MAHAMMED LE MULET ET LES SEPT GHOULS
On raconte d’un homme, pauvre hère besogneux, qu’il avait trois garçons et une fille vierge. Un jour sa femme conçut. A l’époque des envies, elle sortit dans la rue et eut envie d’un mulet. Son mois vint, elle accoucha et l’enfant dont elle accoucha présenta des traits de la nature du mulet et des traits de la nature de l’homme : on l’appela Mahammed le Mulet.
Quand sa mère l’emmaillotait, il arrachait ses langes. Lui donnait-elle le sein, il voulait le manger. A quatre mois, il marcha. Quand il eut un an, il commença à briser la vaisselle. 11 allait à la fontaine où l’on faisait sa provision d'eau et il cassait les vases des gens. Celui qui le voyait, disait : il a dix ans, et il en avait un. Tout le monde se plaignait (de lui) à son père; et son père, à cause de lui, n’était jamais exempt de soucis. Un jour une dizaine de
personnes environ s’entendirent et on le garrotta avec une chaîne : il brisa la chaîne. Enfin, quoi que l’on fit, on ne pouvait jouir de la tranquillité avec lui .
Un jour se présenta à leur porte le roi des Ghouls sous la figure d’un mendiant qui demandait un morceau de pain. La jeune fille sortit pour lui en donner. Il la saisit et l’enleva. Quand Mahammed rentra, ne trouvant pas sa sœur, il interrogea sa mère. Celle-ci lui dit quelle était allée chercher du bois, n’osant pas lui dire la vérité. Bientôt, à bout de patience, Mahammed fut pris d'une violente colère contre sa sœur, et, (rendant sa mère responsable), il voulut la tuer. Elle s’en fut se cacher dans les bois. Il se tourna alors vers son père qu’il questionna. Un jour il en vint à vouloir le tuer aussi. Pour échapper à ses coups, il s’en fut aussi se cacher dans les bois.
Un jour enfin qu'il était à la fontaine où tout le monde faisait sa provision d’eau, il brisa la cruche d’une vieille femme. Elle lui dit : « Tu viens ici molester des femmes et leur briser leurs vases. Va donc délivrer ta sœur que t'a ravie le roi des Ghouls !» — « Y a-t-il quelqu’un au monde, lui répondit-il, qui oserait me ravir ma sœur, moi vivant? » — « Eh ! lui répliqua la vieille, on te l’a (bel et bien) ravie ! ».
Sur-le-champ, il se rendit chez le forgeron. Il
lui commanda une chemise de fer, une massue en fer et une marmite, (qâzân), en cuivre. Il alla ensuite trouver ses frères et leur dit « Comment ? nous sommes quatre et notre sœur a été enlevée par le roi des Ghouls ? Ceignez-vous et allez. 11 nous faut voir où est notre sœur, et, où qu’elle soit, la ramener ici. » Aussitôt ils se ceignirent et prirent des provisions de route suffisantes. Leur frère leurdit : « Vous allez marcher devant en suivant cette route. Moi je prendrai le même chemin. » Bref, ses trois frères ensemble prirent les devants. Lui-même endossa sa chemise de fer, mit son chaudron sur le dos, prit sa massue à la main et partit sur les traces de ses frères.
En premier lieu, il passa près d’un homme qu’il trouva gardant des moutons. « Que le salut soit sur toi ! lui dit-il. — « Que sur toi soit le salut i » lui dit l’autre. — « A qui appartient ce troupeau ? » demanda-t-il — « Au roi des Ghouls », dit le berger. Mahammed tendit le bras et enleva un mouton. — « Pose-le ! lui dit le berger. Et il venait le lui arracher des mains quand Mahammed le frappa d’un coup de sa massue et le tua. 11 emporta la bête qu’il égorgea, écorcha et mit dans sa marmite. II alluma du feu et la ht cuire. Et il en mangea jusqu'à ce qu’il fût rassasié. Après quoi, il prit sa marmite et continua sa route.
Il rencontre un autre berger qui faisait paître des bœufs. Mahammed lui dit : « Que le salut soit sur toi !» — • « Que sur toi soit le salut ! » lui dit l’autre. — « A qui sont ces bœufs?» — « Au roi des Ghouls. » — « Ne l’as tu pas vu passer par là ?» — (i II y a quelque temps qu’il est passé, ayant avec lui une jeune fille. » — « N’astu pas vu trois hommes passer ?» — « Ils ont passé il y a quelques jours. » Mahammed le Mulet saisit un des taureaux du troupeau pour l’égorger. Le pâtre lui dit : « Lâche ce taureau ! Ne sais- tu pas que ce bétail appartient au roi des Ghouls ? » Mahammed le Mulet frappa le taureau delà massue. Il l’étendit sur le sol. Le berger s’avança pour frapper Mahammed. Mais celui-ci lui donna un coup de sa massue: il l’étendit par terre raide mort. Mahammed égorgea le taureau, l’écorcha, le fit cuire dans sa marmite. 11 mangea jusqu’à ce qu'il fûtrassasié. Puis il mit sa marmite sur le dos et continua sa route.
Il marche. Il trouve un autre berger qui faisait paître des chameaux. Mahammed va à lui. « Que le salut soit sur toi ! » — « Que sur toi soitle salut! » — « N’as-tu pas remarqué, lui dit Mahammed, quand a passé le roi des Ghouls ?» — « 11 y a quelque temps qu’il est passé avec une jeune fille... Que soit béni Celui qui l’a créée et modelée. » — « N’as-tu pas vu
trois hommes passant sur ce chemin ? « — « Ils sont passés après le roi des Ghouls. » — « A qui sont ces chameaux ?» — « Au roi des Ghouls». Mahammed frappa un chameau de la massue. 11 l’étendit sur le sol. Le pâtre s’avança pour le battre. Mahammed leva la massue et lui en donna un coup. Il l’étendit sur le sol. Il égorgea ce chameau, l'écorcha, le fit cuire dans la marmite. Il mangea jusqu’à ce qu’il fût rassasié. Il prit sa marmite sur le dos et continua sa route.
11 marche. Il rencontre un jardin le long de la route. Il yentreet le trouve plein de pastèques. Mahammed dit au jardinier : «Que le salut soit sur toi ! » — « Que sur toi soit le salut ! »
— « N’as-tu pas vu passer le roi des Ghouls ? »
— « Voilà, lui dit-il, bien des mois qu'il est passé avec une jeune fille.... Que soit béni Celui qui la créa et la modela si belle! » — « N’as-tu pas vu trois individus passer? » — « Ils sont passés après lui. » — « A qui ce jardin? »
— « Au roi des Ghouls. » Mahammed se mit en mesure de choisir des pastèques et d’en faire un tas. Le jardinier se leva vers lui. « Pose cela ! lui dit-il. » Mahammed leva la massue et lui en donna un coup qui l’étendit par terre. Il cueillit des pastèques, en mangea, et, ce qu’il ne put manger, il le piétina tout. Puis il mit sa marmite sur le dos et continua sa route.
Il marche. Il arrive à un jardin planté de melons. Il entre. Il patauge dans les carrés de melons. Il trouve le jardinier : « Que le salut soit sur toi! » lui dit-il. L’autre lui rend son salut. « A qui sont ces melons ?» — « Au roi des Ghouls. » Il se mit à en cueillir et à les entasser. Le jardinier lui dit : « Pose cela, voleur ! » Mahammed leva la massue et lui en donna un coup qui l’étendit mort par terre. Mahammed le Mulet mangea jusqu’à ce qu’il fût rassasié. Puis il écrasa sous ses pieds ce qui restait de melons et il continua sa route.
Il marche. Il trouve sur sa route une aire où des fermiers dépiquaient du blé. « Que le salut soit sur vous !» — « Que sur toi soit le salut ! » Il avise le plat de couscouss préparé pour leur repas. « A qui appartient ce blé ? leur demandat-il. » — « Au roi des Ghouls. » — « Vous n’avez pas remarqué, leur dit-il, quand il est passé ? » — « 11 y a bien des mois qu’il est passé. » — « Son château est encore loin?» — « Il te faut environ un mois pour arriver à son château. » — « Y avait-il quelqu’un avec lui ? » — « Une jeune fille... Que soit béni Celui qui la créa et la modela !» — « Personne n’est passé après lui ? » — « Trois hommes. » Après cette conversation, il s’approcha du plat pour le manger. « Veux-tu t’éloigner ! Va-t-en d’ici ! » lui dirent-ils. Il déposa sa marmite et se mit à
frapper de la massue sur eux tant qu’il les tua tous. Il s’approcha alors duplat, le vida. Puis il mit le feu à la meule, et il continua sa route.
11 marche. Il trouve sur sa route un verger rempli de fruits de toute espèce. Il dépose sa marmite et se met à errer d’arbre en arbre en mangeant de leurs fruits. Soudain, il vit arriver sur lui trois individus qui étaient les gardiens de l’enclos. Ils lui disaient : « Qui t'a permis d’entrer dans ce jardin, ton père ou ta mère ? » Il se jeta sur eux, les frappa de la massue, en tua deux et laissa l’autre pour mort. Il mangea jusqu’à ce qu’il fût rassasié ; puis, cassa tous les arbres du verger. En ce moment, l’homme laissé pour mort se ranima. Il dit à Mahammed : « Je t’en conjure au nom d’Allah, le sublime, dis-moi si tu es un homme ou un génie. »
— « Un homme », lui dit-il. Puis Mahammed l’interrogea. « A qui est ce verger ?» — « Au roi des Ghouls. » — a As-tu vu quand il est passé? »
— « 11 y a bien longtemps qu’il est passé avec une jeune fille.... Que soit béni Celui qui la créa et la modela! Après lui sont encore passés trois individus qui le suivaient. Ils disaient que cette jeune fille était leur sœur. Je me suis fatigué à les dissuader : ils n’ont pas voulu revenir sur leurs pas. C’est que, s’ils le rejoignent il les mangera et ils n’ont rien à gagner avec lui. » — « Ces individus sont mes frères. Mais
c’est moi qui la ramènerai. « 11 lui dit la formule d’adieu et continua sa route.
Il marche et découvre un qçar vers lequel il se dirige. Il était rempli de petits Ghouls. Il n’entend que les cris de ouakh ! ouakh! Il fait sauter la porte et entre. Il les tua tous avec sa massue. Puis il continua sa route.
11 marche ainsi. Il aperçoit enfin quelques châteaux dans le lointain. Rencontrant un berger qui gardait des chevaux, il l’interrogea : « Où est le château du roi des Ghouls? » L’autre le lui montra au loin. Il marcha jusqu’à ce qu'il fut très près d’arriver. Il rencontra alors une femme qu’il questionna sur le château du roi des Ghouls. « Mon enfant, lui dit-elle, le roi n’a pas qu’un château. Il en a trois cent soixante-trois, autant que de jours dans l’année. Dans chacun d’eux il tient une jeune fille qui vaut des millions. Ces jours-ci il en a amené une nouvelle. » — « Connais-tu, lui dit-il, le château de la jeune fille qu’il a amenée en dernier lieu ?» — « Je le connais, mais je ne puis te le montrer. » Il l'en supplia. « Regarde, lui ditelle, je vais détacher un lambeau de mes vêtements ; tu vas me suivre de loin ; et, à la porte devant laquelle tu retrouveras le lambeau, heurte ! (ce sera là). » Elle prit l’étoffe à la main et partit. Il se mit en marche derrière elle. Enfin elle déposa le morceau d'étoffe. Il vit où
T. II
elle le déposait. Elle continua sa route et il arriva à la porte où elle l’avait déposé. 11 frappa. Ce fut sa sœur qui vint lui ouvrir.
En le reconnaissant, elle se mit à pleurer. Elle le fit entrer en tremblant que le roi ne vienne et ne le dévore comme il avait fait de ses trois frères. Quand il fut entré, elle lui raconta comment il les avait mangés. « J’étais assise, lui dit-elle, quand j’entendis frapper. Je crus que c’était le roi, jusqu’à ce que je visse mes frères. J’eus un moment de joie, mais je compris qu’il les mangerait. Je les cachai dans la cave (dahliz). Quand il vint, il tlaira une odeur. « Qui donc est ici ? » dit-il. — - « Il n’y a personne, » lui dis-je. Il descendit alors lui-même dans le soussol et, les tirant de leur cachette, il les tua tous trois. De l’un, il dina ce jour-là, de l'autre, il soupa, du troisième, il dina le lendemain. Et moi, je voyais cela de mes yeux! » Elle se mit alors à se plaindre de son sort et à pleurer. « J’ai parfait le nombre des 363 filles qu’il a ravies à leurs parents! disait-elle. Depuis qu’il m’a enlevée, ajouta-t-elle, en venant ici à cheval nous n’avons cessé de marcher sur ses terres ! » — « Viens, mon frère, dit-elle enfin, je vais te cacher au plus profond de la cave. Si Dieu te couvre, c’est bien ! Mais si le Ghoul te fait subir le même sort qu’à nos frères, je n’ai plus de confiance qu’en Dieu ! » — « Je ne me cacherai point
devant lui, dit Mahammed. Et c’est moi qui lui ferai subir ce sort et qui après emmenerai ma sœur avec moi !» — « Ah ! lui dit sa sœur, sortir
de chez ce monstre ! . autant dire que les
morts sortiront de leurs tombeaux! »
Tandis qu’ils s’entretenaient ainsi, le roi des Ghouls survint. Dès qu’il entra, Mahammed le Mulet se leva, affectant de lui présenter ses salutations. — « Qu’est-ce qui t’amène? lui dit le Ghoul. » — « Celle-ci est ma sœur, lui dit-il, et je suis ton beau-frère.» — « Sois le bienvenu, » lui dit le roi. Il sortit et donna l’ordre d’égorger un mouton. On l’égorgea et on l’apporta. Elle prépara un couscouss à la viande. Quand il fut prêt, elle le disposa dans un grand plat en bois pour que le roi en mangeât avec son beaufrère. Lorsque ce fut l’heure du souper, Mahammed parla et dit au roi : a Lève-toi et va te laver les mains. » — ■ « C’est toi qui te lèveras et iras laver tes mains. » — « Moi! mes mains sont propres. Mais toi qui manges de la chair humaine, tu as les mains sales. » Bref, le roi se leva pour se laver les mains. Quand il rentra pour manger, il trouva Mahammed le Mulet tenant dans ses mains le plat en bois, comme on tient un tambour de basque (bendai'r), et tambourinant dessus. (Il avait tout mangé). Il resta abasourdi de tant de voracité. Enfin, il sortit et s’en alla dans un autre château. Maham-
med passa la nuit à deviser avec sa sœur jusqu’au lever du soleil. Ils ne dormirent ni l’un ni l’autre.
Le lendemain, le roi vint avec ses frères qui voulaient, disaient-ils, saluer le beau-frère de leur frère. Ils le saluèrent en effet, et l’invitèrent à souper avec eux. Il se rendit donc à leur invitation. Chacun d’eux, pour ce soir-là, lui avait préparé un grand plat de couscouss. L’heure du repas venue, tous apportèrent leur plat et le servirent. Quand on en fut à manger, il leur dit : « Levez-vous et allez vous laveries mains. » — « Tu te laveras aussi, lui dirent-ils! » — « Non ! je ne mange pas de l'homme, comme vous. » Ils durent se lever et aller se rincer les mains. Quand ils curent terminé le repas, ils dirent à Mahammed : « Tu coucheras ici. » — « Non! » dit-il. Ils nourrissaient le projet de le prendre en traître et de le tuer.
(Faisons un) retour à la massue de fer. Il ne la posait pas et ne la quittait jamais de la main.
A la fin, ils lui dirent : « Allons nous promener. » Il sortit avec eux et se promena ; mais, en marchant, il avait l’œil sur eux. « Je m’en vais me coucher, dit-il enfin, je passerai la nuit chez ma sœur. Il me tarde fort de la revoir. » Or le roi des Ghouls s’était rendu au château où demeurait la sœur de Mahammed le Mulet.
Les Ghouls se mirent à réfléchir sur le moyen
de l’attaquer et à se concerter pour le mettre à mort. Quand il comprit qu’ils désiraient se battre avec lui, il leur dit : « Par Allah ! Lutte à main plate, ou main fermée, au couteau ou bien à l’épée ! Nul comme moi ne joue de la massue ferrée ! » L’un d’eux s’avança pour se battre avec lui. 11 l'étendit mort par terre. Un autre se présenta. Enfin il les tua tous six. Il les laissa étendus sur le sol et se rendit au château où se tenait sa sœur.
Il y trouva le roi qui était venu dans l’intention d’y passer la nuit. Pour lui, il passa la nuit à épier le roi. Vers le milieu de la nuit, le roi sortit et ne rentra qu’au matin. Il amenait avec lui une jeune hile nommée Etoile des Nuits... Que soit béni Celui qui la créa et la modela ! Mahammed le Mulet parla au roi des Ghouls, disant : « Aujourd’hui, j’emmène avec moi ma sœur. » — Le Ghoul lui dit : « Si seulement tu répètes ce mot, il pourra bien se faire que nous en venions aux mains. »
Faisons un retour sur le roi des Ghouls : il n’avait aucune nouvelle de ses frères et ne savait pas que Mahammed les avait tués.
Les deux ennemis enfin se levèrent pour se battre à l’épée. Ils luttèrent de pied ferme pendant trois jours depuis le matin jusqu’au soir. Et aucun d’eux ne vainquit l’autre. Ensuite ils se mesurèrent à la massue pendant trois jours
aussi sans que l'un d'eux l'emportât sur l'autre. Ensuite, ils luttèrent corps à corps pendant trois jours. Et aucun d’eux ne triompha de l’autre. Alors, le roi des Ghouls alla chercher un poignard pour frapper en traître Mahammed le Mulet. Mais, comme il prenait ce poignard, Etoile des Nuits le vit. Elle vint trouver la soeur de Mahammed et lui dit: « L’Infect (le Puant, El faih), a pris un poignard, méditant quelque félonie contre ton frère. » Celle-ci le dit à son frère. En effet le roi des Ghouls vint le trouver, et, avec des faux semblants d’amitié, il vint s’asseoir à ses côtés. Soudain il le frappa du poignard. Mahammed avait revêtu sa chemise de fer. 11 l’en frappa, mais le poignard recula. Aussitôt Mahammed se lève comme un lion en fureur. 11 le frappe de la massue de fer et l'étend, (mort), muet. A ce moment, Etoile des Nuits se leva et poussa des ululations de joie. Mahammed coupa la gorge du roi, fourra sa tête dans un sac et la mit de côté.
Etoile des Nuits se prit à raconter à Mahammed comment le Ghoul l’avait enlevée du jardin de son père. Elle était la fille du roi de Chine. Sans tarder, Mahammed se rendit dans tous les châteaux du roi des Ghouls. Il y entrait et il disait aux femmes : « Si quelqu’un tuait le roi des Ghouls, comment le récompenseriez-vous? » La première dit : « Hélas! nous
n’avons rien ! C’est Dieu qui lui donnerait sa récompense. » Ainsi des autres, jusqu’à ce qu’il arrivât à la soixantième. « Celui qui le tuerait, dit-elle, et m’apporterait sa tête et me la ferait voir..., je lui donnerais l’écrin d’argent et l’anneau qu’il contient. » — « Viens avec moi, lui dit-il, tu vas le voir ! » — « J'ai peur d’aller avec toi. Je tremble qu’il ne me surprenne. » — « Tu n’a rien à craindre, lui dit Mahammed, ni de lui, ni de moi. » Elle vint avec lui au château de la sœur de Mahammed. Elle vit un corps humain sans tête. Il lira la tête du sac en lui disant : la voici! Elle se mit à pousser des ululations de joie. Etoile des Nuits sortit, ainsi que la sœur de Mahammed, et elles se mirent à ululer avec elle. A ces cris, toutes les jeunes femmes que le Ghoul avait ravies à leurs parents se réunirent dans la demeure de la sœur de Mahammed. Et elles se poussaient les unes les autres pour voir la tête du roi des Ghouls. (De plus), il les amena toutes auprès des six frères du roi qui étaient restés les uns sur les autres, tous morts. Elles recommencèrent à éprouver une joie intense. Alors, elles revinrent au château où avait péri le roi des Ghouls, égorgèrent des moutons, les firent cuire uniquement à leur goût et se livrèrent à de grandes réjouissances entre elles.
Ensuite, il vit s'éloigner la jeune femme qui
lui avait dit : Je te donnerai l'écrin d'argent et l’anneau qui est dedans. Elle les lui rapporta. Elle ouvrit l’écrin et en tira un anneau. Cet anneau commandait à sept génies ou plutôt à sept des plus vaillants génies, de ceux que l’on appelle des 'Afarit. Ils étaient au service de l’anneau. Son maître n’avait qu’à le tourner et aussitôt il avait devant lui ce qu’il avait pensé. Mahammed ordonna sur-le-champ aux sept 'Afarit de transporter chacune de ces femmes dans son pays. A peine l’anneau avait-il fini son tour, que chacune se trouva chez elle. Il ne resta auprès de lui que Etoile des Nuits qui avait refusé de s’en aller. « Pour moi, avait elle déclaré, où ira celui qui nous a délivrées de l’infect, j’irai aussi avec lui. « Alors, il ordonna aux 'Afarit d'emporter Etoile des Nuits et'Aïcha, sa sœur, ainsi que tous les objets de valeur qui se trouvaient dans tous les châteaux de l’ogre. Il les emportèrent, et, en un clin d’œil, ils se trouvèrent tous dans la maison de Mahammed le Mulet. Sa mère était devenue aveugle des deux yeux à force de pleurer, tandis que son père était réduit à mendier. Ils y entrèrent triomphants et heureux d’y empiler en tas élevés des quintaux d’or et d’argent. 11 se hâta de donner à ses génies l’ordre de rendre la vue à sa mère. Et c’est ce qui fut tait. Puis il fit bâtir par eux des palais couverts d’or et de tentures. Il n’oublia,
pas de tourner l’anneau à l’intention des troupeaux de moutons, de bœufs et autres animaux, de sorte que tout ce que possédait le roi des Ghouls lui fut apporté sans délai. Enfin, il épousa Etoile des Nuits. 11 fit de grandes réjouis, sances à cette occasion. Et, après les sept jours et les septs nuits de fête, la veille du huitième lour, il entra dans la chambre nuptiale.
11 est utile de revenir à l’écrin et à son anneau. 11 était aux mains d'une des jeunes femmes que l'ogre avait ravies à leurs parents, (comme nous l’avons dit.) (Mais, ce que nous n’avons pas dit, c’est que) elle le lui avait dérobé. Elle s’était gardée de le lui rendre, consentant plutôt à la mort qui la délivrait de sa présence, d’autant plus que c’était grâce à cet anneau que le Ghoul pouvait enlever les filles des rois. Et, si cet anneau avait été encore dans les mains de l'ogre, jamais Mahammed le Mulet n’aurait pu triompher de lui.
{Conté par Mustafa ben Sidi Hallou , blidéen).