu’il referma. Quand elle arriva derrière lui sur le seuil, elle trouva la porte close. Elle heurta. « Pourquoi frappes tu ? lui demanda Mqidech de l’intérieur. Qui estu? » — « Je suis une Ghoule, lui répondit-elle. Je m’appelle Qâmoum. » — « Ecoute, lui dit Mqidech. Quand tu viendrais ici avec cent Ghouls ou Ghoules, tu ne l’emporteras jamais sur Mqidech pour la ruse. On m’appelle Mqidech - qui-donne-des - ennuis et-q ui-ne-ferme-l'œil-ni-le-jour-ni-la-nuit... » — « Et moi, lui répliqua la Ghoule, on m'appelle Qâmoum- !a-cervelle-aux-soucis, mon fils est Za'moum, lc-lécheur-de-sang.

Quand ilssc furent ainsi bravés, elle se retira et Mqidech resta là. Elle alla appeler son fils et lui rapporta les paroles de Mqidech. « Ne crains rien, ma mère, lui dit-il. Nous allons nous rendre maitres de lui et nous l’emmènerons prisonnier. »

Or la sœur de Mqidech assistait à ce colloque, mais elle ignorait qu’elle eut un frère. « Ma mère, dit-elle à la Ghoule, emmène-moi au jardin avec toi. Je voudrais voir ce que va faire ce Mqidech. » — « Je le veux bien », lui dit-elle.

Elles s'y rendirent sur le champ avec Z'amoum et ils le parcouraient, l’œil au guet, lorsque Qàmoum crut voir une ombre. « Entre dans la cabane en roseaux, dit-elle à son fils, et regarde qui s'y trouve. » Il y courut ; il entra et y vit la Settout accroupie. « Qu’est ce qui t’a amenée ici ?» lui dit-il. Elle lui répondit : « C’est un mot que j’ai dit, hélas ! qui m’a mis dans ce mauvais pas. » Il la prit par la main et l’amena devant sa mère. « Qui es-tu, lui dit la Ghouie, et d’où viens-tu ?» — « Je suis la Settout, lui dit-elle, je te dirai toute la vérité. Je suis venue pour manigancer la fuite de la jeune fille que voilà et pour la rendre à ses parents. Maintenant je suis dans tes mains. Traite-moi comme tu voudrais être traitée. Je suis en ton pouvoir. Egorge moi ; écorche moi. » La Ghouie alors la con" duisitdansune maison où elle l’enferma. Et cette scène s’était passée devant Mqîdech qui avait tout vu et tout entendu. La Ghouie ensuite s’adressant à son fils : « Va, lui dit-elle, chercher tes tantes paternelles et maternelles et tous nos amis. Il faut nous réunir à l’occasion de cette Settout et la manger lambeau par lambeau. » Et en effet il partit et convoqua tous les Ghouls qu’elle lui avait cités. Ils arrivèrent sur le champ, lis mangèrent la Settout; après quoi, il allèrent dans une forêt où il s’arrêtèrent, allumèrent des feux etse livrèrent à differents jeux et à la danse.

T. II

Pendant ce temps, la sœur de Mqîdech était restée seule dans le jardin. Mqîdech sortant de sa maison de fer vint la prendre et l'emmena avec lui dans sa retraite. Après que sa surprise fut passée, elle lui demanda : « Qui es-tu ? » — « Tu es ma sœur, lui dit Mqîdech, la propre fille de mon père et de ma mère. Je m’appelle Mqîdech. » Et il lui fournit des détails caractéristiques sur leur père et leur mère et des particularités de leur jardin et de leur maison. Bref, ils s'enfuirent tous deux et coururent jusqu’à la nuit qui les surprit dans une forêt. Ils la passèrent à l’abri dans une caverne. Or, cette forêt était chaque nuit battue par les Ghouls en quête de quelque proie. Lajeune filledormit, entraînée par le sommeil. Mais lui, suivant son habitude constante, ne ferma pas l'œil. 11 entendit les Ghouls, sortant il ne savait d’où, battre le sol avec leur pieds comme les fléaux battent l’aire. Ils échangeaient des appels, râlements gutturaux d’ânesqui vont braire, hennissements sonores et ronflements vibrants. Comme parfois ils s’appelaient les uns les autres, il distingua le nom de la Ghoule Qâmoum dmâgh elhmoum et celui de son fils Zamourti lehhâs edmoum. Mqîdech passa par d'horribles transes et il se repentit d’avoir cherché nn abri pour la nuit dans ce bois. A un moment, sa sœur se réveilla en sursaut et glacée d’effroi. Elle vit

son frère abattu, angoissé, épouvanté. « Eh quoi ! mon frère, lui dit-elle, toi qui te crois tant d’astuce, aurais-tu peur ?» — « Je n’ai peur de rien, lui répondit-il. Dors seulement tranquille. » Enfin la nuit se passa sans qu’on les arrachât de leur grotte.

Le lendemain, ils se levèrent et se mirent en route. Ils allèrent de ville en ville, mendiant chez les habitants leur nourriture, jusqu’à ce qu’enfin ils fussent dans leur pays. Quelques uns des habitants aperçurent Mqîdech et ils en restèrent bouche bée. Quant à la fille, ils ne la reconnurent pas. Se repliant aussitôt vers le cœur de la ville, il vinrent annoncer le retour de Mqîdech. Cette nouvelle souleva une émotion générale. Les gens quittèrent leur logis pour aller observer les arrivants. Ils étaient d’ailleurs profondément dépités de voir rentrer Mqîdech à la maison tandis que la Settout ne revenait pas. On alla l'interroger. « Où as-tu laissé la Settout ? lui demanda-t-on. » — « Dans l’estomac des Ghouls ! » leur répondit-il. Enfin le frère et la sœur entrèrent chez leurs parents et les saluèrent. Ceux-ci furent au comble de la joie. Et Mqîdech, avec sa ruse, demeura au milieu de ses compatriotes jusqu’au jour où le roi de la mort vint le trouver.

( Conté par Hanifa bent cl hadj Lakhdar, blidéenne.

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