‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 14 sur 30 · C’est-à-dire le père de Senképeng · texte numérisé non relu

C’est-à-dire le père de Senképeng

2. Dans l’autre version c’est un serpent jaune qui se tient dans la source et qui empêche Mapapo de boire.

m'empêches-tu de boire?» Le maître des eaux dit : « Je te permettrai d’en boire, Mapapo, si tu me promets de persuader Rasenképeng de me donner Senképeng en mariage. S’il refuse de me l’accorder, toute sa tribu mourra de soif avec tout le bétail. » Mapapo lui répondit : « Je le lui dirai ; mais permets-moi maintenant de puiser de cette eau. » Le maître des eaux le lui permit. Alors Mapapo se mit à en boire ; il but, il but jusqu’à ce que sa soif fût assouvie. Il remplit ensuite d’eau toutes les calebasses qu’il avait apportées, puis il vida le tabac qu’il avait dans sa tabatière et y versa de l’eau. Puis il chargea les calebasses sur son dos et marcha toute la nuit pour retourner chez son maître.

Il y arriva avant le jour. Dès qu’il fut arrivé il se présenta chez Rasenképeng et lui dit : « Voici de l’eau, chef. » Il ajouta : « Le maître des eaux te fait dire qu’il veut épouser Senképeng. Si tu refuses de la lui accorder, ton peuple tout entier périra avec tout ton bétail; il ne restera pas une âme vivante. » Alors on fit appeler Senképeng; son père lui dit : « C’est à cause de toi que

BOULANÉ ET SENKEPENG

nous manquons d’eau ; c’est à cause de toi que tout mon peuple périt. Mapapo me dit que le maître des eaux veut t’épouser ; si on refuse de t’envoyer chez lui, mon peuple tout entier périra par ta faute. » Senképeng répondit : « Non, le peuple ne périra pas par ma faute; vous pouvez me conduire vers le maître des eaux. »

Le lendemain, dès qu’il commença à faire jour, Rasenképeng fit appeler son peuple tout entier et lui raconta tout ce que Mapapo lui avait rapporté. Le peuple consentit à tout; puis on rassembla des bœufs de somme, on moulut des masses de farine, on tua du bétail en quantité ; on chargea la viande et la farine sur des bœufs de somme et l’on choisit des jeunes gens et des jeunes filles pour accompagner Senképeng. Tout ce monde se mit en route conduit par Mapapo; c’était lui qu’on avait chargé de mener Senképeng à son mari. Quand ils furent arrivés à l’endroit fixé, ils déchargèrent leurs bœufs et déposèrent à terre les vivres qu’ils avaient apportés ; il n’y avait rien en cet endroit, pas même une seule petite hutte. Les compagnons de Senképeng

restèrent longtemps avec elle sans voir personne. Vers le soir ils lui dirent enfin : « Il nous faut maintenant partir et retourner chez nous. » Senképeng leur répondit :

« C’est bien, vous pouvez aller. »

Ils partirent; elle resta seule. Alors elle demanda à haute voix : « Où coucherai-je? » Une voix répondit : « Ici même. » Senképeng demanda : « Ici même ? Où ? » La voix reprit : « Ici même. » Senképeng se tut; elle resta longtemps silencieuse, puis elle demanda de nouveau : « Où coucherai-je ?

— Ici même. — Ici même? où? — Ici même. » Elle reçut toujours la même réponse, jusqu’au moment où le sommeil la saisit, et où elle s’endormit. Elle dormit profondément. Elle se réveilla et vit qu’il allait pleuvoir. Elle demanda : « Il pleut; où coucherai-je? » La voix répondit : « Ici même. — Ici même? Où? — Ici même. »

Elle s’endormit de nouveau et dormit jusqu’au matin. A son réveil elle vit qu’elle était couchée dans une hutte ; elle avait des couvertures, de la nourriture, il ne lui manquait rien. Mais le maître de la hutte restait invisible, Boulané-a-boula-ntlo-é-

BOULANÉ ET SENKEPENG

ditholé * ; elle ne voyait personne, la seule chose qu’elle pouvait voir c’était la hutte où elle était et les effets qui s’y trouvaient.

Elle vécut longtemps dans cette hutte, sans voir personne, y demeurant tout à fait seule. Enfin elle devint enceinte, sans avoir cependant jamais vu un homme auprès d’elle 2. Le mois qu’elle devait accoucher, sa belle-mère Maboulané vint vers elle pour l’assister. Alors Senképeng mit au monde un petit garçon. Lorsque l’enfant eut un peu grandi, Maboulané retourna chez elle, laissant sa belle-fille seule comme auparavant. Un jour Senképeng dit : « Peut-être puis-je aller chez moi faire visite à mes parents ; j’ai un vif désir de les revoir. » La voix répondit : « Tu peux y aller. » Le lendemain elle partit et alla chez ses parents. Dès qu’elle arriva, on cria de tous côtés : « Voici Senképeng; c’est bien elle qui arrive, et même

1 . Ce sont les premiers mots des thoses ou chant de louanges de Boulané ; littéralement:

« Boulanéqui ouvre une hutte pleine de poussière.»

2. Cf. le conte de Modisa-oa-dipodi où nous trouvons une situation toute semblable.

elle a maintenaut un petit garçon. » Elle resta quelques jours à la maison ; quand elle partit, sa petite sœur, Senképényana, lui dit : « Je veux aller avec toi. » Senképeng lui répondit : « C’est bien ; partons ensemble ; en effet, je suis bien seule. » Elles arrivèrent à la hutte de Senképeng et y passèrent la nuit. Le lendemain la sœur aînée dit à la cadette de garder son enfant pendant qu’elle irait aux champs.

L’enfant pleura ; Senképényana le battit et lui dit : « Enfant dont personne n’a vu le père ! personne ne peut même dire où il est. » Le père de l’enfant entendit tout ce que disait Senképényana. Un jour encore Senképeng dit à sa sœur : « Reste avec l’enfant, pendant que je vais à la fontaine. » L’enfant pleura; Senképényana le battit et lui dit : « Enfant dont personne n’a vu le père! personne ne peut même dire où il est. » Elle gronda l’enfant à plusieurs reprises de la même manière. Quand elle voulut entrer dans la hutte et en ouvrit la porte, elle vit un homme qui se tenait assis tout au fond de la hutte. Cet homme lui dit : « Apporte-moi mon enfant; pourquoi le

BOULANÉ ET SENKEPENG

grondes-tu toujours, disant que personne ne sait qui est son père ? C’est moi qui suis son père. » Senképényana vit que Boulané était vêtu d’une couverture de fer qui brillait tant qu’elle l’aveuglait 1 ; elle voulut sortir et se heurta contre la paroi de la hutte, puis quand elle fut un peu remise, elle sortit et s’enfuit au plus vite.

Senképeng arriva, déposa son pot d’eau, prit un balai et se mit à balayer le lapa. Boulané l’appela : « Senképeng, Senképeng. » Quand elle entra dans la hutte, elle fut effrayée et s’écria : « D’où vient cet homme tout brillant, vêtu d’une couverture de fer, qui tient mon enfant dans ses bras ? » Elle s’assit à terre. Boulané lui demanda : « Senképeng, qui est ton mari ? » Elle répondit : « Seigneur, je ne le connais pas. » Boulané lui demanda une seconde fois :

« Senképeng, qui est ton mari? » Elle répon-

i. Dans le conte de Modisa-oa-dipodi nous voyons un homme dont tout un côté du corps est en fer brillant, tandis qu’ici Boulané est simplement représenté revêtu d’une couverture de fer.

dit : « Seigneur, je ne le connais pas. » Alors il lui dit : « C’est moi qui suis ton mari; c’est moi qui suis Boulané-oa-séhana-basadia-boula-ntlo-é-ditholé * ; c’est moi qui suis ton mari. Ta sœur, que tu as amenée ici, grondait toujours mon enfant et lui disait que personne n’avait jamais vu son père ; c’est moi qui suis son père. » Ce jour-là pour la première fois Senképeng vit son mari ; Boulané prit une couverture de fer et en revêtit son enfant. A partir de ce jour, Boulané resta auprès de sa femme et ne disparut plus. Le même jour apparut en cet endroit un grand village avec une grande quantité de bœufs, de vaches, de moutons, de grandes corbeilles pleines de sorgho ; tout cela sortit de dessous la terre. Maintenant Senképeng comprit qu’elle était réellement la femme d’un grand chef, et elle régna sur un peuple nombreux.

i. Littéralement : « Boulané celui qui refuse de se marier, qui ouvre une hutte pleine de poussière. »

KOUMONGOÉ

Il y avait un jeune garçon nommé Hlabakoané; sa sœur se nommait Thakané. Pendant que le père et la mère étaient aux champs, Thakané restait seule à la maison; quant à Hlabakoané c’était lui qui gardait les bestiaux. Un jour, il dit à sa sœur : « Thakané, donne-moi Koumongoé. » Koumongoé était le nom d’un arbre dont mangeaient son père et sa mère ; quand on faisait une entaille

i. Ce conte est composé de deux parties assez dissemblables; la seconde partie forme souvent un conte à part, celui de Dilahloané. Je dois cette version très curieuse à une vieille femme nommé Mamangana.

avec la hache il en sortait du lait 1 2 . Les enfants n’avaient pas le droit d’y toucher.

Thakané répondit à son frère : « Ne saistu pas que c’est un arbre dont il ne nous est pas permis de manger? Notre père et notre mère seuls peuvent en manger. — S’il en est ainsi je ne mènerai pas le bétail au pâturage aujourd’hui; il restera dans le kraal 2 toute la journée. » Thakané ne répondit rien, et son frère resta assis dans le lapa. Au bout d’un moment elle lui dit : « Quand mèneras-tu paître le bétail? » Il répondit : « Il ne paîtra pas de tout le jour. »

Alors Thakané prit un petit vase de terre et une hache et en frappa Koumongoé. Il en sortit un peu de lait; elle voulut le donner à son frère, mais celui-ci le refusa disant qu’il n’y en avait pas assez pour satisfaire sa faim. Thakané recommença de frapper avec la hache ; cette fois il sortit du lait en abon-

1. A rapprocher de l’arbre qui donne du lait, du pot magique dans lequel on bat le beurre, du conte de Mosimodi et Mosimotsané.

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