LE JARDIN DE LA BONNE GHOULE
On raconte d’un roi qui vivait dans les premiers temps qu’il n’avait pas son pareil parmi les rois pour l'opulence. Il était unique à ce point de vue dans son siècle. (Le même roi) avait un frère si pauvre qu’il ne possédait pas le matin son repas du soir. Une nuit que les femmes des deux frères s’entretenaient ensemble, l’une d’elles, la femme du pauvre, parla et dit : « Si je voyais la nuit d’el Qadr, (où tous les souhaits se réalisent), je demanderais à Dieu de me donner une fille à qui nulle autre ne pût se comparer pour la beauté. » La femme du roi parla aussi et dit : « Si je voyais la nuit d’el Qadr, je demanderais à Dieu de me donner une fille si laide qu’il ne se trouvât rien en elle qui se pût regarder. Grâce aux richesses de son père elle saurait bien se marier! »
Or ces vœux furent réalisés; car il se trouva que, la nuit où elles causaient ainsi, les portes
du ciel s’étaient ouvertes : c’était la nuit d’el- Qadr, sans qu’elles s’en fussent aperçues; et Dieu avait agréé leurs souhaits tels qu’elles les avait formulés. Elles conçurent donc en même temps et elles accouchèrent le même jour, à la même heure. Celle qui avait demandé une beauté vit son désir accompli; et celle qui avait demandé une laideronne de même.
On éleva les deux enfants. Quand la belle fut déjà grandetle, qu’elle entra dans sa troisième année, son oncle, le roi, la prit chez lui, pour l’élever, charmé de sa grâce et de la vivacité d’esprit qu’elle montrait, toute petite qu’elle fût. Quand elle eut pris quelques années, elle se mit au ménage avec les servantes. (On l’appelait Chemsène ediât felqelb ahlàt, Soleil-desplendeur - qui - répand - sa - douceur - dans- lescœurs.) La laideronne, Eqtîtet esouâd ou tînet el ouâd, Chatonne-noire-et-poignée-de-vase-dutorrent, toujours assise, ne se livrait à aucun travail. (Elle était aussi très maladroite). Parfois, la femme du roi envoyait sa fille chercher de l'eau dans une cruche et en même temps disait à Chemsène ediât : « Porte-moi de l’eau dans le tamis. Eqtîtet esouâd, qui l’apportait dans la cruche, en répandait sur le sol et Chemsène ediât, qui l’apportait dans le tamis, n’en perdait pas une goutte. Aussi la reine lui faisaitelle supporter toutes sortes de mauvais traite-
ments. Elle était jalouse quand elle voyait la laideur de sa propre fille et la beauté extraordinaire de la fille de sa belle-sœur.
Un jour qu’elle avait donné à sa fille une cruche et à Chemsène ediàt un tamis, celle-ci, en essayant de le remplir d’eau sans en verser, lâcha le tamis dans la rigole. L'eau de cette rigole passait sous un canal couvert pour déboucher ensuite dans le jardin d’une Ghoule. La Ghoule aperçut l’enfant de sa fenêtre. Elle lui dit : « Que cherches-tu, ma fille? » — « Mère, je cours après un tamis qui m’a échappé des mains et que le courant emporte dans ton jardin. » — « Voyons, lui dit la Ghoule, par où veux-tu entrer, par le canal ou par la porte ?» — « Non, ne te dérange pas, petite mère, je vais me glisser par ce boyau qui sied fort bien à ma personne. » La Ghoule vint lui ouvrir la porte en lui disant : « Entre parla porte, ma fille ! »
Quand elle fut entrée, la Ghoule lui dit : « Apporte-moi la hache, (la tête me démange). » (1) Elle lui fit passer un peigne. La Ghoule lui dit encore : « Apporte ici la vaisselle (sale) et brisela. » Elle alla chercher la lavette en crin végétal et le savon et elle nettoya la vaisselle. Elle lui dit alors, en lui mettant un pot dans les mains : « Va au fond du jardin et apporte-moi
(1) Cf. le ier volume, p. 128,
de l’eau. » Elle avança et rencontra sur sa route un chien (à l’attache) qui avait devant lui une mesure de son, et, non loin de là, un mulet devant qui on avait posé un tas d’os. Chemsène ediât ôta les os de devant le mulet et les mit à la portée du chien. Elle prit aussi le son et le plaça devant le mulet. Alors le chien parla : « Qu’Allah te donne d’inspirer le respect que j’inspire et te dispense de dégager l’odeur que je dégage ! » Le mulet dit aussi : « Qu’Allah te donne ma force et t'épargne ma rustrerie et ma lourdeur ! » Elle entra ensuite dans le parterre. Elle y remarqua une tige de « fell » (i) enchevêtrée dans les branches d’un pied de jasmin. Elle la dégagea. Le « fell » parla: « Qu’Allah te donne le teint blanc de ma fleur et te garde du teint vert de ma feuille ! » Le jasmin parla : « Qu’Allah te donne ma douce senteur et te fasse grâce de ma rapide flétrissure! » Elle fit quelques pas dans le jardin et trouva un rosier de roses musquées dans les épines duquel s’était embarrassé un lys. Elle les sépara. « Qu’Allah te rende semblable à moi, lui dit la rose, et que nul ne te sente sans louer le Prophète (2); mais qu’Allah te préserve
( 1 ) Jasmin d'Arabie.
(2) Coutume courante : en sentant une rose, on dit ; qu'AUah bénisse et salue le Prophète 1
d’avoir mes piquants ainsi que ma fragilité!» « Qu’Allah te donne, lui dit le lys, la richesse de ma sève, la volupté de mon arôme, l’éclat de mon rayonnement! » Elle continua d’avancer. Elle aperçut deux pigeons qui se battaient. Elle les sépara. « Si jamais tu as besoin de nous, lui dirent-ils, pense à nous et nous serons aussitôt à tes côtés. » Un peu plus loin, elle fit la rencontre de deux serpents, l'un noir et l’autre blanc, qui étaient aux prises. Elle les sépara. Us lui donnèrent du benjoin: « Si jamais tu te trouves en danger, lui dirent-ils, brûle quelque morceau de ce benjoin et nous serons près de toi. L’un de nous est le fils de Ben Lekhal et l’autre le fils de Ben Lebiod, tous deux rois des génies musulmans. » Elle poursuivit sa route et tomba bientôt sur deux armées de fourmis qui se livraient bataille. Elle les sépara. Elles lui apportèrent quelques grains de couscouss. « Quand tu seras dans l’embarras, lui direntelles, jettes-en tant soit peu dans du feu et nous serons près de toi. » Ces fourmis n’étaient autres que des génies. Elle poussa un peu plus loin et trouva une gazelle qui tenait tète à un lion. Elle les sépara. « Qu’Allah te donne, lui dit le lion, ma majesté et ma vaillance, sans te donner l'haleine forte de ma bouche ! » — « Qu’Allah, lui dit la gazelle, te donne mon élégance et ma vigueur et répande
sur tout ton corps l’odeur de mon musc ! » Or tout ceci se passait le soir du quinzième jour du mois. Et la lune lui parla et lui dit : « Qu’Allah te donne ma splendeur et ma beauté et qu'il te tienne dans un ciel toujours pur ! » Et deux étoiles se firent entendre. L’une disait à l’autre : « Quel est, ma sœur, le nom de
cette jeune fille?» -«Son nom est Soleil-des splendeurs-qui - répand -sa - douceur - dans -les cœurs; (et j’ajoute) celle qui par la grâce, la sveltesse et l'éclat surpassera toutes les belles. Qui s’approchera d'elle vivra et qui s'éloignera d’elle mourra. »
Enfin elle apporta l’eau à la Ghoule. « Que veux-tu, lui dit celle-ci, que je t’apprête pour ton souper ? Veux-tu du pain d’orge ou du pain azyme ?» — « Donne-moi du pain d’orge. » Elle lui servit du pain azyme. « Veux-tu dormir, lui dit-elle encore, sur de la laine ou sur des épines.» — « Sur des épines. «Elle lui étendit un bon matelas de laine. Chemsène ediât passa la nuit chez la Ghoule. Le lendemain matin, celleci lui fit don d'une sacoche et de trois noix. Elle les prit et revint chez le roi, son oncle.
Le roi avait dans sa cour un coq qui, voyant venir la jeune fille, se mit à chanter : « Oh ! Oh ! Oh ! ma maîtresse apporte une sacoche ! » Elle entra et vida cette sacoche: elle était pleine de louis. A cette vue, sa tante se jeta sur elle et la
roua de coups. Peu s’en fallut qu’elle ne la tuât. Elle la conduisit enfin à la cuisine, lui barbouilla la figure avec de la suie et la consigna dans la compagnie des domestiques.
A quelques jours de là, elle fit venir sa fille et lui remit un tamis. « Va le jeter exprès, lui ditelle, dans le ruisseau, près de la maison de la Ghoule. » Le courant, en effet, entraîna le tamis qui s’engagea sous la voûte de la conduite et en sortit dans le jardin de la Ghoule. Celle-ci regardait la jeune fille de sa croisée. « Que cherchestu ? » lui demanda-t-elle. — « Mon tamis qui a disparu dans la conduite. » — « Par où veux-tu passer pour aller le chercher ?» — « Par la porte. » — « Passe par le canal ! » Elle fut obligée d’y passer. Quand elle fut dans le jardin, la Ghoule lui dit : « Prends la vaisselle et brisela. » Elle se mit à la briser. La Ghoule lui dit : « Apporte-moi la hache et fouille-moi le cerveau. » La jeune fille leva la hache, prête à frapper. « Dépose-la! » lui dit la Ghoule. « Va au fond du jardin, ajouta-t-elle, et apportemoi de l’eau. » Elle trouva le son devant le chien et les os devant le mulet. « Enlève-moi ces os, lui dit le mulet, approche-moi le son.» Elle ne répondit pas. Le chien lui demanda le même service. Elle se tut. Alors, le mulet lui dit : « Qu’Allah te greffe ma queue entre les deux yeux et te donne mon odeur ! » Le chien lui
dit : « Qu'Allah te donne mon aboi et te prive de ma prestance ! » Elle s’enfonça dans le jardin aux fleurs. Elle les trouva entremêlées comme les avaient trouvées sa cousine. Le « fell » et le jasmin l'appelèrent : « Viens nous séparer. » Elle ne répondit pas. Alors ils la maudirent : « Qu’Allah te refuse notre blancheur et notre parfum, mais qu’il te donne le ratatinement de notre fleur flétrie. Qu’il enchevêtre tes côtes pour toujours (comme nos rameaux sont enchevêtrés) ! » Elle atteignit le parterre de la rose musquée et du lys. « Viens nous séparer », lui dirent-ils. Elle ne répondit pas. « Qu’Allah, lui dit le lys, rende ton corps comme ma jambe, (uni comme ma tige), et ton visage comme mon cœur, (jaune comme mes étamines), et qu’il te dénie mon arôme ! » La rose musquée lui dit : « Qu’Allah te gratifie de mes épines et de la mine que j’ai quand je suis fanée, et qu’il éloigne de toi mes couleurs, mon haleine et mon éclat! O mon Dieu, exauce-moi ce vœu. » Elle fit quelques pas et se trouva devant deux pigeons noirs qui se querellaient. Ils ne lui dirent rien et elle ne leur parla pas. Seulement, quand elle eut passé outre, ils lui dirent : « Qu’Allah croise tes dents, (comme tu nous as vu croiser nos becs), qu'il te décharné les hanches et les jambes et qu'il te noircisse la figure ! » Un peu plus loin, elle se trouva devant deux
serpents qui luttaient. L'un d’eux était blanc, l'autre noir. Elle ne leur adressa pas la parole et passa. Alors, ils lui dirent : « Qu’Allah torde tes pieds et les oppose pointe à pointe et qu’il maintienne à jamais notre image devant tes yeux ! » Elle arriva près de deux bandes de fourmis qu’elle se hâta de dépasser. Celles-ci parlèrent : « Qu’Allah te tienne désormais des fourmis dans les membres et qu’il te noircisse ton bonheur! » Elle poursuivit sa route et rencontra la gazelle aux prises avec le lion. Elle se hâta de passer. Mais le lion lui dit : « Qu’Allah te donne mon haleine forte et te refuse ma majesté ! » La gazelle lui dit : « Qu’Allah réduise à rien tes forces et que la pelade te dépouille de tes cheveux ! »
Or, cette nuit-là se trouvait être la vingt-cinquième nuit du mois. La lune ne parut au ciel qu’après minuit. Quand elle se leva enfin, elle lui dit : « Qu’Allah te donne l’air maussade de ma face déformée et qu’il t’impose d’être partout éclipsée. » Alors deux étoiles saillirent du ciel. L’une dit à l’autre : « Ma sœur, quel est le nom de cette jeune fille ?» — « Son nom est Chatonne-noire et poignée-de-vase-du-torrent. » — « Cette pauvre enfant, dit l’autre, est bien disgraciée. » — « Qu’Allah ajoute encore à ses difformités d’autres difformités ! » — Cela dit, les étoiles disparurent.
Enfin, Eqtîtet esouàd retourna auprès de la Ghoule. « Que veux-tu manger, lui demanda celle-ci, du pain d’orge ou du pain azyme ? » — « Du pain azyme. » La Ghoule lui servit du pain d’orge. « Où veux-tu coucher cette nuit, sur des épines ou sur de la laine ? » — « Sur de la laine. » La Ghoule lui étendit sur le sol une jonchée de plantes hérissées de piquants. Il lui fallut dormir sur des épines. Le lendemain matin, la Ghoule lui demanda: « Veux-tu une sacoche de blé ou bien une sacoche d’orge. » — « Une sacoche de blé. «Elle lui donna une sacoche d’orge et elle ajouta : « Va-t-en où tu voudras, mais, si jamais tu reviens chez moi, je te mangerai. »
Quand la jeune fille approcha de la demeure de ses parents, le coq l’aperçut et chanta : « Oh ! Oh ! Oh ! ma maîtresse rapporte une sacoche et une queue entre les deux yeux! » Elle entra et voulut vider sa sacoche, elle n’y trouva que de l’orge. Encore les grains de cette orge se transformèrent-ils bientôt en vipères cornues, scorpions, serpents et autres monstres. A ce moment, Chemsène ediât se montra. (Rendue furieuse par sa déconvenue), la reine se jeta sur elle et l’accabla de coups. Ce fut tout juste si elle ne la tua pas. « Où donc as-tu été chercher ta sacoche de louis ? » lui demanda-t-elle. — <i Ne te mets pas en peine pour moi », lui répondit Chemsène ediât. Là-dessus, la mégère
redoubla ses coups. Enfin, elle l’envoya à l’office, comme c’était son habitude, et ne l’en laissa plus sortir.
Un jour vint où un jeune prince d’un royaume voisin, ayant entendu parler de Soleil-des-splendeurs-qui-répand- sa- douceur- dans- les- cœurs, vint demander sa main au roi, son oncle. Celuici la lui accorda après avoir débattu la dot et les autres conditions du contrat. Pour plus de certitude, le fiancé dépêcha en secret une Settout auprès de Soleil-des-splendeurs. « Je compte sur toi, lui avait-il dit, pour contrôler tout le bien que l’on dit d’elle et pour t’assurer de sa beauté et de son esprit. » La Settout sut bien s’introduire dans le palais, mais elle ne put empêcher la reine d’éventer en elle une émissaire du prince chargée de se rendre compte de la beauté de sa fiancée. La reine lui présenta Soleil-des-splendeurs et lui cacha l’existence de sa fille, Chatonne-noire. La Settout s’en revint auprès du prince. « Elle est merveilleusement belle, lui déclara-t-elle, et auss; aimable que belle. Elle n’a pas non plus sa pareille pour l’agrément des manières ni pour l’intelligence. » Sur cette assurance, le prince rentra dans son pays.
Il reparut bientôt à la tète d’un cortège d’hommes et de chevaux qui devaient emmener la mariée et exécuter devant elle les fantasias
d’usage. Les femmes attachèrent le henné à l’épousée et la parèrent, (comme c’est la coutume avant sa sortie de la maison paternelle). Mais, pour la pose du henné comme pour le reste de la toilette, ce fut Chatonne-noire qui fut l’héroïne de la fête, (i) On tint pendant ce temps Soleil-des-Spiendeurs enfermée. De môme quand on vint chercher la mariée, ce fut Chatonnenoire que l’on emmena, tandis que Soleil-des- Splendeurs restait à la maison.
Quand le cortège nuptial fut arrivé dans le pays du prince, on fit entrer la jeune fille, (toujours voilée), dans le château. Pendant sept jours et sept nuits on se livra aux réjouissances. La nuit du huitième jour enfin, le marié entra dans la chambre nuptiale. 11 souleva le voile de la mariée : il vit la queue de mulet qu’elle portait entre les deux sourcils, ainsi que l’ensemble repoussant de sa personne. Aussitôt, il saisit son épée. « Je veux, lui dit-il, que tu me dises si tu es Soleil-des-Splendeurs. » — «Non, elle est ma cousine. » ■ — « Et toi, quel est ton nom ?» — « Je m’appelle Chatonne-noireet-poignée-de-vase-du-torrent. » — Le prince, sans en entendre davantage, lui fit voler la tête
(i) La mariée se voile ce jour-là devant toute autre femme que celles de sa famille. Voir Coutumes , Institutions, Croyances, par Desparmet, page 58.
dans les airs. Et il fit ce serment : « Par Allah, je jure de me rendre auprès de son père et de débarrasser de lui le pays! Il ne m’aura pas impunément trompé en substituant sa fille, Chatonne noire, à sa nièce dont il m'avait donné la main. » Et il commanda sur-le-champ à ses troupes : « Sellez vos chevaux et en avant ! »
On se mit en marche et on arriva enfin devant la ville du roi, oncle de Soleil-des-Splendeurs. Le prince la cerna de toutes parts ; puis, il y envoya un des grands de sa cour. « Va dire au roi, lui recommanda-t-il, que sa conduite est indigne d’un roi. 11 ne nous sied pas de recourir à la déloyauté et à la friponnerie. Je lui ai demandé l'Etoile-des-fètes et il m’a donné Chatonne-noire ! » Dès qu'il eut reçu ce message, le roi réunit ses ministres et les grands de son royaume et, se mettant à leur tête, il vint supplier le prince d’épargner le pays. Celui-ci se laissa fléchir par leurs prières et leur fit grâce. Mais le roi, oncle de Soleil-des- Splendeurs, se rendit aussitôt auprès de la jeune fille et lui dit : « Ma fille, je t’ai mariée. » On la conduisit à l’étuve. Dans le corridor, avant d’y entrer, Soleil-des-Splendeurs s’arrêta. Elle prit une des trois noix que lui avait remises la Ghoule et elle l’écrasa sous son pied. A l’instant, apparurent un nègre et une négresse chargés de cosmétiques, teintures, parfums et de
T. II
toutes sortes d’effets. Alors, elle entra aux bains et s’y lava à grande eau. Sa toilette finie, en quittant la salle chaude, elle écrasa une seconde noix : et l’on vit soudain paraître des soldats en grand nombre. Des escadrons se livrèrent aux évolutions de la fantasia. Ce fut un tohu-bohu à vous donner le vertige. Cependant Soleil-des-Splendeurs revêtait ses beaux habits et ses bijoux, et, s’enveloppant dans ses voiles, elle sortait. Sur la porte des bains, elle écrasa sa troisième noix : un cheval noir se montra. Il brillait comme la flamme sous ses harnais d'or et d’argent. Le prince, s’approchant, monta dessus, beau comme un rameau de cassie. En même temps s’avança une chamelle qui portait un palanquin comme jamais mariée n’en vit. Soleil-des-Splendeurs s'y blottit. Et les génies transportèrent toute la noce à travers l’espace jusque dans le pays du prince. Celui-ci, après sept jours et sept nuits de fête, entra dans la chambre nuptiale, où il passa sa nuit dans les embrassements et les baisers. Et ils vécurent sous la protection et la sauvegarde d’Allah.
( Conté par Mustapha ben Sidi Hallou ,
blidèen).