C’est-à-dire la mère de Polo
chons pas en compagnie d’un serpent. » Les deux troupes de’ jeunes filles marchaient ainsi à distance l’une de l’autre. Masilo était monté sur une colline pour les voir arriver. Quand les jeunes filles arrivèrent à une petite rivière elles s’écrièrent : « Descendons à la rivière, déshabillons-nous et nous baignons. » Khoahlakhoubedou et ses compagnes se baignèrent d’un côté; Polo et ses compagnes se baignèrent d’un autre côté. Elles sortirent de l’eau et continuèrent leur route, toujours observées par Masilo. Enfin elles arrivèrent auprès d’un ruisseau, qui coulait précisément au pied de la colline où se tenait Masilo.
Masilo se disait : « Là-bas, au milieu de la plus petite des deux troupes, il y a une jeune fille qui paraît toute noire; je voudrais bien savoir quel est l’étrange vêtement dont elle est revêtue. » Les jeunes filles se dépouillèrent de nouveau de leurs vêtements pour se baigner. Quand Polo se fut dépouillée de sa peau de serpent, Masilo s’écria : « Quelle belle fille! c’est elle qui sera ma femme; je vqîs combien elle est belle, quand elle a dépouillé sa peau de serpent. » Quand
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il vit ses compagnes la recouvrir de sa vilaine peau, il s’écria : « Hélas ! combien ma femme devient laide, quand elles la recouvrent de cette vilaine peau ! »
Les jeunes filles continuèrent leur route et arrivèrent chez Masilo. On leur dit : « Bonjour, les belles filles! » Les deux troupes de jeunes filles s’assirent chacune à part; d’un côté la troupe de Khoahlakhoubedou, de l’autre celle de Polo. Masilo arriva et les salua toutes ; elles lui rendirent son salut. Puis il vint s’asseoir auprès des compagnes de Khoahlakhoubedou i, et dit à celle-ci : « Khoahlakhoubedou, donne-moi à priser. »
La jeune fille prit sa tabatière et versa du tabac dans sa main ; Masilo en prit et prisa. Puis il alla vers la troupe des compagnes de Polo. Les compagnes de Khoahlakhoubedou dirent : « Ouais! il va vers la troupe du serpent! Rions! » Elles se mirent à rire. Masilo s’assit et dit : « Polo, donne-moi une prise. »
1. Comme Khoahlakoubedou est la fille de la première femme, et par conséquent la supérieure de Polo, c’est vers elle que Masilo doit se rendre en premier lieu.
Elle lui donna du tabac, et il prisa. Les compagnes de Khoahlakhoubedou s’écrièrent :
« Ouais ! il a pris du tabac dans la main du serpent. » Mais Masilo leur dit : « C'est une fille de chef, elle aussi, tout comme Khoahlakoubedou. »
Alors il se leva et alla chez sa mère; il lui dit : « Prends un grand pot de bouillie et porte-le à la troupe du serpent; prends-en un plus petit et porte-le à celle de Khoahlakhoubedou. » Sa mère fit ainsi. Masilo sortit, ayant attaché à son habit une petite cuiller de fer. Il s'assit auprès de Khoahlakhoubedou, prit avec ses mains un peu de bouillie et en mangea. Puis il se leva et alla vers la troupe de Polo. Khoahlakhoubedou et ses compagnes s’écrièrent : « Ouais! il mange avec un serpent! Rions! » Elles rirent.
Ensuite Masilo retourna vers sa mère et lui dit : « Prends un pot de yoala et portele à Khoahlakhoubedou. » Quand ce fut fait il lui dit : « Prends-en un plus grand et porte-le à Polo. » Sa mère fit ainsi. Alors il alla vers ses serviteurs et leur dit : « Prenez un grand mouton bien gras, tuez-le et portez-
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le à Polo. » Ils firent ainsi. Les compagnes de Khoahlakhoubedou s’écrièrent : « Oho!
on donne au serpent un beau mouton gras ! » Masilo leur répondit : « C’est une fille de chef; je lui donne à manger. » Puis il dit à ses serviteurs : « Prenez une brebis, tuez-la et portez-la à Khoahlakhoubedou. C’est Khoahlakhoubedou qui était la fille de la première femme, bien que Masilo ne lui donnât qu’une brebis maigre ; Polo n’était que la servante de Khoahlakhoubedou, et cependant ce fut elle qui reçut un beau mouton gras.
Quand le soleil fut couché, Masilo dit : « Khoahlakhoubedou et ses compagnes passeront la nuit dans la hutte de ma mère; Polo et ses compagnes passeront la nuit dans la mienne. » Il entra dans la hutte où était Khoahlakhoubedou et y resta un petit moment, puis il sortit et alla vers Polo et ses compagnes. Il leur dit : « Dépouillez donc Polo de cette vilaine peau. » Elles répondirent : « Ce n’est pas une peau qu’elle a revêtue; c’est son corps, elle est ainsi. » Il répéta : « Je vous en prie, dépouillezl’en. » Il continua à les supplier longtemps
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CONTES DES 6ASSOUTOS
de faire ce qu’il demandait. Enfin elles lui dirent : « Essaie, si tu le veux, de l’en dépouiller; mais c’est inutile, puisque c’est là la peau dans laquelle elle est venue au monde. » Il continua de les supplier ; enfin elles cédèrent à ses instances et enlevèrent la peau de serpent qui recouvrait Polo. Alors il s’écria : « Quelle belle jeune fille ! c’est elle qui sera ma femme; c’est elle que j’épouserai. » Quand les compagnes de Polo voulurent la recouvrir de sa peau de serpent, Masilo prit celle-ci, la déchira et la jeta au feu. Il resta là à causer avec elles, toute la nuit, jusqu’au matin.
Alors il sortit et alla vers sa mère; il lui dit : « Mère, prends des nattes et étends-les sur le sol, de ta hutte jusqu’à la mienne. » Puis il fit abattre des boeufs et préparer une grande fête. Sa mère prit des nattes et les étendit sur tout l’espace qui séparait sa hutte de celle de son fils. Khoahlakhoubedou était bien triste de voir tout cela. Les gens se demandaient : « Qu’allons-nous donc voir paraître? » Masilo commanda alors à tous ses jeunes gens de prendre leurs boucliers et d’y fixer leurs panaches de plumes d’au-
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truches Ensuite il les fit placer sur deux rangs, en face l’un de l’autre, de telle sorte qu’en élevant leurs boucliers au-dessus de leurs têtes ils fissent comme une route couverte, qui allât de la hutte de Masilo à celle de sa mère. Quand tout fut prêt, Masilo cria : « Polo, sors maintenant. » Polo sortit. Au moment où elle mettait le pied hors de la hutte, le soleil s’obscurcit; on jeta à terre un large collier de cuivre, et le soleil se remit à briller. Polo s’avança à l’ombre des boucliers, que les jeunes gens tenaient élevés au-dessus de sa tête pour que le soleil ne lui fit pas de mal; elle arriva ainsi à la hutte de la mère de Masilo. [Tout le monde s’écriait : « Venez donc voir la femme de Masilo! Quelle est belle! » Khoahlakhoubedou pleurait de colère et ne cessait de sangloter. Masilo lui dit : « Ne pleure pas ainsi! toi aussi tu seras ma femme. » Jusqu’alors personne n’avait vu combien Polo
i. Dans les grandes occasions les Bassoutos fixent à leurs boucliers de peau de bœuf un grand panache de plumes d’autruches, nommé mokhèlè .
était belle; Khoahlakhoubedou n’en avait jamais rien su. On fit une grande fête; on se réjouit, on mangea et on but jusqu’à la nuit.
Le lendemain, Masilo choisit le bétail avec lequel il devait épouser ses deux femmes, et le fit conduire chez Rakhoahlakhoubedou *. Puis il se mit en route avec ses deux femmes. Il dit à ses jeunes gens : « Que le soleil ne fasse pas de mal à Polo! faites-lui un abri de vos boucliers. » Les jeunes gens élevèrent, comme la veille, leurs boucliers au-dessus de leurs têtes, et Polo marcha au milieu d’eux, protégée contre les rayons du soleil. Quand ils arrivèrent ainsi nombreux en vue du village de Rakhoahlakhoubedou, la mère de Polo s’écria : « Hélas ! mon pauvre serpent, on l’a sans doute tué; je ne le verrai plus, mon pauvre serpent. » Masilo et ses gens entrèrent dans le village et se rendirent au khotla auprès de Rakhoahlakhoubedou; Masilo lui présenta le bétail qu’il avait apporté pour épouser Polo et Khoahlakoubedou. C’est alors seulement que les