‹ Contes populaires sur les orgesChapitre 4 sur 20 · LE PRINCE F H AL EL FHOUL QUI TUA TROIS CENT SOIXANTE GHOULS · texte numérisé non relu

LE PRINCE F H AL EL FHOUL QUI TUA TROIS CENT SOIXANTE GHOULS

On raconte qu’une vieille femme avait son habitation dans un champ. Elle était aveugle. Elle possédait seulement deux chèvres. (Mais) elle avait un fils courageux et fort et une fille si belle que jamais beauté pareille ne se vit icibas. C’était une famille connue pour avoir été fort riche. Mais sa fortune s’était épuisée et il ne lui restait plus que ces deux chèvres. Ils avaient aussi une source où ils allaient chercher de l’eau et qui était fort éloignée. C’était la jeune fille qui allait chercher de l’eau. Elle se nommait Fedfouda. Elle allait à l’aiguade, elle moulait le grain, pétrissait la pâte, faisait la cuisine. Son frère vivait dehors et allait continuellement à la chasse. Ils se nourrissaient uniquement de gibier.

Comme la jeune fille allait journellement à la source, il arriva une fois que le fils du roi vint à passer par là, avec ses troupes à la tête des-

quelles il faisait une marche, et il la surprit à la fontaine emplissant son outre. Dès qu’il l’eut aperçue, le prince fit presser le pas à ses cavaliers dans l’intention de l’enlever. La jeune fille vit le mouvement, et, affolée, entra dans la mare que la source formait autour d’elle. Or, dans cette mare vivait un serpent (tso 'bân'l, qui était un génie. Comme elle se réfugiait dans la mare, le Serpent l’enleva et la plongea dans l'eau. Le prince, qui arrivait au galop, s’arrêta près de la fontaine. Il ne la trouva plus. (Il en fut si frappé) qu’il s’évanouit et tomba de son cheval. Ses cavaliers accoururent et le rapportèrent à la ville.

La fièvre s’était déclarée et il tremblait. Sa mère et ses sœurs étaient dans la consternation. « Je veux voir près de moi, leur dit-il, le vieux Conseiller. » On alla le chercher « Viens nous apporter tes conseils, lui dit-on. Le fils du roi faisait une marche à la tète de ses troupes, quand il a été pris d’un accès de fièvre. » Le vieux Conseiller vint sur-le-champ, entra dans la chambre, s’assit, et, le trouvant assoupi, s’attacha à le tirer de sa torpeur avec ménagement. Quand il le vit éveillé, il lui dit : « Racontemoi ce qui est arrivé, fils de notre maître. » « J’ai aperçu, lui dit-il, une gazelle. Je l’ai vue de mes yeux : elle est tombée dans la mare et n’a plus reparu. Et je suis tombé de mon cheval

et mes cavaliers m’ont rapporté. Voilà mon aventure et il n’y a rien de plus. » Le Conseiller parla et lui dit: « Cette gazelle, sans aucun doute, est la reine des gazelles ! Et maintenant elle est au pouvoir du Serpent. Et ce Serpent n’est autre que le fils du roi des Djân. » 11 ajouta : « Lève-toi et fais trois pas. Monte à cheval et rends toi auprès de la vieille aux deux chèvres, la vieille aveugle qui a pour fils Fetfât. » Le prince était ranimé et le Conseiller se retira.

Le prince appela sa mère ; il appela ses sœurs. « Je vous prie, leur dit-il, de me préparer des provisions de voyage. » Sur-le-champ, elles lui firent un paquet des choses qu’il aimait. Il monta en selle et partit. 11 alla de ville en ville et de solitude en solitude jusque chez la vieille femme aveugle. Avec elle, il trouva son fils qui revenait en ce moment de la chasse. « Voici des hôtes de Dieu, » dit-il en se présentant (avec sa suite). « Soyez les bienvenus, lui réponditon, et comme chez vous-mêmes ! » Car l’hospitalité était de tradition dans leur famille. Dès que le prince fut descendu de cheval, il embrassa le frère de la jeune fille, Fetfât, et éclata en sanglots. Celui-ci l’imita et pleura avec lui. Il l’amena auprès de sa mère et le prince l’embrassa aussi et il recommença à pleurer à chaudes larmes. Il raconta à la mère son aven-

ture depuis le commencement jusqu’à la fin. Et il dit en finissant: «Je l’ai aperçue, je l’ai vue de mes yeux. Elle est tombée dans cette mare, gouffre mystérieux! » Le vaillant Fetfât parla et lui dit : « C’était ma sœur, ô seigneur des seigneurs ! C’était Fedfouda, la reine des jeunes filles, qui le jour disparaît à nos yeux et passe ici la nuit (i). Mais, prince, arrêtetoi ici, tu es mon hôte jusqu’à ce que nous ayons avisé. » Et, en effet, il s’établit chez eux en hôte.

Cependant, comme la jeune fille ne revenait pas et qu’en vain ils s’étaient mis à sa recherche sans pouvoir la retrouver, ils eurent recours à un vieil enchanteur (Hakim). Il était âgé de plus de cent ans. Il lui suffisait de souffler sur une montagne pour qu’elle s’effondrât. « Cet enchanteur se trouve chez nous, dit Fetfât au prince. Mais il s'est retiré sur une montagne éloignée et vit dans une caverne. Montons à cheval et rendonsnous auprès de lui. » Sur-le-champ, ils prirent les provisions qu’il leur fallait, s’armèrent, dirent adieu à la vieille femme, sautèrent à cheval et partirent. Ils firent route exclusivement à tra-

(i) Fenhar etghib clina ou fellil etdji tbât. Cette expression consacrée et conservée par la rime n'offre plus aucun sens, d'après la narratrice (?) « C’est la tradition ô, a-t-elle déclaré.

vers des forêts et des montagnes et arrivèrent enfin à celle où vivait l’Enchanteur. En approchant de la caverne, ils entendirent un bourdonnement de voix humaines et un bruit de paroles marmottées, comme si la caverne eût contenu une nombreuse assemblée. Ils s’arrêtèrent enfin à l’entrée. 11 n’y trouvèrent que le vieillard en train de faire sa prière du soleil couchant. Ils attendirent qu’il eût achevé sa prière et son chapelet. Ils lui dirent : « Salut sur toi, vieillard des vieillards. » — « Et que le salut soit sur vous aussi, vaillants qui êtes venus aujourd’hui au séjour des Djân ! » « Entrez ! » ajouta-t-il. Ils entrèrent, lui baisèrent la tète et s’accroupirent sur leurs jambes croisées. « Que désirez-vous ? » leur demanda-t-il. a Seigneur, lui dit le prince, je passais un jour à la tête des troupes de mon père près d'une fontaine, quand j’y trouvai une jeune fille... Que grâces soient rendues à Celui qui la créa et la modela si belle ! Bref, elle m’arracha la raison. Je courus vers elle. Elle voulut fuir, entra dans la flaque d’eau que formait la source et y disparut. Je me retournai pour avertir mes hommes, mais je m’évanouis. Je tombai de mon cheval, pris soudain d'une fièvre qui me faisait trembler comme les feuilles du peuplier blanc. On me releva et l’on me rapporta à la ville. Je fis venir le vieux Conseiller. Je lui racontai les

faits. 11 me dit: « Cette jeune fille est entre les mains du Serpent. » Je suis monté à cheval. J’ai gagné la demeure du Seigneur Fetfât. Et nous sommes venus te trouver, Seigneur des Seigneurs. » Le vieil enchanteur éleva la voix et leur dit : « Vous êtes mes hôtes céans; demain, il faut l’espérer, Dieu nous aura suggéré quelque expédient. » Ils acceptèrent son hospitalité.

Tandis qu’ils étaient assis en sa compagnie, une table vint se poser devant eux. Elle était chargée de tout ce qui peut exciter l’appétit. L’Enchanteur refusa de prendre part à leur repas. Pour eux, ils mangèrent à leur faim. Et soudain la table s’enleva toute seule. « Venez! leur dit-il alors. Promenons-nous un peu. » Il les lit pénétrer dans le fond de la caverne. Ils y trouvèrent des appartements somptueux (qçar), bâtis avec l’or et l’argent. On y voyait des jeunes filles d'une beauté introuvable. Aucune d’elles ne ressemblait à l’autre. Au cours de cette promenade avec l’enchanteur, le prince eut soif et demanda à boire. En un clin d’œil, se trouva devant lui une jeune fille portant une coupe d’or : « Prends et bois, beau marié ! » lui dit-elle. Il prit la coupe mais sa main tremblait de joie de ce qu’on lui eût appliqué ce mot de marié (qui était de si bon augure). Cependant, il avait beau boire, il ne pouvait éteindre sa soif, et, (chose non moins étrange),

la coupe ne se vidait point . Il fallut que l'enchanteur mît le doigt dans la coupe pour qu’il se sentît désaltéré. La belle servante reprit la coupe, et, en un clin d'œil, (disparut) si vite qu’il pouvait se demander si jamais elle avait été là. Ils firent encore quelques pas et l’enchanteur les fit entrer dans une salle toute resplendissante d’or. Il s’y dressait un trône tout en or. L’enchanteur s’y assit. Puis, prenant un livre et un roseau taillé, il se mit à faire des calculs, tout en murmurant et en marmottant et en entretenant une conversation avec quelqu’un qui pourtant n’était pas là. Enfin, il posa le livre, et, s’adressant au jeune prince, il lui dit : « C’est de ton côté que sont les torts. Tu as poursuivi cette jeune fille dans la mare d’eau. (Or, quand elle s’y fut réfugiée, elle s’est trouvée sous la protection du Serpent). Ta démarche a donc été un acte d’hostilité contre lui, une atteinte portée à son honneur. Tu l'as insulté, en ne respectant pas son hospitalité. Et ce Serpent n’est autre qu'un fils du roi des Génies. Tu n’as pas fini d’entendre ses revendications pour l’offense que tu lui as faite dans la personne de Fedfouda! » — « Seigneur, lui répondit le jeune prince, au moment où j’ai aperçu la jeune fille, j’en jure par le nom de notre Seigneur Salomon, je n’avais guère mon sang-froid et je n’ai pas vu le Serpent. » —

« Evidemment, dit l’enchanteur, ta cause sera plaidée. Mais, ensuite, tu solliciteras de lui ton pardon. Il se trouve justement que ce Serpent qui garde Fedfouda est soumis à mon pouvoir. » Là-dessus, ils se levèrent et sortirent. L’enchanteur emporta son livre de sciences occultes. Quand ils furent hors de cette salle, il se mit à murmurer et à marmotter. Puis, il leur dit : « Fermez les yeux et ne les ouvrez pas avant que je vous le dise. » Il leur dit ensuite : « Faites sept pas en avant. » Enfin, il commanda : « Ouvrez les yeux. » Ils les ouvrirent : ils se retrouvaient sur les bords de la mare et leurs deux chevaux étaient avec eux ainsi que le vieil enchanteur. Alors, s’adressant au prince, celui-ci lui dit : « Approche. » Quand il fut près de lui, il prit de l’eau de la mare et l’en aspergea. A peine eut-il fini de l'arroser, que le prince se trouva dans un de ces grands sacs qu’on appelle tellis. L’orifice en était soigneusement fermé avec des liens. Prenant le tellis, l’enchanteur l’étendit sur le sol près de la mare, comme l’on couche une bête que l’on va égorger. Le vieillard alors s’approcha de la mare. Il se mit à murmurer des conjurations. Soudain l’eau s’éleva jusqu’au ciel et retomba et continua à s’élancer ainsi pour s’abattre ensuite, cependant que le niveau de la mare montait f. II. 6

extraordinairement. Enfin il en sortit un serpent des plus énormes et des plus monstrueux. Il poussa un cri ressemblant à un rugissement. Mais l'enchanteur, lui adressant la parole : « Pourquoi n'as-tu pas voulu lui rendre la liberté et la laisser rejoindre ses parents ? Que t’-a-t-elle fait? » — « Je me reposais à ma place, dit le serpent, quand elle est venue en courant de mon côté. Elle m’a foulé aux pieds. Que me réclamestu ? » — « Cette enfant, continua l’enchanteur, avait été envoyée par sa mère pour puiser de l'eau. Elle a fait par hasard la rencontre d'un fils de roi quis’est épris d'elle. 11 a voulu la poursuivre. La jeune fille a pris peur. Elle s'est mise à courir et, dans son affolement, elle a marché sur toi. Les torts ne retombent point sur elle, mais sur celui qui l’a poursuivie. Et maintenant le coupable vient à toi, enfermé (dans le sac) (t), garrotté, protestant de sa soumission à tes volontés et il sollicite de toi son pardon. » — « 11 en sera, répondit le Serpent, comme tu voudras, cheikh. » L’enchanteur alors fit un signe au tellis qui vint près de lui : « Parle, fils de roi, lui dit-il. Demande ta grâce à ce Héros (Lhaderradjél) (2) et dis-lui que tu l'adjures au

(î)oulaken darouek idjik emkhebbi ou mkettef ou taï' lik ou itleb mennek esmâh.

(2) Très fréquemment, les Génies et les Sainte sont appelés erdjàl Allah, vaillants de Dieu, héros.

nom de notre Seigneur Salomon.» Le jeune prince conversa avec le serpent et il lui demanda son pardon. Rentrant alors dans la mare, le dragon s’enfonça sous la terre et en sortit aussitôt. 11 ramenait la jeune fille. Sa beauté s’était encore accrue de beautés nouvelles. Elle était vêtue d’or et portait tant de bijoux qu’elle n’eût pu en porter davantage sans fatigue. S'adressant au vieil enchanteur : « Seigneur, dit-elle, j’exige que celui qui, en me poursuivant, m’a fait fouler aux pieds le Serpent, amène ici deux taureaux qu’il devra égorger dans la mare. C’est la condition de ma délivrance.. Si elle n’est remplie, je ne pourrai sortir d’ici. Cependant, si tu veux te porter garant pour lui, je vais sortir tout de suite. » — « Sors ! lui dit l’enchanteur. Je réponds de lui. » Et aussitôt elle fut hors de la mare dans laquelle le Serpent se replongea.

Toute cette scène s’était passée en présence du frère de Fedfouda qui regardait et écoutait tout et du prince qui, enfermé dans le tellis, ne pouvait qu’entendre les voix. L’enchanteur le retira de sa prison et ils partirent tous. Et ils marchèrent jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés chez la vieille femme aveugle. Le cheikh enchanteur était avec eux. Quand ils entrèrent, Fedfouda se jeta au cou de sa mère. Elle l’enlaça et la baisa et toutes d’eux pleurèrent de joie à l’envi. Puis la jeune fille se levant leur prépara à man-

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ger. Dès que le repas fut cuit, les hommes mangèrent ensemble. Quand il fut terminé, le prince, s’adressant à Fetfât, lui dit : « Je veux prendre chez toi une fille de bonne maison et de bon renom. » — « Sois le bienvenu ! lui répondit le frère. » De cheikh, pris pour arbitre, fixa, à leur commune satisfaction, le chiffre de la dot et arrêta les conditions du contrat. Puis, s’adressant au prince : « Prends-garde, lui ditil, d’oublier ce que tu as promis au Serpent, car, si tu l’oubliais, il sortirait de sa retraite pour te ravir Fedfouda, quand elle se cacherait dans le dernier tiers du monde. » — « Seigneur, lui répondit le prince, la première fois que je retournerai dans mon pays, je ramènerai avec moi les deux bœufs. » Alors, subitement, ils ne surent plus où était l'enchanteur, s’il s’était envolé ou si la terre l’avait englouti.

Le prince et Fetfàt vinrent alors retrouver la vieille femme. Elle était au comble de la joie. Ils lui racontèrent tous les incidents de cette affaire depuis le commencement jusqu’à la fin. « Comment! leur dit-elle, n’est-il pas étonnant qu’ayant pénétré comme vous l’avez fait, dans la caverne de l’enchanteur et dans les résidences des Maîtres de la Magie, vous n’ayez pas pensé à leur parler de mes pauvres yeux, afin qu’Allah très-haut me rende la vue et que je contemple la lumière comme jadis ?» —

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<( L'idée ne nous en est pas venue, lui répondirent-ils ; nous étions trop troublés par tout ce que nous voyions. »

Le prince enfin voulut prendre congé. Mais sa future belle-mère s’y opposa. « L’hospitalité du prophète, lui dit-elle, comporte trois jours. » Il resta donc encore trois jours. Le moment du départ venu, il dit à ceux qui devaient devenir ses beaux-parents : « Il faut dès maintenant vous préparer. Je vais revenir avec la dot et les autres objets stipulés au contrat. Je me ferai suivre également de mes troupes. Et je vous emmènerai tous avec moi. Je ne souffrirai pas qu’aucun de vous continue à habiter ce lieuci. » Ils lui donnèrent des vivres. Il monta à cheval et il leur fit ses souhaits d’adieu. 11 partit enfin et, traversant uniquement des régions inhabitées, il arriva à la ville de son père.

Il le trouva en compagnie de ses ministres. Il le salua ainsi que les vizirs. Tous lui montrèrent la joie qu’ils éprouvaient de son retour. Puis, il dit à son père : « Il faut me donner la dot de la femme que j’épouse, ainsi que les objets stipulés au contrat que j’ai passé. » Son père lui remit la clef du trésor. Il y prit ce qu’il voulut. Puis il donna l’ordre de faire évacuer un des bâtiments du palais. Il commanda à ses troupes de faire leurs préparatifs. De son côté, le roi invita ses vizirs à escorter son fils.

T. II

En quelques jours, tout le monde fut prêt. Le prince alors songea aux taureaux, et ses serviteurs lui en amenèrent deux. Le roi enjoignit aux habitants de parer la ville, et ils la parèrent. Enfin, prince, vizirs, soldats montèrent en selle. Les taureaux marchaient en tète, devant eux. Et ils s'ébranlèrent, au milieu de l’allégresse publique et aux accents de la nouba.

Arrivés à la campagne où habitait Fedfouda, ils attachèrent leurs chevaux. Un dîner leur fut servi et tous mangèrent jusqu'à ce qu’ils fussent rassasiés. Ensuite, le prince, se faisant précéder des deux taureaux, se dirigea vers la mare, au milieu de laquelle il devait immoler les bœufs. « Je voudrais bien, lui dit sa bellemère, assister à cette cérémonie. » L’on descendit donc avec elle au bas-fond. Le prince appela celui qui était chargé d’égorger les bêtes. « Je veux, lui dit-il, que tu les égorges au cœur de la mare. » Il les garrotta et les traîna au milieu de l’eau. Quand il eut passé le couteau sur la gorge du (premier) taureau, le sang eut beau couler tout entier dans la mare, il n’y parut point. L’eau resta pure et limpide. Il ouvrit la trachée-artère du second. Le même phénomène se produisit. Seulement, deux gouttes de sang, sortant du milieu de la mare, jaillirent et vinrent tomber chacune sur un des yeux de la belle-

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mère du prince. Et l’aveugle à l’instant vit la lumière comme autrefois. Elle sautait au ciel de joie. Sa fille, son fils et le prince, son gendre, étaient tout heureux. Ils s’émerveillaient d'ùn miracle dont jamais de leur vie ils n’avaient ouï parler, loin d’en avoir jamais été témoins. Et tout le monde se retira,

Cette nuit-là même, on attacha le henné à la mariée. Et ce fut une nuit de réjouissances et d’allégresse. Le lendemain, on fit monter à cheval la mariée, sa mère et son frère. Et tous sautèrent en selle. L’on partit et l’on chemina jusqu’à ce qu’on eût conduit la mariée dans la ville du prince. Il donna l’ordre au crieur public d’annoncer qu’un festin était offert à la population sur la caisse du roi. Les sept jours et les sept nuits écoulés, la veille du huitième jour, le prince entra dans la chambre nuptiale. Il y passa les sept jours nuptiaux (ou jours du ta'rouîs). Puis, il sortit. Après un certain laps de temps, un beau jour, la grossesse de la jeune femme fut évidente. Quand ses mois furent accomplis, elle mit au monde un garçon... Que grâces soient rendues à celui qui le créa et qui modela sa beauté ! Il naquit parfait, (kamel). Dès le premier jour, on lui eût donné une année. Le porteur de la bonne nouvelle se rendit auprès du roi, le grand-père, qui lui en paya le prix. Pendant sept jours on n’entendit

que la nouba (des soldats) et les airs des concerts privés. Le septième jour de la naissance on lui donna son nom : L’étalon-des-étalons-quiune-fois-grand-tuera-trois-cent-soixante-Ghouls, (ou, par abréviation, Fhal elfhoul, l’étalon des étalons, le héros des héros). On le remit aux mains de sa nourrice. Quand il fut plus grand, on lui donna un précepteur qui lui enseigna tout, même la chasse. 11 profita si bien que, tout enfant qu’il fût, nul n'eût pu se vanter de triompher de lui à son époque.

Un jour que le roi siégeait dans son prétoire, son ri 1 s à ses côtés, voici que se présenta devant eux une vieille femme suivie de sept enfants. Elle pleurait et suppliait. «Seigneur, lui dit-elle, je suis venue pour t’entretenir d’une affaire. Mais auparavant je veux que tu me donnes la permission de te parler en toute confiance, mon maître et roi. » — « Parle, lui dit-il, en toute sécurité et avec assurance. » — « J’avais, dit la femme, des chèvres et des brebis d’où je tirais ma subsistance et celle de mes enfants, que tu vois ici. Mon mari était un homme déjà âgé. J’ai eu avec lui neuf enfants. (Cette famille aujourd’hui est décimée). 11 me reste encore les sept enfants que tu vois mais j’ai perdu un garçon, une fille et mon mari; et, tous les trois, ils ont été dévorés par les Ghouls, 'ainsi que le troupeau dont je vivais). C’est

pourquoi je viens aujourd’hui porter ma plainte devant toi, à mon seigneur et roi. » Fhal elfhoul prit la parole et dit à la vieille femme : « Qu’y a-t-il de particulier dans ces Ghouls dont tu parles?» — « Mon enfant, lui dit-elle, mets ta main sur mon front et je te le dirai . Ces Ghouls ont la peau noire et la taille gigantesque. Ils voient rarement des hommes. Mais quand ils en voient, ils tremblent de joie. Si quelque adamite tombe entre leurs mains, ils le coupent en morceaux. Bref, ce sont des êtres horribles. » Or Fhal el fhoul était doué d’une stature colossale. 11 fut pris d'une grande colère. 11 se leva. « Par la vérité des dieux La 'si et Na' si (i), dit-il, et par la destinée que Dieu m’a écrite sur le front, je le jure, il faut que j’aille les chercher en personne ! Eh quoi ! il y a sur la terre un homme comme moi et il s’y trouve aussi des Ghouls qui mangent les humains ! » Se tournant alors vers son père : « Mon père, lui dit-il, tu me pardonneras. Je ne respire qu’aventures et combats. Je veux mettre mon honneur àprotéger les vieilles. C’est de cette entreprise que je sortirai humilié ou que je reviendrai glorieux. » Le père en vain chercha à le retenir. «Je ne sais qu’une chose, lui répondit-il, c’est que je partirai. »

(i) Noms inventés à plaisir sans doute et tirés de la racine l'as, dévorer, et n'as, dormir.

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Il alla trouver aussitôt sa mère et lui dit : « Sur-le-champ, je veux que tu me prépares des provisions de voyage. » Elle se leva aussitôt et les lui prépara. Il lui fit ses adieux et se rendit auprès de la vieille femme pour s’informer des lieux où l’on trouvait des Ghouls. Quand elle lui eut indiqué l’endroit, il prit des provisions et partit sur son cheval. Il chevaucha de ville en ville et de solitude en solitude jusqu’à ce qu’entin il pénétrât dans une forêt où il rencontra des lions. Tous les fauves que Dieu a créés s’y trouvaient réunis. 11 y passa la nuit dans de perpétuelles alertes. A la fin, la colère le prit. Tirant son épée, il se mit à massacrer tout ce qui se présentait à lui. Et il continua pendant toute la nuit. Quand le jour se leva, il vit la terre rouge de sang. Et ce qui était mort était mort et ce qui avait fui, avait fui. (Ces monstres étaient vaincus, tous tués ou en fuite).

Il remonta sur son cheval et continua sa route. Il ne traversait plus que des forêts et des solitudes. Enfin, il arriva à un endroit où il aperçut un grand nombre de constructions (elbenian). Il piqua droit vers ce point. Ces constructions étaient (les cases) où habitaient les Ghouls. Il entra dans le village. Il le trouva fort peuplé de Ghouls. Les uns, en groupes, tenaient conseil. D'autres, en cercle autour des chaudrons, veillaient à la cuisine. D’autres enfin

abattaient des animaux et les écorchaient. Il s’avança vers eux et leur dit : « Hôte d’Allah ! » Ils levèrent les yeux vers lui qui les dominait du haut de son cheval. Ils furent saisis de respect devant sa prestance de colosse. « Levonsnous, se disaient entre eux les Ghouls. Prenons nos massues! » Mais Fhal elfhoul élevant la voix : « Eh ! que feriez-vous, leur dit-il, avec vos massues?» — « Venez avec moi, ajouta-t-il, je vous conduirai dans une forêt où vous trouverez de quoi manger et de quoi rapporter chez vous. » Ils se levèrent aussitôt, et, sans s’armer de leurs massues, au nombre d’une centaine, ils l’accompagnèrent. Il les conduisit à la forêt où il avait fait un si grand carnage d’animaux sauvages. Ils se jetèrent sur les cadavres qui jonchaient le sol. Alors Fhal elfhoul, avisant un vieux Ghoul au poil blanc, dont les cheveux d'argent retombaient sur le visage, et qui, venant de ramasser un des animaux qui gisaient par terre, le dévorait sans le mâcher, pris de dégoût, lui dit : « Ah! Ghoul ! Ghoul ! race goulue ! Jusqu’au dernier, par Allah! il faut que je vous tue! » Et il tira son épée de dessous lui. Et, après avoir fait du vieillard sa première victime, il fondit sur les autres qu’il tua sans qu’il en restât un seul. Il rassembla leurs tètes et en dressa une sorte de pyramide; après quoi, il s’en revint à leur village.

Les Ghouls qui restaient s’étaient réunis pour manger le couscouss. Pendant qu’il approchait,

tous, en arrêt sur lui, le dévoraient des yeux. « Levez-vous! leur dit-il. Il vous faut écouter ce que vous envoient dire vos frères. » Laissant

tout, ils le suivirent au pas de course. Il les conduisit à l’endroit même où avait eu lieu le massacre de leurs frères. « Mettez-vous à manger ! » leur dit-il. Ils se mirent à manger. Alors, il tira son épée et commença le massacre. Cette fois, il en échappa une vingtaine environ. Tous les autres restèrent sur place. Et leurs têtes vinrent grossir la pyramide.

Il revint encore au village. Mais il y trouva les vieux Ghouls, (prêts à le recevoir), la massue au poing. Il dégaina et se rua sur eux. Déjà il coupait leurs têtes, quand un Ghoul réussit à le prendre au dépourvu et à le désarçonner. Alors tous se jetèrent sur lui. Ils le garrottèrent solidement. Ils le traînèrent vers un bâtiment qui était la résidence d’une vieille Ghoule, qui pouvait bien être âgée de deux siècles, et de quelques autres Ghoules. Mais, quand il s’était vu dans leurs mains, Fhal el fhoul avait fondu en larmes. Il sut si bien jouer la comédie qu’ils lui ôtèrent ses liens; et, (quand ils arrivèrent auprès de la vieille), il put bondir jusqu’à elle et lui saisir les mamelles qu’il téta. « Ah! par Allah! si tu n’avais pas tété la mamelle de Ai'ssa et de

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Moussa!... s’écria la vieille. Tu as ta grâce ! lui dit-elle et elle ajouta : « Combien de fils de roi, combien de braves comme toi, j’ai sauvés dans ma vie! » A partir de ce moment, on le laissa en liberté. Il put sortir de la demeure (de sa protectrice). 11 en profita pour tirer l’épée et tailler dans les chairs des Ghouls à qui il ne laissa pas une oreille.

De retour auprès de la vieille Ghoule, il lui dit: « Je me demande toujours pour quelle raison vous mangez la chair humaine. » — « Eh ! vaillant, lui dit-elle, la chair de l’homme est savoureuse et (particulièrement) salée. D’ailleurs nous mangeons aussi les bêtes mortes en dehors de l’immolation canonique et les cadavres en putréfaction. » Et elle le fit monter dans dans un bâtiment, où il vit une quantité considérable de cadavres d'hommes et d’enfants. Il y remarqua aussi des effets à foison et des pièces d’orfèvrerie en abondance. Quand il eut bien considéré ces richesses, il descendit de ce lieu. Puis, il dit à la vieille Ghoule : « Toi, tu n’as rien à craindre de ma part. Reste ici en paix. Je vais retourner dans mon pays et reviendrai te trouver. » — « C’est bien ! » lui dit-elle.

Il se mit en quête de son cheval, quil retrouva. Il monta dessus, et, souhaitant la sécurité à la Ghoule, il partit. Il chevaucha de contrée en contrée jusqu’à ce qu’il atteignît son T. II. 7

pays. Il trouva la ville badigeonnée de blanc. 11 entra dans la salle du trône : elle était toute tendue de blanc. Les membres du Conseil avaient également revêtu vêtements blancs sur vêtements blancs. Il présenta ses salutations à son père et aux membres du Conseil. Il se rendit ensuite auprès de sa mère. Elle portait, comme toute la famille, vêtements blancs sur vêtements blancs. « Mère, demanda-t-il, pourquoi la ville est-elle en blanc et ses habitants exclusivement habillés de blanc ? « — « Mon fils, lui dit-elle, il en est ainsi depuis le jour où tu as disparu. Nous te savions parti pour le pays des Ghouls et des épouvantes; nous n’osions plus former le vœu de te voir revenir. Nous t’avons déclaré mort. Et la ville a pris le deuil de son prince. Mais aujourd'hui, mon enfant, que louanges soient rendues à Dieu qui nous a réjouis en toi ! »

11 se rendit alors au prétoire où siégeait le roi. Il voulait retrouver la vieille femme qui avait porté plainte au roi au sujet de son mari, de ses enfants et de son troupeau dévorés par les Ghouls. Le roi envoya un cavalier de la cour pour la chercher. Quand il l'eut ramenée et qu’elle l’eut salué, le prince lui raconta son expédition depuis le commencement jusqu’à la fin. Elle en éprouva la joie la plus vive. « Ce n'est pas tout, lui dit-il, il faut que tu aies aussi

la joie de contempler de tes propres yeux les têtes coupées des Ghouls. » Le roi cependant, rompant le deuil, ordonna de parer la ville. Et la nouba des soldats ainsi que les orchestres des particuliers se tirent entendre pendant plusieurs jours. Tout le monde fut à la joie qu’inspirait le retour heureux du prince.

Quand les réjouissances furent terminées, Fhal elfhoul entra au prétoire où les membres du Conseil étaient assemblés. « Mon père, dit-il, je te demande de me confier tes soldats et des mulets qui me permettront de convoyer jusqu’ici les têtes des Ghouls que j'ai coupées et le butin qu'ils ont enlevé jusqu’à ce jour aux hommes. » — « Quelle raison, lui répondit son père, peut te pousser dans de nouveaux dangers ? » — « Je ne sais qu’une chose, lui dit-il , c’est que j’irai lors même que je serais sûr de périr, du moins, cette fois encore ; mais ce sera la dernière. » Le vizir de la droite s’adressant au roi, lui dit : « Roi, donne lui ce qu’il demande et ne tremble pas pour Fhal elfhoul, le héros des héros. 11 peut braver la mort et affronter tous les travaux. » Le roi donna l’ordre aux troupes de se préparer et d'équiper des mulets. Cela fut bientôt fait. Fhal el fhoul envoya chercher la vieille femme qui s’était plainte. « Je veux, lui dit-il, t’amener avec moi ainsi que tes enfants. Je veux que vous voyiez cela de vos

yeux. » • — « Qu’Allah te donne la victoire, prince ! lui répondit la vieille femme. Certes, c'est avec plaisir que, mes enfants et moi, nous verrons notre vengeance de nos yeux! » Elle alla chercher aussitôt ses enfants que les esclaves assirent sur les bêtes de somme ainsi que leur mère. Les troupes sautèrent en selle et lui-méme prit les devants, semblable à un lion. On chargea les provisions et l’on partit.

Quand ils eurent marché d’un désert à un autre, la vieille femme, un jour, poussa tout à coup un cri. « Seigneur Fhal elfhoul, dit-elle, (je t’en prie et) que Dieu fasse miséricorde à tes parents, pénétrons dans cette forét-çi. » Fhal elfhoul donna l’ordre à la colonne de s’engager sous bois. Ils arrivèrent bientôt à une hutte. « Voilà ma cabane, dit-elle. C’est là que j’habitais et là que les Ghouls vinrent m’enlever mes enfants, mon homme et mes chèvres. »

Poursuivant sa marche, Fhal elfhoul conduisit sa troupe à la forêt où il avait amoncelé les têtes coupées des Ghouls. 11 fit mettre pied à terre et ramasser toutes les tètes. Puis il gagna le village où il avait laissé la vieille Ghoule, sa libératrice. Elle s’y trouvait encore. Tout lui réussissait. La veuve était au comble de ses vœux. Elle savourait sa vengeance et elle était comme si elle n’avait perdu ni mari, ni enfants,

ni troupeaux quand ses yeux tombaient sur les têtes de ses ennemis. Les troupes enlevèrent tous les objets que contenait le village jusqu’aux chaudrons. On emporta aussi la vieille Ghoule que l’on fit monter sur un cheval. Et l’on revint au pays. Des gens qu'ils rencontrèrent en dehors des portes les accueillirent avec des cris de joie et de triomphe. Les habitants, entendant ces manifestations, sortirent tous au-devant d’eux. On exposa les têtes des Ghouls au milieu d’une grancje place. On les compta. 11 y en avait trois cent-soixante, exactement. Plus tard on les enleva et l’on creusa une grande fosse où on les jeta. Quant à la Ghoule, Fhal elfhoul lui assigna une demeure où elle vivait isolée. 11 lui apportait à boire et à manger jusqu’au jour où elle mourut. On l’enterra dans un silo.

Un jour, Fhal elfhoul parla à son père et lui dit : « Je veux, mon père, prendre femme parmi les filles des Génies. » — « Bien!» lui dit son père. Le prince alla trouver sa mère : « Mère, lui dit-il, prépare-moi des provisions de voyage. » Elle les lui prépara. Il les prit et partit à la recherche de l’enchanteur que son père jadis était allé visiter dans sa caverne. Il alla de contrée en contrée jusqu’à ce qu’il y arrivât à son tour. Il surprit l’enchanteur en conversation avec quatre chats blancs. Mais à peine ceux-ci eurent-ils vu l’homme descendre de son cheval, qu’ils

s’évanouirent à ses yeux. Le cheikh enchanteur resta seul. Fhal elfhoul s’approcha, le salua et s’accroupit près de lui. « Je viens, lui dit-il, te faire mes doléanecs, célèbre enchanteur. Mes nuits se passent dans le trouble, les pleurs, les tristes pensers. Sois perspicace, Seigneur, et prête l’oreilie à ma douleur. On dit que tu commandes aux Génies et qu'on t’appelle enchanteur. Ouvre ton livre, maître, et consulte la science des astres. Je veux que tu me cherches parmi les filles des djân une jeune belle dont le sourcil s’incurve comme la lettre noun et dont la bouche ressemble à la boucle du mîm, dont l’œil soit noir, le front éblouissant et la joue tendre! » L’enchanteur lui répondit : « Jeune homme, je vois bien que tu pleures et rêves, perdu dans tes pensées, et que tu veux entrer dans la mer de l’amour et t’y plonger. Instruis-toi, jeune homme, et sois poli et aimable. Quand tu t’assoies dans la compagnie des gens âgés, montre-leur un visage avenant et souriant et non des sourcils froncés. N’aie pas, mon fils, pour aujourd’hui la même déférence que pour hier, et soigne tes discours quand tu t’adresses à des gens d'expérience. » Puis il ajouta : « Je te chercherai une fille des djân. Accorde-moi un délai de sept jours et reviens me trouver. »

Fhal elfhoul reprit le chemin de sa demeure.

Et sept jours après, il ne manqua pas de se trouver devant la caverne de l’enchanteur. Il descendit de cheval. L’enchanteur sortit et le salua. « Je t’ai trouvé, lui dit-il, une jeune fille. Louanges soient rendues à Celui qui la créa et composa sa beauté! Mais, allons! ferme les yeux. » Le jeune homme ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il se trouva dans les appartements somptueux que jadis son père avait visités. L’enchanteur le fit entrer dans une salle où se trouvaient des jeunes filles d'une beauté incomparable. Au milieu d’elles, un vieillard à cheveux blancs et tout habillé de blanc, était assis sur une estrade d’or. Les jeunes filles portaient aussi vêtement d’or survêtement d’or. Elles se levèrent et présentèrent à Fhal elfhoul un siège d’or ainsi qu’à l’enchanteur. Ils s’assirent et l’enchanteur consulta ses cahiers, fit des calculs, marmotta et finit par rouler le manuscrit. Il dit à Fhal elfhoul : « Celle que tu cherches n’est pas ici. » Là-dessus, toutes ces jeunes filles se levèrent, prirent chacune une coupe d’or et la tendirent à Fhal elfhoul. 11 but une gorgée dans chaque coupe, et les jeunes filles se montraient très heureuses de l’honneur qu’il leur faisait. Puis, tout à coup, vieillard et jeunes filles, tout disparutà ses yeux.

Ils marchaient depuis quelque temps à travers une solitude, quand l’enchanteur dit au

jeune homme : « Ferme les yeux », et presque aussitôt il ajouta : « Ouvre-les. » Il se trouva dans un palais plus beau que le premier. L’on y voyait deux vieillards tout de blanc habillés. Ils étaient assis sur deux estrades d’or. « Sois le bienvenu, lui dirent-ils, ô Fhal elfhoul, toi qui as tué trois cent-soixante Ghouls. » Le jeune homme fut surpris de ce langage. 11 salua les vieillards, et les jeunes filles se précipitèrent, se disputant l’honneur de lui offrir le siège où il devait s’asseoir. Quand il fut établi, les deux vieillards regardèrent dans leurs cahiers et se mirent à murmurer et à marmotter. Ils déposèrent enfin leurs livres et dirent à l'enchanteur qui avait introduit chez eux Fhal elfhoul : « Nous n’avons pas ici la jeune fille que vous nous avez demandée. » Aussitôt toutes les jeunes filles se levèrent, tirèrent de leurs poches chacune une fiole d’or et aspergèrent de parfum la figure du jeune homme. Il en garda une beauté surhumaine.

« Ferme les yeux », lui dit encore l’enchanteur. a Ouvre-les » ajouta-t-il et Fhal elfhoul se trouva dans un jardin peuplé d’oiseaux, merveilles de la main de Dieu, et rempli de bassins et de sources jaillissantes. » Je me sens appétit, pensa-t-il en lui-même. Ce serait plaisir de déjeuner en un si beau lieu. » Et sur le champ une table se trouva servie où l’on pouvait remar-

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