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femme. » Sa sœur le releva et le replaça dans sa cachette, au fond de la hutte; puis elle retourna aux champs avec la semence.
Le lendemain, la semence vint de nouveau à manquer; le père envoya de nouveau sa fille pour en chercher chez lui. Elle trouva cette fois encore l’œuf, qui était sorti de la hutte et qui se roulait tout autour du lapa, en disant : « Ha! ha! mon père m’a donné une femme. » Sa sœur le releva et le serra dans la hutte, puis elle retourna aux champs avec la semence. Le lendemain, la semence vint de nouveau à manquer pendant qu’on était aux champs. Le père dit encore à sa fille : « Va chercher de la semence ». Mais sa belle-fille s’écria : « Non, aujourd’hui, c’est moi qui irai ! » Elle y alla, et quand elle entra dans le lapa, elle trouva l’œuf qui s’y roulait comme toujours, en disant : « Ha! ha! mon père m’a donné une femme! » Elle fut fort étonnée et se dit: « Gomment! cette chose ronde-là, ce serait mon mari! » Elle prit l’œuf et, au lieu de le reporter dans la hutte de son beau-père, elle le déposa dans sa hutte, à elle ; puis elle retourna aux champs avec la semence.
Elle ne dit rien à personne de ce qu’elle avait fait; son père et sa mère ne s’aperçurent pas que l’œuf n’était plus dans leur hutte. Le soir, elle dit : « Cette nuit, je veux dormir seule dans ma hutte ; que personne n’y entre. » Sa belle-mère lui demanda : « Pourquoi veux-tu faire ainsi? » Elle répondit : « Je suis malade, ma tête me fait mal; j’ai peur que mes compagnes ne fassent trop de bruit. » Elle se coucha ainsi seule dans sa hutte ; mais, au milieu de la nuit, elle se leva sans bruit et s’enfuit chez ses parents. Elle y arriva avant qu’il fit jour; alors elle dit à son père : « Mon père, tu m’as rejetée. » Son père lui répondit : « Non, mon enfant, je ne t’ai pas rejetée; mais je t’ai donnée en mariage. » Elle répliqua : « Mon mari n’est pas un homme ; c’est un œuf d’autruche qui est mon mari. » Puis elle ajouta : « Mon père, il te faut maintenant rendre le bétail avec lequel j’ai été épousée, car je ne retournerai pas chez mon mari *. » Le père dit :
i . Quand un homme rend aux parents de sa femme le bétail avec lequel il l’a épousée, cela correspond à un divorce.
ŒUF
« Tu dois y retourner. » Elle répondit : « Jamais! » Alors son père lui dit : « Je te donnerai une médecine, avec laquelle tu métamorphoseras cet œuf en homme. » Alors son père lui donna une médecinecharme et lui dit : « Prends cette médecine, mon enfant, et retourne chez ton mari.
Quand tu seras arrivée chez toi, prends un vieux pot de terre, remplis-le d’eau, allume du feu et fais bouillir ton eau. » La jeune femme s’en retourna chez elle, avant que le jour eût paru. Elle fit tout ce que son père lui avait ordonné ; puis elle prit l’œuf et le déposa sur une natte de roseaux ; elle prit de l’eau bouillante qu’elle versa sur cet œuf, puis elle l’enduit de graisse et le recouvrit de chaudes couvertures. Alors elle s’étendit à terre et au bout d’un moment entendit une voix qui disait : « Il me pousse une jambe..., il m’en pousse une autre; il me pousse un bras..., il m’en pousse un autre; voici ma tête qui paraît... ; voici mon nez..., un œil..., un autre œil... ; voici une oreille... une autre oreille ! » Puis enfin, la voix dit : « Maintenant, j’ai tous mes membres. » En même temps elle entendit la coquille de l’œuf se
casser et les fragments tomber à terre avec bruit.
Alors la jeune femme se leva et enleva les couvertures; elle découvrit que l’œuf était devenu un homme fort beau, parfaitement conformé, sans rien qui lui manquât. Elle chauffa de l’eau, et y jeta la médecine que lui avait donnée son père, puis elle en frotta son mari de la tête et aux pieds et l’enduisit de graisse. Ensuite, elle ramassa soigneusement tous les fragments de la coquille de l’œuf et les rassembla dans un petit vase en terre. Quand il fit jour, elle sortit de la ljutte après y avoir enfermé son mari, et s’assit devant la porte. Sa belle-mère vint et lui demanda : « Gomment va ta tête? » Elle répondit : « Elle me fait toujours très mal. » Sa belle-mère lui demanda : « Ne veux-tu pas manger un peu de bouillie. » La jeune femme répondit : « Oui, apportez m’en. » Sa belle-mère lui en apporta, puis ajouta : a Maintenant, nous allons aux champs, reste tranquillement ici, ma fille. »
Quand tout le monde fut aux champs, la jeune femme se leva et se rendit en hâte chez ses parents. Elle dit à son père : « J ai
ŒUF
lui
fait tout ce que tu m’avais ordonné avec la médecine que tu m’avais donnée, l’œuf est maintenant devenu un homme. » Son père lui dit : « Tu vois bien, ma fille, tu vois bien! Maintenant je veux te donner des vêtements d’homme pour ton mari. » Il lui donna un petit manteau de peau de bœuf et une tséha de peau; il lui donna aussi un bouclier avec son panache, une assagaie et un chapeau de joncs tressés ï. La femme retourna vite chez elle avec ces objets-là, elle les donna à son mari, en lui disant : « Œuf, voilà tes vêtements. » Œuf prit la tséha et s’en ceignit, le manteau et s’en revêtit, le chapeau et s’en couvrit.
Le soir, quand on revint des champs, la jeune femme laissa son mari seul dans la hutte et en ferma la porte en disant : « Œuf,
i . Nous avons ici une énumération de tout le costume masculin qui est, on le voit, suffisamment primitif. La tséha est une sorte de ceinture ou étroit caleçon de peau, que portent les Bassoutos. C’est le costume indispensable des hommes. Par contre, dans certaines tribus cafres, les hommes vont tout nus.
reste ici; garde-toi bien de te montrer dehors », puis elle sortit et s’assit devant sa hutte. Sa belle-mère vint et lui demanda : « Gomment vas-tu maintenant, mon enfant. » « Elle répondit : « Ma tête me fait toujours mal. » La belle-mère lui dit : « Faut-il encore t’apporter de la bouillie? » Elle répondit : « Oui ! apportez m’en. » Elle prit la bouillie et ajouta : « Donnez-moi aussi de- la fiente pour que je me fasse du feu. » Elle entra dans sa hutte, alluma son feu et mangea avec son mari la bouillie qu’on lui avait apportée*
Le lendemain, au point du jour, elle réveilla son mari : « Œuf, hâte-toi de te lever, sors de la hutte et va t’asseoir au khotla sur le siège de ton père. » Œuf s’habilla, se coiffa de son chapeau, prit son bouclier orné de son panache et son assagaie, puis il sortit de la hutte et alla s’asseoir au khotla sur le siège de son père; personne n’était encore levé dans tout le village. Quand les bergers sortirent de leurs huttes pour traire leurs vaches, ils se demandèrent les uns aux autres : « Qui est cet homme-là assis sur le siège du chef? Nous ne savons
ŒUF
pas qui il peut être ; peut-être est-ce un étranger. C’est un étranger bien osé de s’asseoir ainsi sur le siège du chef. »
Œuf appela l’un d’eux et lui dit : « Apportemoi ton lait que je le voie. » Le garçon lui en apporta; Œuf lui dit : « C’est bien, portele dans le lapa. » Alors le garçon se rendit vers le chef et lui dit : « Maître, il y a un étranger qui est assis au khotla sur ton siège, il nous a dit de lui apporter le lait pour qu’il le voie. » Le chef demanda : « D’où vient-il?» Le garçon répondit : « Je ne sais pas, maître. » Alors le chef sortit et se rendit vers l’étranger; il lui dit : « Salut ! » L’autre répondit : « Salut à toi aussi. — D’où viens-tu? — Je suis ton hôte ; je viens te faire visite. » Puis Œuf ajouta : « Ne me connais-tu donc pas? » Le chef répondit : « Je ne te connais pas, dis-moi ton nom. » Alors Œuf lui dit : « C’est moi qui suis Œuf, ton fils. » Alors le chef appela tous ses gens et, leur montrant cet homme, il leur dit : « Voilà mon fils, qui est hé sous la forme d’un œuf; aujourd’hui, il est métamorphosé en homme. »
Le chef était au comble de la joie; le vil-
164 CONTES DES BASSOUTÔS
lage tout entier était dans la joie; on abattit des bœufs, on fit une grande fête en l’honneur du fils du chef. Puis le chef demanda à la femme d’Œuf : « Gomment t’y es-tu prise pour le métamorphoser? » Elle répondit : « Mon père m’a donné une médecine-charme avec laquelle je l’ai fait sortir de son œuf. » Le chef lui dit : « Je te récompenserai, mon enfant. » Alors il lui donna beaucoup de bétail en signe de reconnaissance. Quant a Œuf ce fut lui qui devint le chef et il régna à la place de son père i.
Au bout de quelque temps, Œuf prit une seconde femme et s’éloigna de sa première femme; il n’entra plus jamais chez elle, ne fut-ce qu’une seule fois; il lui enleva même ses vêtements et la priva de tout secours. Enfin, un jour, la femme perdit courage et pleura longtemps, longtemps, puis elle alla vers son beau-père et lui dit : « Mon père, pourquoi Œuf m’a-t-il abandonnée de
i. Jadis, chez les Bassoutos, quand le fils d’un chef avait atteint un certain âge, c’est lui qui devenait le vrai chef de la tribu, avant la mort de son père.
ŒUF
la sorte?» Son beau-père lui répondit : «J’ai fait tout ce que j’ai pu, mais inutilement, Œuf dit que c’est lui qui est maintenant le chef. » Quand le soleil fut couché, Œuf entra, pour y passer la nuit, dans la hutte de la femme qu’il aimait. Alors sa première femme se souvint des fragments de coquille d’œuf qu’elle avait conservés; elle alla les chercher et les prit dans sa couverture, puis elle s’approcha de la hutte où Œuf était entré. Elle s’accroupit à la porte et lui dit : « Salut, chef. » Ils lui rendirent son salut ; elle ajouta : « Donnez-moi une prise de tabac. » Œuf lui répondit : « Je n’ai plus de tabac. » Elle ajouta : « Donnez-moi à boire, j’ai soif. » La seconde femme d’Œuf lui répondit : « Je n’ai plus d’eau. » Mais Œuf la gronda et lui dit : « Voyons, donne un peu d’eau à cette pauvre femme. » Alors la première femme d’Œuf répandit les coquilles d’œuf près de l’endroit où son mari devait poser sa tête. Puis elle retourna dans sa hutte.
L'autre femme entendit Œuf lui dire :
« Tiens-moi, je sens une de mes jambes qui se retire..., je sens l’autre qui se retire; tiens-moi, voici un de mes bras qui se re-
tire..., voici l’autre qui se retire aussi; tiens-moi, je sens ma tête qui se retire, puis mon dos... » Au bout d’un instant il était redevenu un œuf d’autruche; la femme, en le tâtant avec ses mains, vit que ce n’était plus qu’un œuf. Alors elle sortit de la hutte et s’enfuit épouvantée. Le lendemain, les gens du village attendirent longtemps que leur chef Œuf sortit de sa hutte, mais ils ne le virent pas. Ils demandèrent à son père : « Où donc est Œuf? » Il leur répondit : « Je ne sais pas; il dort encore peut-être. » On avait Uni de traire depuis longtemps qu’Œuf ne se montrait pas encore. Sa mère alla à sa hutte et cria : « Œuf! Œuf! » Pas de réponse. Alors elle entra et souleva les couvertures: elle vit que son fils était redevenu œuf comme auparavant. Elle appela son mari, qui lui aussi s’assura qu’il en était bien ainsi. Ils pleurèrent amèrement et ils disaient : « Hélas! notre enfant, quand le reverronsnous? Comment faut-il faire? »
Alors le chef se rendit chez les parents de sa belle-fille, où celle-ci s’était réfugiée. Il la supplia longtemps d’avoir pitié de lui; mais elle refusait obstinément, en répétant: «Non,
ŒUF
je n’irai pas, ton fils m’a fait trop de mal. » Le père d’Œuf essayait en vain de l’attendrir; elle continuait toujours à refuser de rien faire. Enfin, son père lui dit : « Allons, mon enfant, prends cette médecine et retourne vers ton mari. S’il recommence à te faire du mal, c’est alors que tu pourras le quitter pour tout de bon. »
La jeune femme prit la médecine, retourna chez elle et fit comme la première fois; Œuf sortit de nouveau de sa coquille et redevint un homme. Alors il dit à sa femme :
« Aujourd’hui, je me repens de ce que je t’ai fait, ma femme ; je ne recommencerai plus à agir de la sorte. » Il repoussa sa seconde femme et resta uniquement attachée à celle qui l’avait métamorphosé ; il lui disait : « Quand je serai mort, seulement alors quelqu’un d’autre pourra t’épouser; si c’est toi qui meurs la première, c’est alors seulement que j’épouserai une autre femme. » *
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POLO ^T KHOAHLA- KHOUBEDOU f.
T i. y avait une fois un chef qui avait deux ^femmes; l’une d’elles tuait toujours les enfants de l’autre 1 2. Enfin, celle-ci alla
1. Polo est le nom d’un serpent d’eau, assez commun dans la Natalie et le Zoulouland. Khoalilakhoubedou signifie un épi de maïs rouge. Je possède deux versions presque identiques de ce conte; celle que je donne ici m’a été fournie par M. Dieterlen.
2. Dans le conte zoulou de Umamba (Callaway, p. 32 1 -33 1), on trouve également une femme qui met à mort tous les enfants d’une autre femme de son mari; celle-ci a recours au même stratagème que la mère de Polo et cache son enfant dans une peau de serpent.
POLO ET KHOAHLAKHOUBEDOU 169
accoucher chez ses parents et donna le jour à une jeune fille qu’elle appela Polo, parce que, dès sa naissance, on la revêtit de la peau d’un serpent d’eau. Quand Polo fut devenue grande, on la revêtit d’une autre peau un peu plus grande. Alors sa mère retourna chez son mari, laissant sa fille Polo aux soins de ses grands parents; c’est là que Polo grandit et devint une jeune fille; c’est là aussi qu’on la fit passer par les rites de la nubilité. L’autre femme du chef avait aussi une fille qu’on appela Khoahlakhoubedou.
Un jour, Masilo arriva chez le père de Khoahlakhoubedou et lui dit : « Je viens chercher des femmes, je veux me marier. » Le chef ordonna de rassembler toutes ses filles pour que Masilo pût choisir celle qu’il préférait. Le lendemain, Mapolo * fit chercher sa fille; Polo vint, suivie de ses compagnes, qui ne formaient qu’une toute petite troupe. Quant il fallut aller chez Masilo, Khoahlakhoubedou et ses compagnes refusèrent de marcher avec Polo et ses compagnes, en disant : « Pour nous, nous ne mar-