‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 16 sur 30 · Dilahloané signifie « la rejetée · texte numérisé non relu

Dilahloané signifie « la rejetée

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réjouie, et elle resta longtemps assise au bord de l’eau avec son enfant. Vers le soir, la vieille la reprit et disparut avec elle au fond des eaux. Thakané revenait ainsi voir son enfant à époques fixes ; chaque fois qu’elle venait la vieille lui apportait Dilahloané. L’enfant grandit si vite qu’en une seule année ce fut une jeune fille ; la vieille femme la fit passer au fond des eaux par les rites de la nubilité.

Quand sa mère vint la visiter, elle vit qu’elle était maintenant nubile. Ce jour-là, un homme du village de Masilo était venu couper des branches au bord de la rivière ; il aperçut la jeune fille et s’étonna en voyant combien elle ressemblait à Masilo. Alors il retourna au village, prit à part Masilo et lui dit : « Je viens de découvrir au bord de la rivière ta femme en compagnie de ta fille, celle qu’elle avait déclaré vouloir enterrer. » Masilo lui demanda : « Elle n’est donc pas morte au fond des eaux. » L’homme répondit : « Non, et même c’est déjà une jeune fille qui vient de passer par les rites de la nubilité. » Alors Masilo demanda : « Que faut-il faire? » L’homme répondit : « Le

jour où ta femme te dira qu’elle va se baigner à la rivière, vas-y en secret avant elle et cache-toi dans les buissons ; quand ta femme arrivera elle ne saura pas que tu es là. »

Au bout de quelques jours Thakané dit à Masilo : « Aujourd’hui, je vais me baigner à la rivière. » Son mari lui dit : « C’est bien, tu peux y aller. » Alors il courut à la rivière et se cacha dans les buissons. Thakané arriva un instant après et, debout sur la rive, se mit à chanter:

Apporte-moi Dilahloané que je la voie, Dilahloané qu’a rejetée son père Masilo.

Alors la vieille femme sortit de l’eau avec Dilahloané; lorsque Masilo la regarda, il vit que c’était bien son enfant, celle que sa femme avait déclaré vouloir enterrer. Il se prit à pleurer en voyant que sa fille était déjà grande. La vieille femme dit à Thakané : « J’ai peur, comme s’il y avait quelqu’un qui nous épie. » Alors elle reprit Dilahloané et rentra avec elle sous les eaux. Thakané retourna au village ; Masilo, lui

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aussi, s’y rendit par un autre chemin. Quand il fut arrivé il s’assit dans le lapa de sa mère et y resta longtemps à pleurer. Mamasilo lui demanda : « Pourquoi pleures-tu mon enfant ? » Il lui répondit : « C’est parce que j’ai mal à la tête, très mal. » Le soir, il dit à sa femme : « Je viens de voir mon enfant, à l’endroit où tu disais que tu l’enterrerais; tu l’as jetée dans l’étang, et maintenant c’est déjà une jeune fille. » La femme lui répondit. « Je ne sais ce dont tu parles; mon enfant est enterrée dans le sable. » Il supplia longuement sa femme pour qu’elle consentît à tout lui confier et à lui rendre son enfant. Elle lui dit : « Si je te la rends, je suis sûre que tu la mèneras à ton père, pour qu’il la dévore. » Mais il répondit : « Je te promets que je n’en ferai rien, maintenant qu’elle est déjà grande. »

Le lendemain, Thakané se rendit auprès de la vieille femme et lui dit : « Masilo nous a vues hier; il m’envoie aujourd’hui te supplier de lui rendre son enfant. » La vieille lui répondit : « Qu’il me donne alors mille têtes de bétail. » Thakané retourna vers son mari et lui dit : « La vieille demande mille

têtes de bétail. » Masilo répondit : « Si elle ne demande qu’un seul millier, c’est bien peu ; elle en demanderait deux que je les lui donnerais, puisque sans elle mon enfant serait morte. » Le lendemain il envoya des messagers dans tous les villages, ordonnant à son peuple de lui amener tout le bétail qu’il possédait. Quand tout le bétail fut là, il choisit un millier de bœufs et de vaches, qu’il fit conduire auprès de l’étang de la rivière. Quand le bétail fut arrivé sur la rive, Thakané se mit à chanter :

Apporte-moi Dilahloané que je la voie,

Dilahloané qu’a rejetée son père Masilo.

Alors la vieille femme sortit des eaux avec Dilahloané; au moment où elles parurent le soleil s’obscurcit et cessa de briller; mais dès qu’elles furent debout sur la rive, il recommença à briller. Masilo vit son enfant, le peuple entier vit l’enfant de leur chef, celle que son grand-père avait voulu dévorer et que Thakané avait sauvée de la mort. Alors on précipita dans les eaux le bétail de la vieille ; mais, en réalité, ce n’était

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de l’eau qu’en haut, au dessous c’était un vaste pays où vivait un peuple nombreux, gouverné par la vieille femme qui avait sauvé Dilahloané *.

Quand on fut de retour au village, la mère de Masilo dit à son fils : « Il faut maintenant conduire Thakané chez elle, pour qu’elle visite sa mère et son frère. » On envoya des messagers dans toute la tribu pour ordonner à tous d’apporter le bétail avec lequel le chef devait épouser Thakané 1 2. Masilo se mit en route avec tout ce bétail et une foule de jeunes gens. Quand ils arrivèrent à un col étroit, par où Thakané avait passé jadis avec son père, ils s’aperçurent qu’un grand rocher le fermait presque entiè-

1 . Cette idée d’un pays situé au fond des eaux se retrouve dans plusieurs contes sessouto ou cafre ; voir entr’autres le conte de Sémoumou et Sémoumounyané publié dans la Revue des Traditions populaires (1888, pp. 654-662).

2. Quoiqu’il ait vécu longtemps avec elle et la considère comme sa femme, elle ne lui appartient légitimement que lorsqu’il a livré aux parents de sa femme le bétail du mariage.

rement. Thakané demanda à son mari :

« Qu’est-ce donc que ce rocher qui nous barre la route? » Masilo lui dit : « Ne l’astu pas vu quand tu as passé ici avec ton père?» Elle lui répondit : « Non, ce rocher ne s’y trouvait pas ; le défilé était ouvert. » Tout en parlant ils continuaient à marcher avec le bétail qu’ils conduisaient ; Thakané marchait en avant, car elle seule connaissait le chemin qui conduisait chez ses parents.

Quand ils furent arrivés dans le défilé, à quelques pas du rocher, le rocher se mit à chanter :

Rué lé, lé rué, je te dévorerai Thakané, mon

[enfant,

Toi qui marches devant, puis je dévorerai tous [ceux qui te suivent.

Ce rocher n’était autre que Rahlabakoané ; son cœur s’était changé en rocher après sa mort. Thakané lui répondit : « Et même les bœufs, tu peux les manger, si tu veux. » Puis elle dit à Masilo : « C’est mon père qui est venu nous attendre sur notre route. » Alors ils prirent un certain nombre de bœufs et les poussèrent vers le rocher, qui

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ouvrit sa gueule toute large et les avala d’une seule bouchée. Puis Rahlabakoané recommença à chanter :

Rué lé, lé rué, je te dévorerai, Thakané, mon

[enfant.

Toi qui marches devant, puis je dévorerai tous [ceux qui te suivent.

Alors ils poussèrent vers lui tout le reste de leur bétail, qu’il eut avalé en un instant; puis il se remit à chanter :

Rué lé, lé rué, je te dévorerai, Thakané, mon

[enfant,

Toi qui marches devant, puis je dévorerais tous [ceux qui te suivent.

Thakané lui dit : « Tu peux maintenant dévorer nos gens, si tu veux. »

Son père mangea quelques-uns de leurs compagnons, et arrêta Thakané et son mari, qui voulaient poursuivre leur route, en chantant comme auparavant :

Rué lé, lé. rué, je te dévorerai, Thakané, mon

[enfant.

Toi qui marches devant, puis je dévorerai tous [ceux qui t& suivent.

Alors Thakané lui livra tout le reste de ses gens, qu’il dévora jusqu’au dernier. Il ne restait plus qu’elle et Masilo avec leurs deux enfants, Dilahloané et son petit frère ; comme ils voulaient continuer leur route le rocher les arrêta et se remit à chanter :

Rué lé, lé rué, je te dévorerai, Thakané, mon

[enfant,

Toi qui marches devant, puis je dévorerai tous [ceux qui te suivent.

Alors Thakané se laissa saisir et dévorer par son père, elle, son mari et ses deux enfants; le rocher les avala tout vivants d’une seule bouchée et ils arrivèrent ainsi dans son ventre.

A l’intérieur de Rahlabakoané c’était comme une vaste caverne. Un jeune garçon était occupé à couper le ventre de Rahlabakoané avec un couteau pour y faire une ouverture; il finit enfin par y ouvrir une large brèche *. C’est alors que Rahlaba-

i. Nous retrouvous ici la donnée fondamentale de la légende du Moshanyana Senkatana ( Revue des Traditions populaires, 1888, pp. 495-5oo).

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koané mourut; le rocher tomba à terre avec fracas. Il en sortit une foule de gens; il ne resta que ceux qui avaient été dévorés depuis longtemps et dont les corps étaient déjà pourris; quant à ceux qui venaient d’être dévorés ils en sortirent tous avec leurs bœufs, qui marchaient aussi bien qu’auparavant.

Masilo et sa femme poursuivirent leur chemin et arrivèrent au village de Rahlabakoané ; ce fut comme un miracle pour la mère et le frère de Thakané, car ils la croyaient morte depuis longtemps. On se réjouit et l’on pleura tout à la fois; puis on abattit nombre de têtes de bétail pour recevoir dignement Thakané et son mari.

C’est une légende qui se retrouve un peu partout dans le Folklore sud-africain ; voir entr’autres dans Callaway les contes de Untombinde (pp. 5 5-6g) et de Umkxaka^a (pp. 181-217).

SÉILATSATSI-OA-MOHALÉ \

On raconte que la femme de Mohalé n’avait pas d’enfants ; on se mit en quête d’un médecin, qui lui prépara une médecine. Elle la but et devint enceinte, et mit au jour une petite fille à laquelle on donna le nom de Séilatsatsi i. 2. On la nomma ainsi parce que le médecin avait défendu qu’elle sortît jamais

i . C’est-à-dire « fille de Mohalé ». Il est intéressant de comparer ce conte à celui de Tangalimlibo que M. Theal a traduit du cafre ( Kaffir-Folk love, pp. 54-63).

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