‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 18 sur 30 · Le même trait se trouve dans le conte de Nyopakatala · texte numérisé non relu

Le même trait se trouve dans le conte de Nyopakatala

2. Les médecins Bassoutos conservent leurs drogues dans de petites cornes.

SÉILATSATSI-OA-MOHALÉ

était de nouveau aussi belle et brillante qu’auparavant.

Le médecin entra dans la hutte et appela le père et la mère de Masilo; puis il fit des incisions à Séilatsatsi et y mit de la médecine. Alors il lui dit : « Maintenant, prends un vase et va à la fontaine. » Mais Masilo se leva bien vite, alla se mettre devant la porte et dit : « Je ne veux pas que ma femme sorte d'ici. » Le médecin eut beau insister, Masilo refusait toujours de laisser sortir Séilatsatsi; enfin le médecin le jeta de force de côté. Alors Séilatsatsi prit un vase et sortit pour aller à la fontaine, et quoiqu’il fît grand jour il ne lui arriva rien.

MONYOHÉ \

Tl y avait une fois une jeune fille nommée ^ Senképeng, sœur du chef Masilo ; elle refusait de se marier. Un certain jour elle se rendit avec son frère et les gens de son village à une fête de chant chez Morakapoula. On chanta du matin jusqu’au soir. Vers le soir Morakapoula commanda à la pluie de tomber parce que Senképeng refusait de

i. La première partie de ce conte, jusqu’au moment où Senképeng essaie vainement de traverser la rivière, se retrouve presque textuellement dans une variante du conte de Masilo et Thakané.

MONYOHÉ

danser avec lui i. La phiie tomba toute la nuit. Morakapoula donna à tous ses gens l’ordre de refuser à Senképeng l’entrée de leurs huttes. Senképeng alla vers une vieille femme et lui dit : « Laisse-moi entrer dans ta hutte, grand’mère. » La vieille lui répondit : « Ma hutte est pleine, il n’y a plus de place. » Senképeng lui dit : « Laisse-moi entrer, ou je te tuerai. » Alors la vieille lui répondit : « Tu peux entrer. » Senképeng dormit ainsi dans la hutte de cette vieille femme. Le lendemain Masilo dit : « Maintenant, nous allons partir pour retourner chez nous. » Morakapoula lui dit : « Toutes les rivières et les ruisseaux sont débordés. » Mais Masilo lui répondit : « Gela ne fait rien; nous saurons bien les traverser. »

Alors Masilo partit avec sa sœur et tous

i. Dans le conte de Modisa-oa-dipodi il est aussi question d’un homme qui a le même pouvoir sur les éléments. Le nom même de Morakapoula indique que celui-ci a pouvoir sur la pluie. En refusant de danser avec lui la danse particulière dont il est question dans le texte Senképeng montrait qu’elle ne voulait pas de lui pour amant ou pour mari.

ses gens. Ils trouvèrent que la petite rivière qu’ils devaient passer était pleine jusqu’aux bords. Ils essayèrent de la traverser en prenant Senképengau milieu d’eux, mais l’eau la ramena vers le bord qu’elle venait de quitter. Ils revinrent en arrière pour la chercher, la saisirent fortement par les bras et entrèrent avec elle dans la rivière ; mais l’eau la ramena encore une fois en arrière. Quand Masilo arriva il lui dit : « Senképeng, pourquoi ne passes-tu pas ? » Elle lui répondit : « Je ne puis traverser la rivière; quand on veut me faire passer, l’eau me ramène en arrière. » Masilo lui dit : » Viens ici, c’est moi qui vais te faire passer. » Il la saisit par les bras et entra avec elle dans la rivière, mais l’eau la ramena en arrière; il revint sur ses pas et essaya de nouveau de la faire passer, mais cette fois encore l’eau la ramena en arrière. Alors il l’abandonna et continua son chemin avec ses compagnons.

Senképeng, restée seule, se mit à chanter :

Masilo de ma mère, ho éa nna ea lela

Masilo de ma mère, ho éa nna ea lela,

i. Ces derniers mots n’ont aucun sens.

MONYOHÉ

Tu diras à ma mère là-bas, ho éa nna ea lela,

Que tous les ruisseaux son débordés, ho éa nna

[ea lela,

Et même le ruisseau de Motikoé, ho éa nna ea lela,

Parce que j’ai refusé d’épouser le fils de Moraka" [poula, ho éa nna ea lela. »

Masilo lui répondit :

Senképeng, fille de Kadi, fils dé Tsoloé, ho éa nna

[ea lela,

Senképeng, fille de Kadi, fils de Tsoloé, ho éa nna

[ea lela,

Descends le long du ruisseau de Motikoé, ho éa

[nna ea lela,

Tous les ruisseaux sont débordés, ho éa nna ea

[lela,

Et même le ruisseau de Motikoé, ho éa nna ea lela.

Ils se séparèrent ainsi, et Masilo retourna chez lui. Sa sœur Senképeng se mit à descendre le long des bords du ruisseau de Motikoé, ayant son thomo 1 à la main. Elle

1. Le thomo est un instrument de musique des Bassoutos; il est fait d’un bambou légèrement recourbé, le long duquel est tendue une cordelette assez semblable à la chanterelle d’un violon ; à ce bambou est attachée une gourde percée.

arriva à un endroit où croissaient de hautes herbes marécageuses; elle les écarta et y entra pour s’y cacher, mais la tige de son thomo dépassait les herbes. Cet endroit était tout près d’une source.

Le lendemain Mamonyohé vint puiser à la source, et elle aperçut la tige du thomo qui s’élevait au-dessus des hautes herbes. Elle se demanda : « Qu’est-ce que cet objetlà au milieu de ces herbes? » Elle s’approcha, écarta les touffes d’herbes et s’écria : « Ah ! ah ! quelle belle jeune fille ! voilà une femme pour mon fils! Viens, mon enfant, allons chez nous. » Senképeng sortit de sa cachette et la suivit, toujours chargée de son thomo. Elle arriva ainsi à la hutte de Mamonyohé. On venait d’y tuer des bœufs et des moutons, on y avait cuit du pain, préparé du y o al a , le tout en grande quantité ; c’était là la nourritiire qu’on préparait chaque jour pour Monyohé. Monyohé se tenait caché sous le toit de sa hutte ; personne ne l’avait jamais vu, si ce n’est sa mère.

Mamonyohé dit à Senképeng : « Prends tous ces vivres et porte-les à ton mari ; cette

MONYOHÉ

hutte là-bas, c’est la hutte de ton mari. » Elle prit une corbeille remplie de viande et la porta dans la hutte de Monyohé ; elle revint et prit un pot de yoala et l’y porta aussi; elle revint prendre du pain et l’y porta; elle revint prendre un grand vase plein de lait caillé et l’y porta également. Puis elle sortit et revint vers Mamonyohé. Celle-ci lui dit : « Va maintenant reprendre les vases et les corbeilles dans lesquels tu as porté la nourriture de ton mari. » Senképeng y retourna et vit que tout était déjà dévoré, il ne restait plus que les os. Elle se demandait tout étonnée : « Quel est donc l’être invisible qui a dévoré toute cette nourriture en un moment? »

Elle revint vers sa belle-mère, celle-ci lui dit : « Prends du sorgho, ma chère, et mouds-le. » Elle prit du sorgho, le moulut et fit du pain; puis elle rôtit de la viande et versa le lait caillé dans de grands vases d’argile. Puis elle porta tout cela dans la' hutte de Monyohé. Un instant après, sa belle-mère l’envoya chercher les vases vides ; elle vit que tout était mangé, qu’il ne restait rien. Le soir, quand il fut temps d’aller

se coucher, on dit à Senképeng : « Va coucher dans la hutte de ton mari. » Elle y alla et se coucha à terre sans voir personne. Au petit jour elle sentit Monyohé qui la frappait à grands coups de queue, en disant : « Je prise, j’éternue. » Alors elle se leva, sortit et alla à la fontaine pour puiser de l’eau. Mamonyohé était déjà levée et avait déjà allumé le feu ; des bœufs venaient d’être abattus et la viande était déjà dans les pots. Dès qu’elle vit Senképeng, Mamonyohé lui dit : « Prends du sorgho, moudsle et fais du pain pour ton mari. » Elle prit du sorgho, le moulut et fit du ‘pain et le porta à Monyohé, avec de la viande et du lait caillé ; un instant après, elle retourna chercher les vases déjà vides. Dans ce village on ne se reposait jamais; du matin au soir il fallait moudre, cuire et travailler ferme. Le soir, quand il était temps de dormir, Senképeng entrait dans la hutte de ‘Monyohé pour y dormir; au petit jour Monyohé venait la frapper de grands coups de queue en lui disant : « Je prise, j’éternue. » Senképeng en devenait maigre,

maigre.

MONYOHÉ

Les gens du village lui dirent : « Pourquoi restes-tu ici, pauvre enfant ? Pourquoi ne retournes-tu pas chez tes parents? Tu vois combien notre tribu est nombreuse, eh bien ! toutes les jeunes filles ont passé par où tu passes et n’y ont pu tenir. » Senképeng leur répondit :

« Je ne connais pas le chemin qui mène chez mes parents. » Cependant, un certain jour, elle sortit de sa hutte avec son vase, alla à la fontaine, le déposa là et s’enfuit du côté de la maison paternelle. Elle marcha, elle marcha longtemps ; le soleil se levait à peine qu’elle était déjà bien loin. Alors Monyohé s’agita dans sa hutte et en sortit avec un bruit semblable à celui d’un ouragan. Les gens du village disaient : « Avez-vous vu l’animal effrayant qui vient de sortir de la hutte de Monyohé ? » Monyohé planait dans les airs à la poursuite de Senképeng. Senképeng, se retournant, vit son mari qui la poursuivait; elle s’écria : « Hélas! aujourd’hui je vais mourir. » Le serpent l’avait déjà presque atteinte; alors Senképeng se mit à chanter :

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je

[voie ' !

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je te

[voie !

Alors le serpent s’arrêta et se mit à rouler et à dérouler ses anneaux. Senképeng se remit à courir, elle courut longtemps, longtemps. En se retournant, elle vit Mamonyohé qui s’était mise à la poursuite de Monyohé, tenant à la 'main une peau de bœuf non tannée. Un instant après, elle aperçut une colonne de poussière qui montait vers le ciel; c’était Monyohé qui recommençait à la poursuivre. Gomme il planait déjà audessus de sa tête elle se mit à chanter :

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je te

[voie!

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je te

[voie !

Alors Monyohé s’arrêta et se mit à chanter

i. Le chant de Senképeng est une incantation qui doit arrêter Monyohé dans sa poursuite ; il est absolument impossible de le traduire en français.

MONYOHÉ

lui aussi tout en roulant et en déroulant ses anneaux.

Senképeng reprit sa course précipitée et finit par arriver là où paissait le bétail de ses parents. Les petits bergers s’écrièrent : « C’est toi Senképeng! d’où viens-tu ? » Elle leur répondit : « Voyez-vous là-bas cette colonne de poussière? » Ils répondirent : « Oui ! » Alors elle leur dit : « C’est un grand serpent qui me poursuit; courez bien vite et allez avertir les gens de notre village. » Les petits bergers arrivèrent bien vite au village et dirent : « Senképeng arrive, elle est poursuivie par un immense serpent. » Les gens du village s’élancèrent à sa rencontre armés de lancettes, de couteaux et de baguettes pointues. Ils les fixèrent en terre sur le chemin qui mène au village, par où passe le bétail quand il va au pâturage.

Quand le serpent arriva de nouveau tout près de Senképeng, elle se remit à chanter :

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je te

[voie !

Enfant de ma sœur, chante mokata, que je te

[voie !

Pendant que le serpent recommençait à chanter lui aussi, elle continua de courir et arriva au village, où elle tomba' épuisée de sa course.

Le serpent arriva lui aussi tout près du village, mais si fatigué qu’il ne pouvait plus planer dans les airs et se traînait à peine sur son ventre. Percé par les lancettes, coupé par les couteaux plantés en terre, il fut bien vite mort. Mamonyohé arrivait en courant; elle s’écria : « Hélas! mon fils ! hélas! mon fils est mort sans moi. Comment le rendraije à la vie? » Alors elle dit aux gens du village : « Donnez-moi un bœuf noir. » On le lui apporta. Elle reprit : « Abattez-le. » On l’abattit. Alors elle prit les membres déchirés de son fils, les enveloppa soigneusement dans la peau du bœuf; puis elle brûla le tout et il ne resta plus qu’une masse noire carbonisée. Alors elle prit la peau non tannée qu’elle avait apportée et y rassembla soigneusement les restes carbonisés de son fils. Elle la chargea sur sa tête et alla la jeter dans l’étang; tous les gens du village la regardaient faire. Ensuite elle fit trois fois le tour de l’étang sans prononcer une

MONYOHÉ

parole. Alors son fils sortit de l’étang, mais ce n’était plus un serpent^ c’était maintenant un homme entièrement beau. Senképeng s’écria : « Ah! comme mon mari est beau ! » Ils retournèrent ensemble au village; c’est alors que Monyohé épousa Senképeng ; puis il la prit chez lui et envoya au père de Senképeng le bétail avec lequel il devait l’épouser. C’est ainsi que Senképeng devint pour de bon la femme de Monyohé L

i. D’autres versions racontent d’une manière un peu différente la fin de l’histoire de Monyohé. La variante la plus intéressante est celle-ci : quand Monyohé a été brûlé, sa mère prend ses cendres et lçs dépose dans un vase d’argile soigneusement couvert qu’elle confie à la garde de Senképeng. Au bout de quelques mois Senképeng découvre le vase et en voit sortir un jeune homme extrêmement beau : c’est Monyohé revenu à sa forme naturelle.

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KHOÉDI-SÉFOUBENG

Tl y avait une fois un chef nommé Boulané ^ qui avait dix femmes; sa favorite se nommait Morongoé. Boulané avait sur la poitrine l’image d’une lune en soi* plein ; c’est

i. Outre la version que je donne ici, j'en ai

recueilli une autre plus longue et fort intéres-

sante, mais si mélangée d’éléments empruntés

aux contes européens, qu’il est impossible de

discerner ce qui est primitif de ce qui ne l’est

pas. Du reste, le conte lui-même diffère tant des

autres contes des Bassoutos, qu'il est fort pos-

sible qu’il soit d’importation étrangère; son ori-

gine sessouto est cependant probable.

KHOÉDI-SÉFOUBENG

pourquoi on l’avait surnommé Khoédi- Séfoubeng *. Une certaine année le chef dit à toutes ses femmes 1 2 : « La reine donnera le jour à un enfant qui me ressemblera, portant l’image d’une lune en son plein; les autres auront des enfants avec l’image de quartiers de lune ou simplement d’étoiles. Le fils de Morongoé se nommera comme moi Khoédi- Séfoubeng. »

Le jour où les femmes de Khoédi-Séfoubeng devaient accoucher, la seconde femme dit à la vieille qui devait accoucher Morongoé : « Si tu t’aperçois que l’enfant de Morongoé porte sur sa poitrine l’image d’une

1 . Khoédi-Séfoubeng signifie, littéralement traduit : lune sur la poitrine.

2. La reine, c’est-à-dire la première femme; les autres sont considérées comme étant ses servantes. La première femme a un rang plus élevé que toutes les autres, ce qui semblerait prouver que les peuples bantous ont commencé par être monogames. Dans les familles de chefs, seuls les fils de la première femme peuvent succéder à leur père ; si la première femme n’a pas de fils, c’est à ceux de la seconde que reviendra l’héritage paternel.

lune en son plein, tue-le et mets un petit chien à sa place.» Lorsque l’enfant de Morongoé naquit, la vieille femme le prit sans que sa mère s’en aperçût et le jeta au fond de la hutte, au milieu des pots. Des souris le prirent et le nourrirent.

Le chef s’informa des enfants qui lui étaient nés de ses différentes femmes. On lui répondit : « L’une a donné le jour à un quartier de lune, les autres à des étoiles * ; quant à Morongoé, elle a mis au monde un petit chien. » Alors le chef se détacha de sa première femme et s’attacha à la seconde.

Morongoé devint sa servante.

Un jour que la seconde femme passait devant la hutte de Morongoé, elle y vit un fort bel enfant, qui avait sur sa poitrine l’image très bien formée d’une lune en son plein; des souris jouaient avec lui. Le soir elle dit à son mari : « Je suis malade; les osselets 1 2 disent que pour me guérir il faut

1 . C’est-à-dire des enfants ayant à la poitrine l’image de quartiers de lune ou simplement d’étoiles.

2. Les osselets divinatoires ou ditaola jouent un grand rôle dans la vie des Bassoutos. On

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brûler la hutte de Morongoé, celle qui vient de mettre au monde un petit chien, afin que toutes les souris qui s’y trouvent y périssent. » Le chef lui dit : « C’est bien ! on la brûlera demain. »

Alors les souris menèrent l’enfant vers Thamaha *, le grand bœuf du chef; elles lui dirent : « Prends bien soin de cet. enfant, parce que demain on va nous faire mourir. » Thamaha consentit à se charger de l’enfant de Morongoé. Le lendemain la hutte de Morongoé fut brûlée et toutes les souris y périrent. Un jour que la femme du chef venait prendre dans le parc à bestiaux de la fiente fraîche 2, elle vit l’enfant qui jouait avec Thamaha. Elle vint vers son mari et lui dit : « Je suis malade, mais les osselets disent que je guérirai, si tu fais tuer Tha-

y a recours pour toutes les circonstances; aucun médecin indigène ne donnera de médecines sans les avoir consultés.

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