‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 17 sur 30 · Séilatsatsi signifie : « celle qui craint le soleil · texte numérisé non relu

Séilatsatsi signifie : « celle qui craint le soleil

SEILATSATSI-OA-MOHALE

de sa hutte pour paraître à la lumière du soleil. La petite fille grandit toujours ainsi enfermée et devint une belle jeune fille; elle ne sortait que de nuit, accompagnée de sa mère.

Dans un autre village il y avait un jeune homme nommé Masilo, fils d’un chef. Il refusait obstinément de se marier, bien que dans ce village il y eût une foule de belles jeunes filles. Un jour on lui dit : « Il y a làbas une jeune fille extrêmement belle nommée Séilatsatsi, mais personne ne peut l’épouser, car elle ne sort que de nuit. » Il demanda : « Où est-elle donc? » On lui répondit : « Dans le village de Mohalé, c’est la fille de Mohalé. » Il y alla et vit qu’en effet elle était fort belle; son corps tout entier reluisait. Il revint chez lui et dit à son père : « Mon père, j’ai vu une fille fort belle que je veux épouser. » Son père lui demanda : « Où l’as-tu vue? » Il répondit : « Chez Mohalé. » Le père reprit : « Est-ce que tu parlerais de Séilatsatsi? — Oui, c’est elle que je veux épouser. » Alors son père lui dit : « Oh! oh! tu ne peux épouser Séilatsatsi; elle ne sort jamais de sa hutte pendant le

jour; elle ne peut en sortir que de nuit. » Masilo répondit : « Gela ne fait rien, je veux l’épouser. » Son père refusa de l’écouter; tous les gens du village essayèrent de l'en dissuader; mais il resta ferme et supplia tant qu’on finit par lui permettre d’épouser Séilatsatsi.

Alors le père de Masilo se rendit chez Mohalé et lui dit : « Mon fils veut épouser ta fille Séilatsatsi? » Mais Mohalé lui répondit : « Non! cela n’est pas possible, qu’en ferait-il? J’ai d’autres filles que ton fils peut épouser; appelle ton fils qu’il vienne luimême choisir celle qui lui plaira. » Le père de Masilo fit venir son fils pour qu’il vît les filles de Mohalé, qui toutes étaient fort belles. Masilo dit : « Elles sont belles, il est vrai ; mais celle que je veux, c’est Séilatsatsi. » On lui demanda : « Qu’en feras-tu? » Il répondit : « J’en prendrai bien soin. » C’est ainsi que Séilatsatsi devint la femme de Masilo.

On la conduisit de nuit chez son mari ; on y avait préparé une belle hutte pour la recevoir. C’est là que les jeunes gens et les jeunes filles entrèrent avec elle et passèrent

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la nuit 1. Quand il fit jour, Masilo dit : « J’ai soif. » Une des jeunes filles sortit et lui apporta de l’eau, mais il la versa sans la boire. Il dit de nouveau : « J’ai soif. » Une autre jeune fille sortit et revint avec de l’eau; Masilo la versa de nouveau sans en boire, disant qu’il ne voulait boire que celle que sa femme aurait été chercher. Les compagnes lui dirent : « Tu te conduis bien mal, Masilo. » Puis ils sortirent et appelèrent Ramasilo et Mamasilo. Ceux-ci s’écrièrent : « Nous lui avions bien dit de ne pas épouser cette fille. » Mamasilo vint elle-même avec de l’eau et la donna à son fils; il la versa sans en boire une goutte. Alors son père vint et lui dit : « Masilo, ne t’avais-je pas suffisamment averti ? Pourquoi veux-tu donc que la fille de Mohalé aille te puiser de l’eau ainsi en plein jour? » Masilo se mit à pleurer et à dire qu’il mourait de soif, sa femme aussi pleurait, parce que son mari voulait la forcer à aller

1. Lorsqu’une jeune femme est conduite chez son mari, la coutume veut que les jeunes gens et les jeunes filles du village passent ensemble la nuit dans une hutte à causer et à se divertir.

lui chercher de l’eau en plein jour. Enfin, quand le père et la mère furent partis, elle finit par se décider à y aller; à peine étaitelle sortie de la hutte que le soleil s’obscurcit et qu’elle fut changée en une termitière. Les compagnons de Masilo s’écrièrent : « Tu vois bien ». Ils entendirent comme un sanglot qui sortait de la termitière. Masilo sanglotait lui aussi. Partout on criait : « Venez voir ce qu'a fait Masilo, la fille de Mohalé est changée en termitière ». Masilo continuait de sangloter et disait : « Hélas! que faut-il faire? que faut-il faire? » Les gens lui répondaient : « C’est donc ainsi que tu as pris soin de ta femme * ! »

Alors on appela un chien et on lui dit : « Va avertir les parents de Séilatsatsi. » Le chien répondit : « C’est bien, j’y vais. — — Que diras-tu lorsque tu seras arrivé?

i. Dans la version cafre, ce n’est pas le mari de la jeune femme, mais son beau-père qui la force à sortir au grand jour. La catastrophe est aussi différente; Tangalimlibo n’est pas changée en termitière comme Séilatsatsi, mais est entraînée au fond du fleuve,

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— Je dirai : Ou ! ou! ou! — Oh! oh! tu ne sais rien, nous ne voulons pas de toi. » On appela une poule et on lui dit : « C’est toi que nous enverrons. » La poule répondit : « J’y vais. — Que diras-tu lorsque tu seras arrivée? — Je dirai : Kokolokoloko ! votre fille est devenue une termitière dans le village de son mari. » Elle répéta : « Je dirai : Séilatsatsi est devenue une termitière dans le village de son mari. » Les gens lui dirent : « C’est bien ! tu peux aller. » Puis on lui mit deux anneaux à chaque jambe et on lui dit de partir.

La poule partit en courant, faisant sonner les anneaux de ses pieds. Quand elle arriva au village de Mohalé, elle vit que tout le monde était rassemblé dans une hutte à boire du yoala. Alors elle prit son vol et se posa sur le sommet de la hutte, où elle se mit à crier : « Kokolokoloko ! Séilatsatsi de Mohalé est devenue une termitière dans le village de son mari. » Les gens l’entendirent et s’écrièrent : « Hélas! il est arrivé le malheur que nous attendions. » Sa mère alla au fond de sa hutte et vit qu’en effet le petit vase, où sa fille avait coutume de manger, venait de se

briser i. Elle s’écria : « Hélas! mon enfant est morte! » Alors on alla chercher le médecin qui avait donné jadis à la femme de Mohalé la médecine qui avait produit la naissance de Séilatsatsi.

Le médecin se rendit au village de Ramasilo ; il s’approcha de la termitière, y fit des incisions et y introduisit une médecine. Puis il dit : « Apportez-moi un mouton. » On lui en apporta un. Il dit : « Égorgez-le. » On l’égorgea, puis on enleva la peau. Il dit : « Donnez-moi vite cette peau. » Il prit la peau, y fit des incisions et y introduisit des médecines, puis il en recouvrit la termitière. Alors il alla prendre les cornes qui contenaient ses médecines 2, les déposa devant la termitière et s’y assit. Il attendit longtemps, puis la peau commença à se remuer. Bientôt Séilatsatsi en sortit toute vivante. Il lui dit : « Retourne bien vite dans ta hutte ». Elle y rentra; elle

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