‹ Contes populaires sur les orgesChapitre 5 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

quer tous les mets et tous les liquides. Bouleversé, Fhalelfhoul n’en pouvait manger de surprise. Mais un oiseau vert vint se poser sur lui, et, lui picotant du bec la main droite, il eut vite fait de dissiper sa stupeur. Et il mangea jusqu’à ce qu'il fût rassasié. Puis il se leva avec le cheikh et parcourut, le jardin. Et la foule des oiseaux que contenait le jardin, sans qu’il en manquât un seul, se mit à suivre les promeneurs en les charmant de leurs concerts et de leurs chants. Soudain, ils se turent tous. Et un oiseau tout vert éleva la voix. « Sans doute, dit-il, Fhal elfhoul est venu ici pour épouser ma sœur, la belle à la coupe d’or. » Un autre oiseau, vert comme lui, lui répondit : « Hé bien! nous la lui donnerons et les conditions qu’il proposera seront agréées. » Là-dessus, tout le paysage s’évanouit à ses yeux et il entra dans un nouveau château.

Des jeunes filles accoururent pour lui présenter un siège d’or. Le cheikh enchanteur prit place à ses côtés. Quatre estrades en or se dressaient dans la salle. Elles étaient vides. Soudain, le cheikh enchanteur lui dit : « Ferme les yeux.... Ouvre les. » Il vit alors assis sur les estrades quatre vieillards extrêmement âgés. Pas un deux n’avait moins de deux cents ans. Il prirent des manuscrits et se livrèrent à des calculs en marmottant entre leurs lèvres. Quand ils eurent T. II.

fini, il s’adressèrent au jeune homme. « Que Dieu bénisse ce mariage, Fhal elfhoul, ô loi qui as tué trois cent soixante Ghouls. » Chaque jeune fille prit alors une coupe d’or et un flacon de parfum, Elles dénièrent toutes devant lui. Il but un gorgée au verre de chacune, pendant qu’elles arrosaient ses vêtements d’essences. Elles lui apportèrent ensuite un caftan qu’elles l’aidèrent à passer; puis, elles le firent asseoir sur un siège plus beau que celui sur lequel il était. Enfin, on lui servit à manger et il mangea et but.

Soudain deux oiseaux verts vinrent se percher sur deux sièges verts. « Consentez-vous, leur dit l’enchanteur, à donner votre sœur à cet humain, à Fhal elfhoul ? » Les deux oiseaux baissèrent la tête et touchèrent la terre avec le front, comme dans les prosternations de la prière. (Et le dialogue continua). A toutes ies questions que leur posait l’enchanteur, ils répondaient par des inelinements qui signifiaient : « Nous acceptons. » Les vieillards cependant écrivaient le contrat. Quand ce fut fini, les oiseaux verts disparurent. Les jeunes filles présentes se levèrent, portant chacune une rose d’or à la main. Elles sortirent. Quelques instants après, elles revenaient avec un nouveau groupe de jeunes filles. . . Grâces soient rendues à celui qui les créa et composa leur beauté! Fin tète du cortège

marchait la mariée avec sa mère. Celle-ci avait à la main une coupe d’or pleine d’eau. Dès quelles furent entrées, ia mère de la mariée la tendit à Fhal elfhoul. « Bois, lui dit-elle, à la coupe où a bu ton père. » — « Que Dieu bénisse cette boisson ! » dit-il et il but. Mais plus il buvait et plus il avait soif et, (chose non moins étrange !) la coupe ne se vidait point. Il fallut que l’enchanteur mît le doigt dans la coupe pour qu'il se sentit désaltéré. La djânia qui la lui avait présentée et qui était la mère de la mariée était la même qui l’avait présentée jadis au père de Fhal elfhoul, quand il était venu dans ces lieux à la recherche de la jeune fille enlevée par le serpent de la mare, celle même qui était aujourd’hui la mère de Fhal elfhoul. Le marié cependant restait ébloui, incapable d'articuler un mot, devant la beauté qu’il découvrait dans celle qu’il prenait pour femme. Les assistantes se levèrent et allèrent chercher la mariée sur son siège. Elles l’amenèrent en face de Fhal elfhoul. Alors les concerts et les chants commencèrent exécutés par les génies. Des friandises circulèrent. Puis le chœur des jeunes filles vint saluer la mariée et, soudain, tout s’évanouit.

Fhal elfhoul se trouva avec sa femme, montés tous deux sur des chevaux verts, au seuil de la caverne. L’enchanteur était debout auprès

d'eux et la jeune fille avait à la main la coupe d'or où avait bu le père et où venait de boire le fils. « Cache cette coupe, lui dit l'enchanteur, et ne la montre à personne. Quand vous arriverez chez vous, et que tu auras dit à ton père que tu as épousé la fille de celle qui lui a tendu la coupe d’or, il ne te croira pas. « Si tu ne mens pas, te dira-t-il, apporte la moi ici de l’endroit où je l’ai vue. » Alors tu l'auras sous la main. »

Sur ces entrefaites, arriva un vieillard extrêmement âgé, portant sur la tête deux oiseaux verts. Ceux-ci, prenant leur essor, vinrent se poser sur la tète de Fhal elfhoul et de l'épousée. Un autre vieillard arriva alors. « Fermez les yeux!» leur dit-il. Quandils les rouvrirent, ils se trouvaient dans le château de Fhal elfhoul sans que personne les ait vus ou se soit aperçu de leur venue. Soudain, à l’improvisie, on entendit pousser (par le cortège de la mariée) les ululations de joie (qui accueillent l’arrivée de l’épousée chez le mari). Les gens du château, tout surpris, montent au palais du prince. Ils accourent. Ils voient deux sièges en or dressés au milieu de l’appartement. La mariée trônait sur l’un deux... Grâces soient rendues à Celui qui la créa et la composa si belle ! Sur l’autre, à ses côtés, était assis le marié. Et des groupes de musiciens faisaient entendre des concerts et

des chants. La nouvelle en arriva bientôt aux oreilles du roi. Il accourut avec les vizirs et les membres de son conseil. Tout le palais fut sens dessus-dessous dans l’émotion qu’avait excitée cette nouvelle qu’ils n’avaient apprise que par les ululations de joie des génies.

Une fois dans le palais du prince, le roi aperçut son fils assis près d’une jeune fille dont la beauté faisait bénir son créateur. Des filles d’honneur l’entouraient. Il fut agréablement surpris. Fhal elfhoul, se levant, lui présenta ses salutations. La jeune mariée s’avança aussi pour saluer son beau-père. Et tous les assistants les imitèrent. La mariée s’empressa de faire ses civilités à sa belle-mère, Fedfouda, qui était aussi accourue. Et les filles des hommes se mêlèrent aux filles des génies, rivalisant de beauté avec elles. Au milieu des divertissements musicaux, les tables furent servies, chargées de toutes sortes de mets. Tout le monde se régala ainsi pendant sept jours et sept nuits. La veille du huitième jour, il entra dans la chambre nuptiale. Le lendemain, on ne trouva plus les filles d’honneur de la mariée. Nul n’eùt pu dire si elles avaient fui par les airs ou sous la terre. Et les sept jours du ta'rouis, (la lune de miel arabe), passés, il sortit et reprit ses occupations.

Ce jour-là, il se rendit à la salle du trône où

il trouva les vizirs réunis et son père siégeant au milieu d’eux. Quand il eût salué son père, lui eut baisé la tête et salué les vizirs, le roi lui demanda : « Où t'es-tu rendu, mon fils ? » — « Je me suis rendu, lui répondit il, là où tu t’es rendu toi-même et j’ai bu à la coupe où tu as bu avant moi. » A peine eut-il parlé à son père de cette coupe, que celui-ci se leva et se rendant au palais de son fils : « Apporte moi cette coupe que je la voie ! » lui dit-il. Sa belle-fille la lui tendit remplie. 11 en but; et il avait beau en boire, il ne pouvait étancher sa soif, et, (chose non moins étrange !), la coupe ne désemplissait pas. Il fallut que la jeune femme jetât une poudre dans la coupe pour qu’il se sentît désaltéré. Le roi la rendit alors à son fils. 11 le baisa entre les yeux et le félicita du courage dont il avait fait preuve en affrontant ces lieux (pleins de prestiges). « C'est ma mère, dit au roi la jeune mariée, qui jadis te fit boire à la même coupe. » Le roi en fut enchanté. Se rendant enfin à son prétoire, il abdiqua en faveur de son fils qui désormais rendit la justice à sa place. Et Fhal elfhoul vécut avec sa femme, la fille des Djân, sous la tutelle et la sauvegarde d’Allah, jusqu’au jour où vint les trouver le roi de la mort.

Conte par Khedidja d'Orléansville , d'après son mari du Rif marocain.

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