BOU ÇELLOU'A ET SON FRÈRE, BOU QENBOLTA
On raconte à propos d’un vieuxet d’une vieille qui vivaient au commencement du temps, que, se voyant à la tète d’une certaine fortune, le vieux appréhendait le sort qui était réservé à ses biens parce qu’il n’avait pas de descendance. Une nuit, après avoir accompli le rite de la prière, comme c’était son habitude, il fit sa requête à Allah Très Haut et pleura du regret de n’avoir pas d’enfant. 11 se trouva que cette nuit était précisément la nuit d’El Qadr (i), et que, dans cette nuit, qui était la nuit d’El Qadr, il demanda expressément à Allah Très Haut de lui donner deux enfants. Cette même nuit, il s'unit à sa femme ; et, cette même nuit, Allah Très Haut lui accorda qu’elle conçût. Quand elle fut dans la période des envies, elle eut en-
(i) Voir dans mes Coutumes, Institutions, Croyances, page aSa, le chapitre sur la nuit d’El Qadr.
vie de pommes. Ce n’était point la saison des pommes. Il ne s’en trouvait à la ronde que dans le jardin d’une Ghoule. La pauvre femme, poussée par son envie, y alla, entra dans le jardin de la Ghoule, cueillit des pommes et les emporta.
Cette Ghoule venait chaque jour jeter uncoup d’œil sur son pommier. Un jour donc, s’étant rendue auprès de son pommier, elle trouva qu'on avait cueilli (de ses fruits). Elle vit sur la terre des traces de pas et y reconnut le pied d’un adamite. Elle prononça le serment des Ghouls. a .le le jure par Hamham (i) et par tout ce que mes père et mère ont absorbé de viande et de sang, je prendrai sur le fait cet adamite insolent; et, quand il serait comme un mont, je joncherai le sol de ses débris et le laisserai comme exemple (de ma vengeance) dans les esprits. » Elle se cacha donc dans son verger, au fond d’un ravin. Et voilà que la pauvre femme en mal d’envie arriva. Regardant de tous côtés, marchant sur la pointe des pieds, hésitant dans sa marche comme une aveugle, elle gagna le pommier pour en cueillir les fruits. Et elle en ramassa tant qu’elle put. La Ghoule la laissa prendre ce qu’elle voulut.
(i) Hamham serait le nom de l'homme en langue ghoule.
Pais, s’acheminant vers elle, elle approcha (sans qu’elle la vit), et lui saisit la main. La Ghoule lui parla alors et lui dit : « Hamham! pourquoi voles-tu mes pommes?» Elle lui dit :
« C’est une envie qui m’y a poussée. » — « Je te laisserai aller, lui dit la Ghoule, à la condition que tu me fasses une promesse. Tu vas t’engager à me livrer l’enfant qui naîtra de toi, que ce soit un garçon ou une fille.» La pauvre femme finit par lui donner sa parole que, s’il lui naissait un enfant, elle le lui donnerait. Et, ainsi engagée, elle se retira. Et la Ghoule en fit autant. La pauvre femme alla trouver le vieux (son mari), et lui raconta tout ce qui était arrivé. « Eh quoi 1 lui dit le vieillard, pauvre créature. Après que si longtemps Allah T rès Haut nous a refusé un enfant (et sur le point d’en avoir un) !... Cependant, il le faut! Accouche seulement et tu lui livreras l’enfant qui te naîtra. »
Enfin, les jours de la grossesse étant accomplis, elle mit au monde deux enfants mâles. L’un d’eux avait le crâne bombé comme une pastèque. L’autre ne présentait aucun signe particulier (i). La mère fit venir son mari et lui dit : « Créature d’Allah, j’ai mis au monde deux âmes. Va les voir. » 11 alla les voir. «Je n’y vois rien de singulier, dit-il. Cependant, celui-ci, nous l’ap-
(i) (sic) Cependant son nez
pellerons Bou Çellou'a (le gros crâne), et celui-là Bou Qenbou'a (le nez retroussé et se redressant comme une huppe). Bref ce furent les noms qu’ils portèrent. Quand ils furent plus grands et eurent atteintleur troisième année, la Ghoule vint trouver la mère. Elle frappa à la porte. « Qui frappe à la porte? » demanda celle-ci. « C'est moi, voleuse, c’est moi, la propriétaire des pommes! lui répondit la Ghoule. Pour quelle raison ne veux-tu pas me donner ce que tu m’as promis ?» — « Ce que je t’ai promis, lui dit-elle, est là tout prêt. Si tu le veux, emmène-le aujourd’hui, je te le donne. » La mère se leva, lui ouvrit la porte et fit entrer la Ghoule dans la maison. Elle étendit sous elle un lit de soie et déploya devant elle une nappe qu’elle couvrit de toutes sortes de mets, de la chair de gazelle et du gibier à plume, de la bouillie 'açîda et des crêpes baghrîr ( i). « Mange, lui dit-elle, la table est servie et les plats sont là... ô reine des Ghoules, ô Hantoula! » La Ghoule dévora tous ces plats et n’en laissa miette. Elle fut enchantée de leur goût. Après quoi, elle dit à son hôtesse : « Donne-moi ce que tu me dois. » La mère se leva et lui amena Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a que la Ghoule entraîna avec elle dans son verger.
(i) Voir pour les baghrîr, page 99 de mes Coutumes.
Cette Ghoule avait un fils, colosse parmi les colosses, qui s’appelait Hantoul. Le soir du jour où elle amena chez elle ces deux enfants, Hantoul rentra en rapportant deux hommes. A peine eut-il salué sa mère qu’il lui dit : « Mère, je sens l’odeur de l’habitant des qçours et des bourgs, un arabe s’est glissé céans. »
— « Hantoul ! lui dit sa mère, il faut que tu me donnes l’aman, (que tu me donnes ta parole de respecter nos hôtes).» — « Je ne te donnerai pas l’aman, lui déclara son fils, vieil amas de peaux et de rides. Amène-les moi où je te fais prendre des convulsions à l’aide de ce pieux solide. »
— « Tu n’as pas honte?» lui dit sa mère. — « Nullement! » Elle se mit alors à pousser des cris de lamentation, à pleurer et à se déchirer le visage. Elle serrait les dents et avalait sa bave. « O Chantoul, ô Hantoul ! lui disait-elle. Je te demande de m’accorder la grâce de Bou Çellou'a et de Bou Qenbou'a. » — « Hé bien ! je te l’accorde, finit-il par dire, mais je veux que tu les amènes ici pour que je les voie. » Elle se leva aussitôt et alla les chercher. Dès qu’il les vit, ses yeux devinrent rouges, ses paupières se retournèrent, ses cheveux se hérissèrent. 11 se gonfla comme le serpent (devant sa proie). Il fit la roue sur les mains, se démenant comme les djân. 11 se repentit alors d’avoir donné sa parole à sa mère. Mais celle-ci, dès
qu’elle vit que son fils changeait de figure, sauta près de lui, et, le retenant de ses deux mains, elle l'enlaça jusqu’à ce que ce mouvement lui eût passé. En fin de compte, ils soupèrent cette nuit-là tous ensemble et, (peu à peu), Hantoul en vint à amener avec lui Bou Çellou'a et Bou Qen bou'a quand il allait à la chasse à l’homme ou qu’il se mettait en quête de bœufs ou de moutons. Il leur enseigna l’art de la chasse. Ils surent bondir de rocher en rocher, sauter les torrents débordés, aller surprendre la gazelle dans les lieux les plus reculés. Ils menèrent cette vie jusqu’à ce qu’ils fussent de bons chasseurs et vigoureux comme des Génies.
Un jour qu’il les avait amenés avec lui dans la forêt des lions, ils pénétrèrent jusqu’au cœur de la forêt. Le Ghoul Hantoul se prit de querelle avec un lion des plus énormes. Le lion d’un coup de griffes au ventre du Ghoul lui arracha une partie de ses entrailles. Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a sautèrent aussitôt sur le lion, le maîtrisèrent et le lièrent solidement.
Ils le chargèrent ensuite sur leurs épaules et l’apportèrent à la vieille Hantoula. « Ce lion, lui dirent-ils, a arraché les entrailles à ton fils. » Puis, revenant sur-le-champ à Hantoul, ils le transportèrent chez lui. La mère, en le voyant, sanglota et poussa des lamentations. Elle les interrogea et ils lui racontèrent l’aven-
ture. La Ghoule se tut quelque temps. Puis elle leur dit. « Je vais aller chercher pour lui un remède. Mais je serai absente longtemps. Je vous recommande de ne pas quitter votre frère et de veiller sur lui ». Et elle s’en alla.
Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a se levant alors se rendirent à une certaine distance du verger de la Ghoule et s’accroupirent. Bou Çellou'a parla. « Mon frère, dit-il, les Ghouls n’ont aucune bonne foi et il ne faut pas se fier à eux. Si tu veux m’en croire, nous achèverons celui-ci et lui donnerons la mort. » — « Ce n’est pas cela, lui répondit son frère. Si nous le tuions, notre culpabilité serait évidente. Je vais t’ouvrir un meilleur avis. Nous allons rassembler une grande quantité de bois. Nous creuserons une fosse profonde, au fond de laquelle nous entasserons notre bois. Nous y mettrons le feu et nous jetterons le Ghoul au milieu des flammes. » En effet, pendant plusieurs jours, ils amassèrent du bois, puis ils creusèrent une fosse en forme de silo, enfin mirent le Ghoul dans ce bûcher et le firent brûler. Bou Çellou'a monta alors sur un arbre. « Pourquoi t’es-tu ainsi perché? » lui demanda son frère ». Mes bosses crâniennes (cellou'hî) se grillent! » lui répondit-il. « Et moi aussi, s’écria Bou Qenbou'a, je suis aveuglé par la fumée ! » Enfin, le Ghoul se trouva
entièrement rôti et carbonisé. Et ils comblèrent la fosse avec de la terre.
« Mon frère, dit après cela Bou Çellou'a, je crains bien que la Ghoule à son retour ne nous fasse payer notre audace. Nous ferons bien de fuir si nous tenons à la vie. » — « Sans doute, lui répondit l’autre, mais (auparavant) nous allons retourner à son habitation. Tu prendras un mezoued (ou sac à provisions). J’en prendrai un aussi et nous emporterons des vivres avec nous. » Ils prirent donc des mezoued et des vivres. (Non contents de la piller), ils démolirent la maison. Ils lâchèrent aussi le lion prisonnier. Et ils partirent.
Ils cheminèrent de ville en ville et de solitude en solitude, tant qu’ils entrèrent dans une ville où l’on n’entendait que des pleurs et des lamentations. « Le fils du roi a fait une chute ! » disaiton. Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a, se mêlant à leur assemblée, se mirent à pleurer quand on pleurait, à s’égratigner le visage quand on s’égratignait. Puis, comme ces gens éclataient de rire, Bou Çellou'a et son frère se mirent à rire avec eux. C’était l’habitude des gens de ce pays de passer brusquement du désespoir à la gaieté, tantôt de se déchirer les joues et de pleurer et tantôt de rire et de pousser des ululations de joie. Bou Qenbou'a avait plus de gravité et d’inteiligence que son frère. Mais Bou Çellou'a,
pris du fou rire, ne pouvait tenir en place, dans une pareille compagnie. Le lendemain, les deux frères se rendirent au palais du roi pour demander à l'ouqqâf (préposé aux réceptions du roi) une entrevue avec le roi. Avec sa permission, ils entrèrent. Ils saluèrent le roi en portant leur main au front et en baissant la tête comme c’est la coutume. Bou Qenbou'a adressa au roi une question. « Seigneur, lui dit-il, je voudrais t’interroger et je te prie de me dire la vérité. » — «Sur quoi donc? lui dit le roi. — « Seigneur, lui dit-il, je voudrais t’interroger sur la (singulière) habitude que vous avez de rire et de pleurer à tour de rôle. » — « C’est une coutume, lui répondit le roi, qui nous vient du commencement du temps. Nos ancêtres, les premiers hommes, agissaient ainsi. » — « La raison s’en trouve, continua Bou Qenbou'a, dans l’excès de folie qui est en vous. Quand le Roi suprême fit la distribution du bon sens, vous vous trouviez absents. » — « Le bon sens, lui répondit le roi, comment c’est-il fait ?» — « Le bon sens, dit Bou Qenbou' a, se manifeste dans toute la personne de qui en est doué. L’homme de bon sens est silencieux et ne parle avec quelque abondance que lorsque c’est utile. Chez lui le rire tombe à propos et les larmes viennent à leur heure. Vous autres, vous vous êtes fait du rire et des pleurs une habitude de tous les ins-
tants et de toute l’année. Si les rois entendaient parler de vos mœurs, ils en feraient des gorges chaudes n. — « Je voudrais bien, dit le roi à Bou Qenbou'a, que tu t'établisses ici pour nous enseigner les principes de la raison et du savoir vivre.» Alors Bou Çellou'a parla. La folie lui était venue. I! dit au roi : « Je te demande de battre la mesure dans tes mains et moi je danserai. Fais-moi pleurer, je te ferai pleurer. Fais-moi rire et je te sourirai. » Le roi dit alors à Bou Qenbou'a : « Ton père est ton père. (La nature que nous a transmise notre père reste toujours la même). Le seul qui puisse me civiliser et m’enseigner la raison, c’est ton frère, (qui est fou comme nous). La parole est une tresseuse de cordes, (elle ne peut que plier de la bourre); mais le vrai métier est celui du forgeron, (refondre le naturel est aussi dur que de forger du fer). Notre descendance est (comme) le vannier (qui reproduit sans cesse le même panier). Elle est (comme) le fil qui se déroule (toujours le même). » (Et, raillant Bou Qenbou'a), il continua : « Le corps est bien le corps d’un homme, maislecou est celui du chameau. La démarche est bien celle de l’homme, mais l’aspect est celui desGhouls. Tu es venu ici, toi et ton frère, en vagabonds, et tu as osé dire : C’est nous qui sommes les gens sensés. Tu es entré chez moi, tu m’as prié et interrogé et tu as osé
me dire : Qu’est-ce que cette folie (qui est la tienne) ? Ecoutez bien, ô vous, les deux frères, si nous rions, si nous pleurons, (en même temps), c'est que cette coutume est celle de nos ancêtres. Et ceux qui innovent ne sont plus des hommes mais des chiens! » (Bou Qenbou'a voulut discuter). « Quand j’ai parlé, dit-il à son frère, je l’ai fait avec logique. Toi, tu as déraisonné et tu en es venu h vouloir danser. » Mais le roi, (les congédiant alors), se lit apporter quelque argent qu’il leur donna. Ils lui firent leurs adieux et partirent.
Ils cheminèrent, passant de la ville au désert et du désert à la ville, et enfin, ils arrivèrent à une cité près de laquelle ils firent halte. Ils s’assirent surune grosse pierre. Un vieillard à barbe blanche vint les y trouver. Il paraissait âgé de plus de cent ans. « Qu’étes-vous venus faire ici, mes enfants? leur dit-il. Qu’est-ce qui vous a conduits dans un pays où régnent par moment la panique et sa houle et que hante un Ghoul, fils de Ghoule ? » — « Seigneur, lui dirent-ils, nous sommes des étrangers. Nous ne sommes pas renseignés ». Bou Qenbou'a prit la parole : « Et ce Ghoul, dit-il, se montre toujours dans ces lieux ?» — « Pourquoi, lui dit le vieillard, l’informer s’il vient encore? » — « C’est que nous le mettrions dans un silo, lui répondit-il, et que nous l’y ferions griller, comme nous l’avons fait
à Hantoul ». En entendant ces mots, le vieillard se mit à grincer des dents, et on le vit grandir et grossir. Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a sautèrent aussitôt sur leurs massues et la tinrent entre eux deux. « Serais-tu par hasard un Ghoul ? » lui demandèrent-ils. En un clin d'œil, dans un grand tremblement qui secoua tout son corps, le vieillard se changea en un Ghoul horrible. Mais, glissant sous la pierre, il disparut et se tint invisible.
Entrant alors dans la ville, les deux frères s’enquirent tout d’abord de la résidence du roi. « Et pourquoi demandez-vous ces renseignements?» leur dit-on. — « Nous avons à lui parler. » — « Eh ! qui donc êtes-vous? Des gens en haillons comme vous êtes demandent-ils à voir le roi ? » Bou Qenbou'a et Bou Çellou'a fixèrent dans leurs mémoires les traits de celui qui leur tenait ce discours. Puis, ils allèrent droit devant eux et finirent par se faire indiquer le quartier où se trouvait le palais du roi. Ils s’y rendirent. Ils trouvèrent un garde à la porte. « Va annoncer au roi, lui dirent-ils, que nous sommes venus et que nous avons à nous entretenir avec lui. » Le garde monta auprès du roi et lui dit : « Seigneur, il y a là deux pauvres hères qui veulent entrer, disant avoir quelque chose à te dire. » — « Dis-leur d’entrer », dit le roi. Ils se présentèrent, saluèrent de la main et du
front, comme le veut l'étiquette des cours. « Que désirez-vous ? » leur dit le roi. — « Nous sommes étrangers, Seigneur, lui racontèrent-ils. Nous nous reposions sur une pierre dans la banlieue de la ville, quand nous vîmes venir à nous un vieillard qui nous demanda d'où nous venions. Par la suite, au cours de la conversation, (il vint à se fâcher', et, se secouant soudain et grinçant des dents, il se transforma en Ghoul. Il a disparu sous la pierre qui se trouve à la porte de la ville. » Or ce Ghoul était précisément celui qui faisait des incursions dans cette ville, y jetait l'effroi et en dévorait les troupeaux. « Ah ! dit le roi, qui me l'amènerait prisonnier se verrait riche pour peu qu’Allah ait permis qu’il le fût !» — « Nous te l’amènerons, nous, » lui dirent-ils.
Ils allèrent s’établir à demeure près de cette pierre et y attendirent (patiemment) sans vouloir en bouger. Or ce Ghoul sortait de sa retraite à ses heures. C'était de sept jours en sept jours qu’il opérait ses sorties. Ils le guettèrent donc sept jours durant. Quand ils comprirent qu’il allait sortir, ils se postèrent à quelque distance du bloc de pierre. Soudain, il apparut. Il avait l’apparence d’un vieillard décrépit. Ils prirent leur temps. Ils voulaient procéder par la ruse, tenant à le capturer vivant. Quand il les eut aperçus, ils s’approchèrent de lui. « Vous êtes
venus pour vous emparer de moi, leur dit-il, le filet à la main, à pas furtifs. Vous croyez prendre les Ghouls vifs ! Pensez-vous me faire, comme au pauvre Hantoul, mon affaire ? Mon nom est Renverseur de monts. Je suis l’épée de l’Exterminateur ! J’ai dévoré mille corps d’hommes et mille de Ghouls. >■ Ils en étaient là, quand les deux frères, d’un même bond, sautèrent sur lui, lui tombèrent dessus, et le ligotèrent avec soin. Iis le soulevèrent ensuite et le portèrent tout droit au palais, suivis d’une foule aussi nombreuse que les vols de sauterelles quand ils se déploient dans la plaine.
Quand ils l’eurent étendu aux pieds du roi, celui-ci le considéra avec étonnement. Depuis tant d'années qu’il leur courait sus, les habitants du pays n’avaient pu savoir où il habitai1 ni où il se réfugiait. Et, grâce à ces deux étrangers qui venaient de le jeter à ses pieds, le Ghoul se trouvait devant le roi. « C’est toi, lui dit-il, qui pénètres dans la ville et jettes le trouble parmi scs habitants ?» — « Je n’ai jamais craint de faire ce que je voulais, lui dit le Ghoul. Aujourd’hui que je suis tombé en tou pouvoir, fais de moi ce que tu voudras. » S’adressant alors à ceux qui l’avaient capturé, le roi leur dit : « Que voulez-vous qu’on lui fasse ? Qu’on le tue, qu’on lui tranche la tête, qu'on le çrucifie ou qu’on le brûle ?» — « Envoie, lui
répondirent-ils, tes sujets ramasser du bois. Ils creuseront ensuite une fosse en forme de silo. Ils y disposeront le bois, auquel ils mettront le feu : nous jetterons le Ghoul au milieu des flammes. » Le roi ordonna à ses gens de faire ce que lui avaient demandé les deux frères. On creusa une fosse, on apporta du bois que l’on alluma. Et Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a y transportèrent le Ghoul. 11 flamba et bientôt il ne resta plus rien de lui, pas même une trace de son odeur. « Voilà, leur dit le roi (en manière d’éloge), une besogne d'hommes !» — « Seigneur, lui dirent-ils, nous voudrions bien être mis en présence d’un individu qui, lors de notre arrivée dans cette ville, comme nous demandions à te voir, nous a dit : « Qu’avez-vous à faire avec le roi '? Des gens en guenilles comme vous oseraient-ils l’entretenir ?» — « Pardonnez-lui, leur dit le roi, en considération de moi. » (Ils lui pardonnèrent). « Seigneur, dirent ils ensuite au roi, donnez-nous maintenant les biens que vous nous avez promis. » — « Sans doute », leur dit-il. Aussitôt il appela son trésorier qui vint à son appel. « Donne-leur, lui dit-il, un coffret plein d’argent. » Le trésorier sortit et leur donna plus qu’il ne fallait pour qu’ils fussent contents. De plus le roi les retint et voulut être leur hôte pendant trois jours. Les trois jours terminés, ils se présentèrent devant lui, lui firent leurs adieux T. IL
et s’en allèrent (en quête d'autres aventures).
Ils cheminèrent de ville en ville et de désert en désert, tant qu'enfin ils arrivèrent dans une cité où ils s'arrêtèrent....
Mais revenons à la Ghoule dont ils avaient tué et brûlé le fils, Hantoul. A son retour, elle trouva sa hutte démolie, et son fils carbonisé au fond du silo. Son cœur fut dévoré par la rage. Elle beugla (de douleur) comme beugle le chameau, tant que toute la nature en retentit. Elle poussa des cris de deuil, elle se laboura le visage avec ses ongles. Quand elle fut rassasiée (de son désespoir), elle dit : « Ce qui est arrivé à mon enfant est un coup de Bou Çellou’a et de Bou Qenbou'a. » Cependant ses lamentations avaient assemblé autour d’elle sescongénères. — « Qu’as-tu donc, Hantoula ? lui demandaient-ils. Qu’est ce qui peut te mettre dans cet état-là ? » Elle leur répondit : « Je pleure sur le héros des batailles, sur Hantoul, portion de mes entrailles.» « Qui donc est son meurtrier ? demandèrent-ils. Nous te l’amènerons ici en quelque lieu qu’il se trouve. » Les Ghouls jurèrent alors de remettre les deux frères entre les mains d'Hantoula. Celle-ci en effet était une personnalité dans le monde des Ghouls et elle comptait soixante Ghouls parmi ses vassaux. Après délibération, ils décidèrent de partir à la recherche des fugitifs.
Alors ils les pourchassèrent de ville en ville. Quand ils arrivèrent enfin dans celle où les deux frères s’étaient arrêtés, les Ghouls prirent la précaution de n’y entrer que sous la forme d’hommes. En s’informant, en questionnant le monde surBouÇellou'a et Bou Qenbou'a,ils finirent par les retrouver. La Ghoule les reconnut. « Traîtres, leur dit-elle, comment échapperez-vous maintenant de mes mains ? » Bou Qenbou'a lui dit : « Attention ! c’est aujourd’hui (que décidera le sort !) A coup de poings ? A bras le corps ? A l’épée, d’estoc et de taille ? Pour la massue qui donc est de ma taille? » Les Ghouls firent avec soin leurs préparatifs de combat. « Pour toi, dit Bou Çellou'a à Bou Qenbou'a, tu te tiendras de ce côté-là et moi de celuici. » Les habitants, pleins d’admiration pour tant de bravoure, s'amassaient tous autour d'eux pour les voir. Ils sortirent de la ville et, (leur champ de bataille trouvé), les Ghouls prirent contact avec Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a. Ils en vinrent aux mains. Pendant trois jours les deux frères firent main basse sur les Ghouls. Enfin, Bou Çellou'a et Bou Qenbou’a restèrent vainqueurs. C’étaient des hommes qui savaient combattre les Ghouls ! ils coururent alors ligoter Hantoula et ils serrèrent soigneusement ses liens. Ils l’amenèrent devant le roi du pays. « Seigneur Roi, lui dirent-
ils, regarde cette Ghoule. » Le roi ne fut pas peu surpris de la voir, elle et ses formes monstrueuses. Ils la rapprochèrent de lui et il l’examina à loisir. «Qui peux-tu être ? » lui demanda-t-il. Elle se tut. « Veux-tu répondre au roi ! » lui dit BouÇellou'a. Elle se mit à se plaindre de lui : « Seigneur, dit-elle, j’avais un fils que je chérissais et qui s'appelait Hantoul. Mais Seigneur Roi, dégagez-moi de ces liens pour que je vous raconte mon histoire ! » (Le roi y consentit). Elle lui raconta alors comment ils lui avaient tué son enfant et l’avaient brûlé et comment ils avaient ruiné sa hutte. Quand il eut entendu ses doléances, le roi dit au deux frères: « Vous allez la garrotter et la conduire dans une salle à part où vous la tiendrez isolée. » Puis il leur dit : « Vous allez être mes hôtes pendant trois jours. » — « Bien ! » dirent-ils. Et il les traita comme des rois.
Ensuite le roi ordonna à son conseil de se réunir pour discuter si on devait mettre la Ghoule à mort ou non. Les uns se trouvèrent d’un avis, les autres d’un autre. Ceux qui étaient opposés à l’exécution de la prisonnière, dirent : « Nous allons nous rendre dans la cellule où elle est enfermée. Si nous la trouvons sous la forme humaine, nous lui dirons : Redeviens Ghoule ou nous te tuons. Si nous la surprenons sous la forme des Ghouls, nous lui
dirons : Reprends ta forme humaine ou nous t’exécutons. » Ils se levèrent sur le champ et se rendirent dans le lieu où on la tenait garrottée. 1 1 s 1 a trouvèrent sous la forme des Ghouls. I/un des vizirs lui dit : » Tu vas reprendre tout de suite la forme humaine ou bien ta mort est résolue. » Elle se transforma bientôt en femme. Ils refermèrent la porte du cachot et retournèrent au conseil. Le roi interrogea celui qui avait proposé cette épreuve. « Pourquoi ne vous êtes-vous pas tout d’abord rangés de notre avis et n'avez-vous pas conclu à la mise à mort ?» — « C’est, répondit-il, que si elle a la faculté de se transformer en Ghoule ou en adamite à volonté, elle n'offre plus aucun signe qui la fasse reconnaître et elle est un danger pour tout le monde. Maintenant que nous l’avons vue se métamorphoser à son gré, sa mort s’impose, parce qu’elle induit en erreur les humains par ses transformations. » — « Jamais, dans le cours de ma vie, dit un autre vizir, je n’avais entendu dire que les Ghouls pussent prendre la figure de l’homme. Et j’aurais démenti celui qui me l’aurait soutenu. Mais maintenant que je l’ai vu de mes yeux, il ne me reste rien à objecter. » — « Ainsi donc, conclut le roi, nous sommes tous d’accord qu’il faut la mettre à mort ?» — « Il faut, dit un vizir, la descendre dans un silo et l’y brûler. » — « Non ! dit un au- T. II.
tre. Toute Ghoule qu'elle est, elle n'en est pas moins une créature d'Allah. D’ailleurs elle est douée de la faculté de prendre la forme humaine : Dieu nous défend de la faire périr par le feu(i). Ligotons-la étroitement, ajouta-t-il, attachons-Ia au tronc d’un arbre et nous l’y laisserons mourir de faim. » En fin de compte, ce fut cet avis qui prévalut.
Ce jour-là même le roi donna l’ordre de faire choix d'un certain nombre d’hommes vigoureux et énergiques qui seraient chargés de la conduire garrottée hors de la ville et de l’attacher à un arbre. lisse rendirent à sa prison et l’en firent sortir. Pendant qu’ils l’arrachaient de ce lieu, la Ghoulepoussa des cris qui ressemblaient aux beuglements du chameau qu’on fait lever de sa place, mais si fort que la ville en fut ébranlée et qu’il n’y eut personne, homme ou femme, garçon ou fille, qui ne fut glacé d’effroi. Et ce ne fut qu’à grand’peine qu’ils arrivèrent avec elle à l’arbre qui leur avait été désigné en dehors de la ville. Elle leur avait opposé tant de résistance qu’ils en crurent mourir de fatigue. Ayant enfin atteint le but, ils l’attachèrent au tronc de l’arbre. (Mais ce ne fut pas sans difficulté). A un moment, un homme se trouvant
(i) Les peines capitales conformes à la loi seraient : la décapitation, la pendaison ou la crucifixion;?)
à la portée de sa bouche, elle le saisit et lui arracha le bras. Alors, un des compagnons du blessé s’approcha d’elle et lui asséna plusieurs coups de massue sur les yeux de sorte qu’il les lui creva. Elle en beugla de rage avec tant de violence que tout le monde en était étourdi. (Get accident fit réfléchir les vizirs). « Nous devrions la brûler » dirent-ils au roi. — « Nous n’en avons pas le droit », leur répondit-il. On se contenta d’envoyer chercher une grosse chaîne de renfort. On serra le monstre étroitement contre l'arbre et on l’abandonna. La foule alors se dispersa et chacun vaqua à ses affaires.
La Ghoule avait passé une nuit enchaînée à l’arbre quand un certain nombre de curieux vinrent la voir. Ils remarquèrent une grande quantité d’os à ses pieds. Ils furent intrigués par cette découverte. Ils coururent l’annoncer au roi. Fort surpris, celui-ci se leva de son tapis et se rendit en personne sur les lieux, voulant se rendre compte par lui-même, mais non sans se faire accompagner par Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a. Ils constatèrent de leurs yeux la présence de ces ossements. Mais dès quelle vit les deux frères, la Ghoule fit entendre des beuglements terribles et elle se démena tant et si bien que l’arbre en ployait à droite et à gauche. Le roi se sentait glacé d’effroi. Mais Bou
Çellou'a la questionna . « Qui donc t’apporte à manger ? lui dit-il. (Mais elle se répandit en imprécations contre lui) ». (Maudite soit) ta mère la voleuse, qui venait voler les pommes dans mon jardin ! Traître ! Aussi vrai que je vous ai sauvés des mains de mon fils Hantoul ! Ah ! si je m’étais doutée que vous montreriez tant de perfidie, comme nous aurions fait, mon fils chéri et moi, de votre chair une bouchée, de votre sang une gorgée et comme vos os auraient craqué sous nos dents comme le tonnerre au firmament! » — « C’est dans le feu, dit alors le vizir, que cette forcenée devrait-ètre ! Elle est entourée de toutes parts de chaînes et voilà sur quel ton elle parle! Que ferait-elle donc si elle était en liberté ?» — « Il nous est interdit, lui répondit le roi, de la brûler, même pour le crime d’anthropophagie. » Puis, s'adressant à la Ghoule : « Je veux, lui dit-il, que tu m’avoues quels sont ceux qui t’apportent à manger. Des débris sont épars autour de toi. Il faut me dire la vérité . Tu vois que je ne veux point te torturer ni te faire périr dans le feu. » — n Ce sont les Ghouls, mes congénères, lui répondit-elle. Seigneur Sultan, 6 toi dont le front est couronné et le cœur clément, dont nul ne peut tromper la clairvoyance ni le jugement, toi qui nourris l'affamé et couvre la nudité de l’indigent ! » En entendant ces paroles flatteuses, le roi se sentit pris de pitié pour elle
tant qu’il en eut des larmes aux yeux. « Désormais, déclara-t-il, cette affaire ne me regarde plus. Je ne veux plus me mêler de rien de ce qui concerne la Ghoule Hantoula. « Et il se retira, déclinant toute responsabilité devant son peuple) car les habitants de la ville, qui se tenaient à une certaine distance et regardaient, furent témoins de cette scène.
Quand la foule se fut dispersée, la Ghoule se reprit à beugler. « Ah ! Ah ! Ah ! gémit-elle. Ah ! qui donc m’amènera Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a et me les mettra dans les mains, que je les traite comme j'en ai l’idée! Qui me dégagera de mes liens ? Celui-là, je le ferai riche, pourvu qu’Allah lui ait permis de le devenir ! » Or, parmi les curieux venus là pour jouir du spectacle, se trouvaient des malheureux, qui en l’entendant parler ainsi se dirent les uns aux autres : « 11 faudrait nous réunir (en lieu sûr) et nous concerter. » Et en effet (s’étant assigné un rendez-vous), ils s’y rencontrèrent et tinrent conseil en secret. » Que nous importe, à nous, commença l’un d’entre eux, le sort de Bou Çellou'a et de Bou Qenbou'a? Ils ne sont pas des nôtres. Il ne nous intéressent en rien. Or nous sommes pauvres et chargés de famille. Pour un soir où nous soupons, nous nous couchons dix nuits sans avoir mangé. Nous allons lui demander l’aman, (sa parole qu’elle nous épar-
gnera) ; nous exigerons qu’elle nous verse l'argent avant que nous la détachions. » Bref, ils convinrent qu’ils se rendraient auprès de la Ghoule dans la seconde moitié de la nuit et lui demanderaient et l’aman et l’argent. En effet dans la seconde moitié de la nuit ils se retrouvèrent tous réunis et se’glissèrent en tapinois auprès d’elle. Ils la trouvèrent dévorant un cadavre. « Hantoula, lui dit quelqu’un de la bande, veux-tu nous donner l’aman et de l’argent ? Nous te rendrons la liberté. » Elle leur jura (de ne point leur faire de mal) en employant la formule du serment en usage chez les Ghouls. Alors ils approchèrent. « Si tu veux que nous te délivrions, lui dirent-ils, donne-nous l’argent (promis). » — « Bien ! répondit-elle. Attendez un instant. » Soudain un petit Ghoul se montra. « Va me chercher, lui dit-elle, tous les objets de valeur que j’ai chez moi et que tu sais. C’est pour rafraîchir mon cœur (satisfaire ma vengeance) sur Bou Çellou'a, Bou Qenbou'a et le vizir. » Le petit Ghoul fut de retour en moins d’un clin d’œil. Il lui remit un mezoued, (un sac en cuir) plein de pièces d’or. Alors, ces intrépides s’approchèrent d’elle et détachèrent ses chaînes. Ils prirent ensuite cette fortune, l’emportèrent et la partagèrent entre eux.
Pour elle, elle se métamorphosa en vieille femme et se mita flairer le sol de-ci de-là. Puis
elle partit tout droit vers la maison du vizir. Elle s’arrangea de manière à y pénétrer. Elle y trouva tout le monde endormi et plongé dans le plus profond sommeil. Elle eut alors une convulsion, qui la secoua toute, grinça des dents d’une façon horrible, et, tirant le vizir de son lit, elle l’emporta au dehors jusqu’auprès de l'arbre où on l’avait attachée. Là elle le dévora sans en laisser un morceau de chair ni un os. Après quoi elle alla se cacher. Le lendemain matin, en se levant, la femme du vizir ne trouvant plus son mari se dit en elle-même : « 11 est sans doute sorti de bon matin ».
(Vers la même heure), Bou Çellou'a et Bou Qenboua, ayant fait une visite à l’arbre de la Ghoule, ne l’y trouvaient plus. Tout déconcertés, ils coururent apporter cette nouvelle au roi qui leur dit : « Cela regarde le vizir ! » Ils se rendirent chez le vizir qu’ils ne trouvèrent pas et ils eurent beau le chercher partout ils ne purent mettre la main dessus. Ils devinèrent que quelqu’un avait détaché la Ghoule et qu’elle avait mangé le vizir. Le roi donna l’ordre à ses troupes de se disposer autour de la ville avec leurs armes. En un instant, elles furent mobilisées et entourèrent la ville. Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a s’armèrent de leurs massues. Mais au milieu de la nuit, au moment où les deux frères n’y prenaient plus garde, la Ghoule fondit
sur eux. Elle les prit dans sa bouche, en les happant tous deux d’un seul coup, et les traînant sur le sol, elle les emporta du côté de l’arbre. Elle ne laissa d’eux que leurs têtes qui restèrent au pied de l'arbre. Elle quitta ensuite le pays et depuis ce jour elle ne s’y montra plus. Elle se rendit auprès de la famille de Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a. Le père était mort. Elle parfit sa vengeance en dévorant la mère.
Le lendemain, les troupes s’étant rendues auprès de l’arbre de la Ghoule y trouvèrent les têtes de Bou Çellou'a et Bou Qenbou'a. Elles furent remplies d’horreur. En ce moment, le roi éprouva du remords. Il se repentait de ne pas avoir fait périr la Ghoule. Mais cette nuitlà même, comme le roi était couché dans son lit, il vit entrer dans sa chambre Hantoula sous la figure d’une vieille femme. Elle lui apportait un grand nombre de sacs remplis d’or. « O sultan, lui dit-elle, tuas l’aman, ainsi que ton peuple, (et tu n’as rien à craindre de moi ni pour toi ni pour tes sujets). Mais garde moi le secret, ne raconte pas que je suis venue te trouver et ne parle pas de cet argent. » Là-dessus, elle disparut. Le lendemain, le roi fit rentrer ses troupes. « Toute cette affaire, leur dit-il, a été l’œuvre de Bou Çellou'a et de Bou Qenbou'a. Sans eux, nous étions exempts de tout ce tracas. » Les soldats réintégrèrent aussitôt leurs loge-
ments et la paix se rétablit dans la ville, c’est-àdire que l'on n’y fut plus inquiété ni par des Ghouls ni par des Ghoules. Quant aux malheureux qui avaient relâché la Ghoule, devenus opulents, ils virent leur prestige croître à raison des richesses qu’ils possédaient et personne ne se douta jamais que c’était eux qui l’avaient délivrée jusqu’au jour où vint les trouver le roi de la mort.
( Conté par Tsa'dit bent Hosséin eTabbasi née à Blida de parents Kabyles).