‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 19 sur 30 · Thamaha : un bœuf roux rayé de blanc · texte numérisé non relu

Thamaha : un bœuf roux rayé de blanc

2. Les femmes bassoutos se servent de fiente fraîche qu’elles mêlent à de la boue, pour plâtrer les murs de leurs huttes et en arranger le parquet.

maha. » Le chef lui répondit : « On le tuera demain matin. »

Alors Thamaha alla vers les crabes et leur dit : « Prenez soin de cet enfant, car demain on va me tuer. » Les crabes en prirent soin et le nourrirent longtemps. Un jour la femme du chef dit aux autres femmes : « Allons cueillir des joncs pour en tresser des nattes. » Alors elle aperçut dans l’étang le petit garçon déjà grandi qui jouait avec les crabes; l’image d’une lune en son plein se voyait toujours sur sa poitrine. Elle dit aux autres femmes : « Je suis malade, retournons chez nous. » Lorsqu’elle fut de retour chez elle, elle dit à son mari : « Je suis malade, mais les osselets disent que je guérirai, si tu fais dessécher l’étang, pour que tous les crabes périssent et que tu fasses couper tous les joncs. » Le chef lui répondit : « On fera demain ce que tu désires. »

Alors les crabes le conduisirent vers des marchands, en disant : « Prenez-en soin, car demain on nous fera mourir. » Le lendemain le chef fit dessécher l’étang et couper tous les papyrus. L’enfant grandit dans la hutte des marchands. Un jour, des gens de

KHOÉDI-SÉFOUBENG

chezBoulané vinrent faire des échanges dans cette hutte-là. L’un d’eux remarqua que ce jeune garçon avait sur la poitrine quelque chose qui brillait; il retourna vers Boulané et lui dit : « J’ai vu un fort beau jeune homme, qui porte sur sa poitrine l’image d’une pleine lune. » Boulané se hâta de l’aller voir. Il lui demanda : « De qui es-tu fils ? Qui t’a amené ici ? »

Alors le jeune garçon lui raconta tout ce qui lui était arrivé ; il lui dit : « Quand ma mère m’eut mis au jour, la seconde femme de mon père m’a fait jeter au fond de la hutte au milieu des pots. Des souris m’ont recueilli et ont pris soin de moi; quant à la seconde femme de mon père, elle a mis un petit chien à ma place et a prétendu que c’était l’enfant de ma mère. » Quand Boulané entendit cela, il regarda le jeune homme fort attentivement et se rappela que sa seconde femme lui avait dit que la première avait donné le jour à un petit chien. Alors le jeune homme continua à lui raconter tout ce qui lui était arrivé, comment les souris avaient pris soin de lui, puis Thamaha, puis les crabes, jusqu’au jour où il s’était réfugié chez les marchands.

Alors son père découvrit la poitrine du jeune homme et vit qu’elle portait, en effet, l’image d’une pleine lune; il comprit alors que c’était bien là son fils. Il le prit avec lui et l’amena dans son village, où il le cacha dans sa hutte. Puis il convoqua en assemblée publique toute sa tribu. On prépara une grande fête, on abattit des bœufs, on fit beaucoup d eyoala. Alors Boulané fit étendre à terre des nattes de paille devant la hutte où il avait caché son fils Khoédi-Sefoubeng. Quand tout le monde fut rassemblé, il fit sortir son fils' et le présenta à tout son peuple, puis il expliqua comment sa seconde femme l’avait longtemps trompé. On rétablit la mère de Khoédi-Sefoubeng dans tous ses droits, on lui fit quitter les haillons qu’elle portait et on la revêtit de beaux habits neufs. Khoédi-Sefoubeng devint chef à la place de son père. Quant à la femme qui l’avait persécuté et avait voulu le faire mourir, on la chassa avec tous ses enfants et elle dut aller se réfugier dans un pays éloigné,

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MOSIMODI & MOSIMOTSANÉ

’-r'HOULARÉ c’est le nom d’un grand pot;

* Thoulatsané est le nom d’un petit. Les enfants du propriétaire de ces pots s’appelaient Mosimodi et Mosimotsané. Un jour Mosimodi partit de chez elle pour faire visite à ses parents; elle ne trouva à la maison ni son père ni sa mère, mais seulement sa sœur Mosimotsané. Elle lui demanda :

i. Pour la seconde partie de ce conte, comparez celui que donne M. Casalis sous ce titre : la Métamorphose d’une jeune fille ( Les Bassoutos, pp. 36o-3Ô2). Je dois cette jolie version à l’obligeance de M. Dieterlen, qui l’a recueillie pour moi.

« Où est ma mère? » Mosimotsané répondit : « Elle et mon père sont allés chanter chez Moholokoané-oa-se-omisa-lélémé *. »

L’aînée demanda : « N’y a-t-il rien à manger ici, Mosimotsané? » Celle-ci répondit : « Non, il n’y a rien à manger. » Mosimodi demanda encore : « Est-ce que ma mère n’a pas battu le beurre dans Thoularé? — Non! — Et dans Thoulatsané ? — Pas davantage. » Alors Mosimodi prit de l’eau et se lava les mains; puis elle fit rouler Thoularé jusqu’au milieu de la hutte; alors elle battit le beurre dans Thoularé 1 2 3. Quand elle eut fini, elle prit le beurre et le mit de côté. Puis elle prit de^ la fiente sèche 3 et fit du feu, sur lequel elle fit fondre son beurre. Quant au petit lait elle le mélangea avec

1. C’est non pas un nom, mais les premiers mots du thoko ou chant de louanges de cet individu, litt. : « Moholokoané de ce qui dessèche la langue. »

2. A rapprocher de l’arbre qui donne du lait dans le conte de Koumongoé.

3. Vu le manque de bois les Bassoutos font souvent du feu avec de la fiente de vache desséchée, et qui rappelle un peu la tourbe.

MOSIMODI ET MOSIMOTSANÉ

de la farine de sorgho et s’en fit de la I bouillie. Quand la graisse fut fondue, elle en remplit des vases de terre ; puis elle prit le dépôt qui restait au fond du pot et l’ajouta à la bouillie. Alors elle dit : « Mosi- | motsané, viens manger avec moi. » Quand elles eurent fini de manger, Mosimodi recouvrit soigneusement les vases de beurre | fondu, prit de l’eau et en lava Thoularé, qu’elle remit à sa place au fond de la hutte. Puis elle dit : « Mosimotsané, maintenant, je retourne chez moi. » Alors elle partit et retourna chez elle.

Son père et sa mère arrivèrent, la mère demanda : « Mosimotsané, qui a battu le beurre dans Thoularé? » Elle répondit :

« C’est Mosimodi. » La mère gronda toute la nuit; le lendemain, elle prit le sorgho qui fermentait dans un pot et le porta devant la hutte, toujours grondant; puis elle prit sa houe et creusa un trou profond, toujours grondant. Alors elle dit : « Mosimotsané, va appeler Mosimodi; dis-lui que c’est moi qui l’appelle, » Mosimotsané y alla et dit à sa sœur : « Mosimodi, ma mère t’appelle. » Mosimodi lui demanda : « Dis-

moi si elle n’a pas grondé. » Sa sœur cadette lui répondit : « Non, elle n’a rien dit. » Mosimodi lui demanda une seconde fois : « Dis-moi la vérité, je t’en prie; est-ce que réellement ma mère n’a pas grondé? » Mosimotsané lui répondit . « Non, certainement, elle n’a rien dit. » Elles partirent ensemble; en route Mosimodi demanda encore : « Estce que ma mère n’a pas grondé? » Cette fois encore la cadette répondit : « Non, elle n’a rien dit. » Quand elles arrivèrent à la maison, la mère dit : « Mosimodi, prends mon sorgho fermenté et étends-le sur une natte au fond de ce trou. » Mosimodi prit la natte et l’étendit au fond du trou, puis sa mère lui passa le pot plein de sorgho, que Mosimodi s’occupa à étendre sur la natte.

Comme elle était ainsi occupée, sa mère la recouvrit subitement de terre, prit une pierre à moudre et en écrasa le corps de son enfant jusqu’à ce qu’elle l’eut complètement réduit en poudre.

Alors elle prit une corbeille et y rassembla cette poussière; elle chargea la corbeille sur sa tête et alla jeter la poussière de son enfant dans l’étang de la rivière, tout près

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de la source du village. Un crocodile prit i cette poussière, la pétrit, la façonna si bien j que ce fut de nouveau Mosimodi. Un jour,

1 quelques jeunes filles dirent à Mosimot- 1 sané : « Allons à la fontaine. » Mosimotsané prit son vase et y alla avec elles ; elles remplirent leurs vases les unes après les autres I puis se mirent à jouer. Ensuite elles dirent : « Retournons maintenant à la maison, Mosimotsané ; le soleil est déjà couché. » Mais quand Mosimotsané voulut prendre son vase, elle ne le p4ut, il restait comme fixé au sol. Ses compagnes déposèrent leurs vases à terre et réunirent leurs efforts pour soulever celui de Mosimotsané; il restait toujours comme fixé au sol. Enfin, elles s’écrièrent : « Ah ! les fantômes de sa mère sont là-dedans \ » Elles partirent bien vite et la laissèrent seule.

Alors sa sœur Mosimodi apparut, sortant du sein des eaux, appuyée sur une canne de fer. Elle se mit à chanter :

1. Les fantômes sont les esprits des ancêtres, auxquels les Bassoutos attribuent une bonne partie des malheurs et surtout des maladies qui leur surviennent.

C’est la faute de Thoularé, Mosimotsané,

Quand je suis retournée chez moi, Mosimotsané, Tu m’as dit un mensonge, Mosimotsané,

C’est elle, ta mère, c’est elle, Mosimotsané,

Qui m’a écrasée et réduite en poudre, Mosi-

[motsané,

Avec une pierre à moudre, Mosimotsané,

le crocodile m’a rendu la forme humaine, Mosi-

[motsané '.

Alors elle agita l’eau de la source avec sa canne de fer, la troubla et la souilla de boue, puis elle en remplit le vase de Mosimotsané. Alors elle dit à sa sœur : « Va maintenant préparer la nourriture de ton père et de ta mère, qu’ils mangent de cette boue ! » Puis elle rentra au sein des eaux, toujours appuyée sur sa canne de fer.

Lorsque Motsimotsané arriva à la maison, sa mère lui demanda : « Pourquoi pleurestu, mon enfant? » Elle répondit : « Non, je

i. Dans, la seconde partie du conte de Koumongoé on trouve également l’histoire d’une jeune fille qui vit au fond des eaux; seulement là ce n’est pas un crocodile qui la recueille, mais une vieille femme.

MOSIMODI ET MOSIMOTSANÉ

ne pleure pas ? — Pourquoi as-tu puisé de l’eau aussi sale et pleine de boue? — Ce sont les veaux qui ont troublé beau de la fontaine. » Elle prépara la nourriture de ses parents avec cette eau bourbeuse.

Le lendemain, comme ses parents étaient aux champs, les jeunes filles proposèrent de nouveau à Mosimotsané d’aller avec elles à la fontaine. Elle prit son vase et les suivit. Elles remplirent leurs vases les unes après les autres, les déposèrent à terre et se mirent à jouer. Quand le soleil fut couché, elles prirent leurs vases et les posèrent sur leurs têtes. Mais quand Mosimotsané voulut prendre le sien, elle ne le put, il restait comme fixé au sol. Ses compagnes déposèrent leurs vases à terre et réunirent leurs efforts pour soulever celui de Mosimotsané mais tout fut inutile, il restait comme fixé au sol. Elles s’écrièrent :

« Allons-nous-en, les fantômes de sa mère sont là-dedans ! » A peine étaient-elles parties que Mosimodi apparut, sortant du sein des eaux, toujours appuyée sur sa canne de fer ; elle chantait :

C’est la faute de Thoularé, Mosimotsané,

Quand je suis retournée chez moi, Mosimotsané, Tu m’as dit un mensonge, Mosimotsané,

C’est elle, ta mère, c’est elle, Mosimotsané,

Qui m’a écrasée et réduite en poudre, Mosi-

[motsané,

Avec une pierre à moudre, Mosimotsané,

Mais le crocodile m’a rendu la forme humaine,

[Mosimotsané.

Puis elle frappa sa sœur de sa canne de fer, souilla l’eau de la fontaine, en remplit le vase de Mosimotsané et lui dit : « Va maintenant porter cette eau sale à ton père et à ta mère. » Puis elle rentra au sein des eaux.

Mosimotsané retourna chez elle en sanglotant. Sa mère lui demanda : « Mosimotsané, pourquoi pleures-tu? » La jeune fille ne répondit rien. « Mosimotsané, pourquoi ne me réponds-tu pas? Que me cachestu? Qu’est-ce qui te rend si maigre? » — C’est que j’ai été battue par Mosimodi. — Comment Mosimodi pourraitelle te battre? Je l’ai tuée. » Mosimodi répondit : « Elle est là-bas dans l’étang, près de la fontaine. Quand je vais puiser de l’eau avec mes compagnes, mon vase reste

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fixé au sol ; les autres jeunes filles ont beau déposer leurs vases et réunir leurs efforts aux miens pour soulever mon vase, rien ne peut le faire bouger. Elles retournent chez elles et me laissent seule; Mosimodi vient alors appuyée sur sa canne de fer et m’en frappe violemment. » Sa mère lui demanda : « Est-ce vrai, mon enfant ? — Oui, ma mère, c’est bien vrai. » Alors la mère en informa son mari.

Le lendemain, avant le jour, le père se rendit à la fontaine et se tint caché toute la journée au milieu des buissons. Mosimotsané y vint vers le soir avec les autres jeunes filles; elles remplirent leurs vases les unes après les autres et se mirent à jouer. Puis elles dirent : « Allons-nous-en le soleil est déjà couché. » Elles prirent leurs vases et les posèrent sur leurs têtes. Celui de Mosimotsané restait comme fixé au sol ; elles essayèrent toutes de le soulever, mais elles ne purent pas même l’ébranler. Elles s’écrièrent : « Allons-nous-en, les fantômes de sa mère sont là-dedans ! » Quand elles furent parties, Mosimodi apparut, sortant du sein des eaux, t toujours appuyée sur sa canne de fer, et se remit à chanter :

C’est la faute de Thoularé, Mosimotsané,

Quand je suis retournée chez moi, Mosimotsané, Tu m’as dit un mensonge, Mosimotsané,

C’est elle, ta mère, c’est elle, Mosimotsané,

Qui m’a écrasée et réduite en poudre, Motsi-

[motsané,

Avec une pierre à moudre, Mosimotsané,

Mais le crocodile m’a rendu la forme humaine,

[Mosimotsané.

Comme elle se mettait à frapper sa sœur de sa canne de fer, son père s’écria : « Oh! ma fille, je t’en prie, ne frappe pas ainsi ta sœur. » Mosimodi répondit : « Et qui donc est ta fille? Toi et ma mère vous m’avez tuée ; je suis la fille du crocodile. » Son père la supplia longtemps; elle répondait toujours : « Pourquoi m’avez-vous tuée?

Vous m’avez tuée à cause du lait de Thoularé. C’est maintenant le crocodile qui est pour moi mon père et ma mèr,e. » Alors elle rentra dans l’étang et disparut au sein des eaux.

Son père remonta au village ; il dit à sa femme : « C’est elle, je l’ai vue; c’est bien elle; elle est tout à fait comme auparavant. » Alors il prit un grand nombre de têtes de

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bétail et les conduisit vers l’étang du crocodile ; tout le village s’y rendit avec lui. Alors le crocodile sortit de l’eau et demanda : (( Qu’y a-t-il? » Le père dit : « Seigneur, je suis venu racheter mon enfant. » Le crocodile rentra dans l’étang et alla se concerter avec Mosimodi. Celle-ci consentit à retourner vers son père. Alors le crocodile revint vers le père de Mosimodi et lui dit : « Jetez le bétail dans l’étang! » Les gens poussèrent le bétail dans l’étang et il s’engouffra au fond des eaux. Alors le crocodile plongea de nouveau et resta très longtemps au fond de l’eau ; puis il revint avec une natte qu’il étendit au bord de l’étang. Il repartit et revint avec tous les effets de Mosimodi, des couvertures, des robes, des colliers, des bracelets; il déposa tout cela sur la natte qu’il avait apportée. Puis il retourna au fond de l’eau ; enfin il reparut avec Mosimodi, qui sortit de l’eau toujours appuyée sur sa canne de fer. Alors le crocodile dit : « La voilà, votre fille, vous pouvez la tuer de nouveau, si vous le voulez. » Puis il dit à Mosimodi : « S’ils te font du mal, reviens vers moi; moi, je t’aime, et je te recevrai

bien. » Alors il lui fit cadeau d’un grand nombre de têtes de bétail; il donna aussi un bœuf de somme, sur lequel on plaça tous ses effets. Dès le lendemain Mosimodi se hâta de quitter la maison de ses parents et retourna chez son mari.

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NTOTOATSANA.

Il y avait une fois une fille de chef nommée Ntotoatsana; son père n’avait en fait d’enfants qu’elle et son petit frère. C’était elle qui gardait les bestiaux, elle les menait même à leurs pâturages d’été I. Un jour, comme elle gardait le bétail bien loin du village, un tourbillon survint, l’enleva et l’emporta bien loin à travers l’espace. Elle fut amenée

i. C’est quelque chose d’absolument inusité chez les Bassoutos de voir une femme garder les bestiaux ; tous les soins à donner au bétail sont le partage exclusif des hommes.

vers une tribu de Ma-Tébélés ', qui n’avaient qu’une jambe, qu’un bras, qu’un œil et qu’une oreille 1 2. Elle demeura avec eux et devint l’épouse du fils du chef de la tribu.

Son mari prit des cornes d’animaux et les enterra sous le sol de sa hutte; un jour que Ntotoatsana essaya de s’enfuir, les cornes se mirent à crier :

Ou-ou-é-é! voici Ntotoatsana, qu’un tourbillon a saisie et emportée.

Pendant qu'elle gardait les bestiaux de son père, [les bestiaux de Sékoaé.

Alors les Ma-Tébélés arrivèrent en courant et la ramenèrent chez son mari.

Elle y demeura longtemps et mit au monde

1. Ma-Tébélés, c’est le nom que les Bassoutos donnent à toutes les tribus cafres, Zoulous aussi bien que Cafres, de la colonie du Cap. Généralement, ce nom ne s’applique qu’aux habitants du Matebeleland, qui s’étend au nord du Transvaal, entre le Limpopo et le Zambèze.

2. Dans le conte zoulou d'Umkxaka^a (Callaway, pp. 181-217), nous trouvons un peuple semblable nommé les Amadlilungundlilebe.

NTOT OATSANA

deux petites filles jumelles qui lui ressemblaient beaucoup. Les deux enfants grandirent, se développèrent et devinrent de grandes jeunes filles. Un jour qu’elles étaient allées à la fontaine puiser de l’eau, elles découvrirent des hommes cachés dans un fourré de roseaux; c’était leur oncle maternel et ses serviteurs. Il leur demanda : « De qui êtes-vous filles? — De Sélo-sé-maqoma «. — Et votre mère, quel est son nom? — Ntotoatsana. — De qui est-elle fille? — Elle nous a raconté qu’elle avait été emportée par un tourbillon, pendant qu’elle paissait les bestiaux de son père. » Alors cet homme s’écria : « Ce sont bien là les enfants de ma sœur. » Alors lui et ses compagnons coupèrent un certain nombre de roseaux et en firent une botte qu’ils remirent aux jeunes

1. Littéralement: « une chose rugueuse, couverte d’écailles », comme la carapace d’un crocodile. Le q se prononce avec un claquement. Les Cafres et les Bassoutos ont emprunté aux Bushmen et aux Hottentots ces sons étranges, qu’un Européen a de la peine à reproduire correctement.

filles en leur disant : « Dès que vous serez arrivées chez vous, cachez bien vite ces roseaux sous la peau de bœuf où votre mère a coutume de s’asseoir, mettez-vous à pleurer et dites-lui d’aller vous chercher à manger. »

Les jeunes filles firent en tout comme leur oncle leur avait ordonné; pendant que leur mère était allée leur chercher à manger, vite elles cachèrent leurs roseaux sous la peau de bœuf. Quand leur mère revint et s’assit sur cette peau, les roseaux furent tous écrasés; les deux fillettes fondirent en pleurs. Leur mère essaya de les consoler, leur promettant d’envoyer un jeune homme leur chercher d’autres roseaux, mais elles continuèrent à pleurer, disant qu’il fallait que ce fût leur mère elle-même qui allât leur en chercher.

Ntotoatsana se rendit donc à la fontaine pour y chercher des roseaux; elle y rencontra son frère et le reconnut. Elle pleura de joie. Son frère lui demanda : « Quand reviendras-tu à la maison? Pourquoi rester chez ces Ma-Tébélés, chez Sélo-sé-maqoma? »

Elle répondit : « Je ne puis pas m’en aller

NTOTOATSANA

d’ici; dès que j’essaie de m’enfuir, les cornes donnent l’alarme. » Il lui demanda : « De quelles cornes parles-tu? comment peuventelles parler? » Ntotoatsana répondit : « Ce sont des cornes magiques que mon mari a enterrées sous le sol de ma hutte. » Alors son frère lui dit : « Voici ce qu’il te faut faire ; fais chauffer de l’eau, verse-la dans ces cornes, puis bouche bien avec du moroko 1 ; ensuite, prends de grosses pierres et place-les'sur les cornes. Quand tout le monde sera endormi, enfuis-toi avec tes deux enfants et viens nous rejoindre ici ».

Ntotoatsana retourna chez elle et dit à ses deux filles de lui faire chauffer de l’eau; le soir elle prit cette eau chaude et la versa dans les cornes; puis elle prit du moroko et en boucha l’ouverture des cornes; ensuite, elle prit de grosses pierres et les plaça sur les cornes. Puis, quand tout le village fut plongé dans le sommeil, elle réveilla ses deux

1. Le moroko est ce qui reste de la farine de sorgho fermenté, quand on a préparé la bière indigène. Il a à peu près la consistance de la sciure de bois.

enfants et alla à la fontaine rejoindre son frère et ses deux compagnons. Ils s’enfuirent tous ensemble. Les cornes essayèrent de donner l’alarme, mais elles ne pouvaient que crier : « Ou-ou-ou ! » Les gens du village se dirent : « Ce sont des chiens qui aboient. » Pendant ce temps Ntotoatsana et sa troupe s’éloignaient rapidement ; ils marchèrent sans s’arrêter jusqu’au matin.

Comme ils étaient déjà bien loin, les cornes donnèrent l’alarme en criant :

Ou-ou-ou-é, voici Ntotoatsana, qu’un tourbillon a saisie et emportée,

Pendant qu’elle gardait les bestiaux de son père, [les bestiaux de Sékoaé.

Les Ma-Tébélés se mirent à sa poursuite, à grands sauts de leur unique jambe. Comme ils s’approchaient de Ntotoatsana et de ses compagnons et allaient les atteindre, ils s’aperçurent que ceux-ci tenaient en laisse un mouton noir. Alors le mouton se mit à chanter :

Hase fouhlaélé fou, ha o na téma fou 1 ! »

i. La thanson du mouton savant ne veut pro-

NTOTOATSANA

Les Ma-Tébélés s’arrêtèrent émerveillés, pendant que Ntotoatsana et ses compagnons continuaient leur marche. Puis le mouton dressa sa queue et se mit à danser en creusant la terre de ses sabots. Quand il s’aperçut que Ntotoatsana et ses compagnons étaient déjà bien loin, le mouton disparut soudain et alla les rejoindre.

Les Ma-Tébélés se précipitèrent de nouveau à leur poursuite; chacun cherchait à dépasser les autres; la plaine était couverte de Ma-Tébélés qui couraient. Bien vite, ils furent de nouveau en vue de Ntotoatsana. Alors le mouton recommença à chanter et à danser et les Ma-Tébélés de s’arrêter émerveillés à le regarder. Quand Ntotoatsana et ses compagnons eurent pris une grande avance, le mouton disparut soudain et alla les rejoindre. Les Ma- Tébélés reprirent leur poursuite, en disant :

bablement rien dire; j’ai en vain essayé d’en trouver une explication; il vaut mieux la laisser comme elle est que donner une version qui aurait toutes chances d’être fausse.

« Par Maqoma *, cette fois nous irons droit jusqu’à Ntotoatsana , sans nous laisser arrêter par ce sot petit mouton, quand bien même il se mettrait à danser et à chanter d’une façon merveilleuse. » Quand ils furent près d’atteindre Ntotoatsana, le mouton se remit à chanter et à danser bien mieux encore qu’auparavant ; les Ma-Tébélés s’arrêtèrent émerveillés à le regarder. Puis, il disparut à leurs yeux. Alors les Ma-Tébélés perdirent courage; ils retournèrent chez eux tout honteux, en disant t « Cette fois, elle nous a échappé pour de bon, la femme de notre chef. »

Ntotoatsana et son frère arrivèrent chez eux; ils furent reçus avec une grande joie. Pendant son deuil, la mère de Ntotoatsana avait laissé tant croître ses cheveux qu’ils étaient aussi longs que la queue d’un oiseau. Maintenant elle les coupa. Puis elle invita tous ses amis et ses parents et fit une grande fête pour célébrer le retour de Ntotoatsana.

i. C’est la coutume des tribus sud-africaines de jurer par le nom de leurs chefs, morts ou

vivants.

On raconte que jadis il y avait quatre jeunes gens; il y avait aussi une femme. Cette femme demeurait sur le versant d’une

i . Ce récit est une légende plutôt qu’un conte ; il est à tous égards extrêmement intéressant. Je le tiens d’une vieille femme de quatre-vingts ans nommée Mamangana. J’ai lieu de croire qu’elle ne me l’a pas dit exactement comme elle le connaît, ou plutôt qu’elle en a retranché certaines parties qui ne lui paraissaient guère convenables. Malgré toutes les recherches que j’ai faites, je n’ai trouvé personne d’autre qui ait pu m’en donner une version plus complète.

petite colline ; les quatre jeunes gens demeuraient sur une autre colline. Les jeqnes gens s’occupaient à chasser des animaux sauvages; la femme ne savait pas chasser, elle restait assise à ne rien faire, n’ayant rien à manger. Les jeunes gens chassaient les bêtes sauvages et se nourrissaient de leur chair.

Un d’eux dit : « Cet être là-bas qui nous ressemble, qui est-ce qui chasse pour lui, puisqu’il reste assis toute la journée? » Un autre répondit : « Non, il ne nous ressemble pas ; cet être ne peut, comme nous, chasser les animaux. » Le premier répliqua : « Il a comme nous des mains, des pieds et une tête ; pourquoi ne pourrait-il aller comme nous à la chasse? » Un autre dit : « Je vais aller vers lui, pour voir quelle espèce de personne c’est. » Il la trouva toujours assise ; il lui demanda : « Comment es-tu, toi? » Elle répondit : « Je ne mange rien; je me nourris d’eau. — Vrai? — Oui. » Il retourna vers ses compagnons et leur dit : « Cet être n’est pas de notre espèce ; il est d’une tout autre espèce; c’est un être qui ne saurait aller à la chasse. » Ils lui demandèrent : « Comment est-il fait? — Il a comme nous des mains,

des pieds et une tête; autrement il ne nous ressemble pas. — Et du feu, en fait-t-il ? — Non, il vit sans feu. — Que mange-il? — Il boit de l’eau; il ne mange absolument rien ». Les autres jeunes gens furent très étonnés; ils se couchèrent et s’endormirent.

Le lendemain, ils allèrent à la chasse et revinrent avec le gibier qu’ils avaient tué. Alors un des jeunes gens dit : « Camarades, je veux donner un morceau de viande à cette personne là-bas, pour voir si elle le mangera. » Ils y consentirent. Il coupa un morceau de viande, prit du feu, rassembla des crottes sèches et vint vers la femme; il fit du feu et y fit cuire sa viande, puis il lui en donna, en disant : « Prends et mange. » Elle prit la viande et la mangea. Le jeune homme la vit manger et en fut tout étonné. Alors il lui donna un autre morceau de viande, en lui disant : « Prends et fais-le cuire toi-même. » Puis il retourna vers ses camarades et leur dit : « Cette personne a mangé ma viande, elle mange comme nous; mais elle n’est pas de la même espèce que nous, car elle ne peut pas tuer de gibier. »

Cette femme était nue, les jeunes gens

l’étaient aussi; mais ils se couvraient des peaux des animaux tués par eux quand elles étaient fraîches encore; ils ne savaient pas les tanner ni les conserver. Ils portaient leurs flèches fixées dans leur chevelure. Le lendemain, le jeune homme retourna vers la femme et lui porta de la viande. Les autres lui dirent : « Si c’est toujours pour cette personne-là que tu tues du gibier, tu n’auras plus part à notre chasse. » Quand la femme se fut rassasiée de viande, elle eut soif; alors elle prit de l’argile et en forma un petit vase ; elle le déposa au soleil pour qu’il séchât, ensuite elle alla puiser de l’eau dans ce vase; mais il se fendit. Elle s’en étonna; puis elle alla boire comme toujours en se penchant sur l’eau.

Elle recommença à faire un vase d’argile, puis un autre, les fit sécher au soleil, rassembla des crottes sèches et fit un feu pour cuire ses vases; quand ils furent finis, elle alla puiser de l’eau et vit que cette fois l'eau ne les gâtait plus. Dans Lun elle mit de l’eau et de la viande et plaça le tout sur le feu. Quand la viande fut cuite, elle la sortit du vase et la déposa sur une pierre plate, puis

elle la mangea ; mais elle laissa un morceau dans le vase.

L’homme arriva et lui apporta le gibier qu’il venait de tuer; elle lui dit : « Mange un peu de ceci, tu verras comme c’est bon. » Il mangea de sa viande, but du bouillon et en fut tout étonné. Puis il retourna vers ses camarades et leur dit : « Camarades, cette personne-là a façonné de l’argile ; dans un de ses vases elle puise de l’eau, dans un autre elle cuit de la viande; goûtez donc la viande qu’elle fait cuire; certainement cette personne-là n’est pas de la même espèce que nous. » Ils s’étonnèrent. Un autre alla vers elle, la regarda, mangea de sa viande, but de son bouillon et fut fort étonné de voir les pots d’argile qu’elle avait façonnés. Il retourna vers ses camarades et leur dit : « C’est un être d’une autre espèce que nous. » Alors le jeune homme qui, le premier, s’était occupé d’elle, resta avec cette femme et lui apporta chaque jour le gibier qu’il tuait ; elle, à son tour, le lui préparait le mieux qu’elle pouvait. Les trois autres jeunes gens partirent et laissèrent leur camarade avec

cette femme; ils vécurent ainsi tous les deux ensemble \

i. Cette légende pourrait être intitulée : l’origine du mariage. Elle montre admirablement ce que sont, dans l’esprit des peuples primitifs, les différentes sphères d’activité de l’homme et de la femme, et combien ils sont nécessaires l’un à l’autre dans la vie de tous les jours.

SÉÈTÈTÈLANÉ.

Il y avait une fois un homme extrêmement pauvre nommé Séètètèlané. Il n’avait pas même une femme. Il se nourrissait uniquement de souris sauvages; son manteau était fait de peaux de souris sauvages, ainsi que sa tséha L Un jour qu’il était allé à la chasse des souris sauvages, il trouva un œuf d’autruche, et dit : « Cet œuf, je le mangerai, lorsque le vent viendra de là-bas. » Il le serra au fond de sa hutte.

Le lendemain, il alla, comme d’habitude,

i . La tséha est le caleçon ou ceinture de peau des hommes chez les Bassoutos.

à la chasse des soüris sauvages; à son retour, il trouva du pain qu’on venait de cuire, du yoala qu’on venait de préparer. Il en fut ainsi plusieurs jours de suite. Il se disait : « Séètètèlané, est-ce que réellement tu n’aurais pas de femme ? Qui, si ce n’est ta femme, aurait pu te cuire ce pain ou te préparer et yoala? »

Enfin, un jour, une jeune femme sortit de cet œuf, et lui dit : « Séètètèlané, quand bien même tu serais ivre de yoala, ne m’appelle jamais fille d’un œuf d’autruche. » A partir de ce moment, cette femme devint la femme de Séètètèlané. Un jour elle lui dit : « Est-ce que tu aimerais avoir des gens à toi? » Il répondit : « Oui, je l'aimerais. » Alors sa femme sortit et se mit à frapper avec un bâton l’endroit où l’on jetait les cendres. Le lendemain, à son réveil, Séètètèlané entendit un grand bruit, comme celui d'une foule d’hommes; il était maintenant devenu un chef et était vêtu de belles fourrures de chacal. Les gens vinrent vers lui avec empressement; de toutes parts on lui criait : « Salut, notre chef! salut, notre chef! » Tout le monde le saluait ainsi avec

SÉÈTÈTÈLANÉ

2ÔI

respect; même les chiens se mettaient de la partie. Partout on entendait les beuglements des bestiaux; Séètètèlané était chef d’un village immense. Il dédaignait maintenant ses peaux de souris sauvages ; il n’était plus vêtu que de fourrures de chacal, et la nuit il dormait sur de belles nattes.

Un jour, comme il était ivre d e yoala, au point de ne plus pouvoir bouger, il cria à sa femme : « Fille d’un œuf d’autruche. » Sa femme lui demanda : « Est-ce bien toi, Séètètèlané, qui m’appelles fille d’un œuf d’autruche? » Séètètèlané reprit : « Oui, je te le dis, tu es la fille d’un œuf d’autruche. » Le soir il se coucha bien au chaud dans des fourrures de chacal et s’endormit profondément. Au milieu de la nuit il se réveilla, et, tâtonnant à terre avec ses mains, il s’aperçut qu’il était couché sur le sol nu et qu’il était couvert de ses anciennes peaux de souris sauvages qui arrivaient à peine jusqu’à ses genoux; il était affreusement transi. Il s’aperçut aussi que sa femme n’était plus là et que tout son village avait disparu. Les belles fourrures de chacal avaient également disparu. Alors il se rap-

pela tout et s’écria : « Hélas! que vais-je faire? pourquoi ai-je dit à ma femme : Tu es la fille d’un œuf d’autruche ? » Il était redevenu un homme extrêmement pauvre, sans femme ni enfants ; il vieillit ainsi, ayant toujours pour seule nourriture la chair des souris sauvages et se vêtant de leurs peaux, jusqu’à sa mort \

i. Comparez, dans les Swahili Taies of Zanzibar de M. E. Steere, la fin de l’histoire de Sultan Darai (pp. 10-137), où l’on retrouve le même dénouement.

SÉKHOLOMI \

Tl y avait une fois un fils de chef nommé * Sékholomi-sa-Molopolotsané ; il était muet. Un jour, de magnifiques oiseaux vinrent à passer; un vieillard s’écria : « Si mes compagnons et moi étions encore jeunes, nous leur donnerions la chasse. » Alors Sékholomi et ses compagnons partirent pour lés

i . Sékholomi veut dire : « le parleur, » sans doute par antiphrase, puisque le personnage qui porte ce nom est muet. Le conte de Sémoumou et Sémoumounyané ( Revue des Traditions populaires, 1888, pp. 654-662) offre dans sa seconde partie une version un peu différente de celle-ci. Dans le Folklore cafre (Theal, pp. 74-81) il faut lui comparer le conte de Sikulume.

poursuivre. Les oiseaux s’envolèrent loin, bien loin, poursuivis par les jeunes gens, ceux-ci les atteignirent enfin au milieu d’un fourré de hauts roseaux, les tuèrent et s’en firent de belles aigrettes \ Le soir, ils entrèrent dans une hutte abandonnée qui se trouvait là et s’y endormirent. Pendant la nuit la propriétaire de la hutte, une vieille femme effrayante 1 2, y entra et se mit à dire : « Je mangerai celui-ci, je mangerai celui-là; quant à Sekholomi-sa-Molopolotsané, je le mangerai lorsqu’il pleuvra. » Les jeunes gens dormaient et n’entendirent rien ; Sékholomi seul l’entendit parler ainsi. Le lendemain à leur réveil les jeunes gens s’aperçurent que pendant la nuit quelqu’un était entré dans la hutte et avait mangé tous leurs oiseaux. Ils demandèrent : « Qui a

1. Ce sont des aigrettes que les guerriers portent sur leur tête, soit à la guerre, soit dans leurs fêtes; on les fait soit de plumes d’oiseaux, soit de queues de différents animaux. En sessouto on les nomme sekola.

2. Dans d’autres versions, c’est un grand oiseau nommé Koupou ou Sélomakoupou.

SEKHOLOMI

mangé nos oiseaux? » Personne ne put le leur dire ; Sékholomi seul le savait, mais il ne pouvait pas parler.

Ils retournèrent chasser les oiseaux et le soir revinrent coucher dans cette hutte. Mais cette fois il tressèrent une corde d’herbes flexibles, et avant de s’endormir l’attachèrent à leurs orteils. La vieille femme vint, comme la veille, et dit : « Je mangerai celui-ci, je mangerai celui-là, quant à Sékholomi-sa- Molopolotsané, je le mangerai quand il pleuvra. » Sékholomi tira sur la corde et réveilla tous ses compagnons, qui entendirent ce que disait la vieille. Puis la vieille sortit de la hutte et s’éloigna.

Le matin, Sékholomi et ses compagnons sortirent de la hutte et s’éloignèrent en courant; mais Sékholomi oublia sa belle aigrette de plumes dans un coin de la hutte. Il s’en aperçut, lorsqu’ils étaient déjà bien loin, alors il parla pour la première fois de sa vie et s’écria : « Oh! oh ! j’ai oublié mon aigrette là-bas. » Ses compagnons s’écrièrent : « Le fils de notre chef parle ; c’est un miracle ! » Sékholomi appela un de ses compagnons et lui dit : « Va me chercher mon aigrette. »

Celui-ci refusa. Tous refusèrent d’y aller. Ils offrirent à Sékholomi de lui donner leurs aigrettes à la place de la sienne; mais il refusa, en disant : « Aucune des vôtres n’est aussi belle que la mienne. »

Il se décida alors à aller lui-même la chercher; avant de quitter ses compagnons il planta en terre son bâton, et leur dit : « Si vous voyez mon bâton tomber à terre, vous saurez que je suis mort. » Il se mit en route et arriva à la hutte où ils avaient passé la nuit; la vieille femme y était et se battait avec une de ses compagnes. Sékholomi entra rapidement dans la hutte, se saisit de son aigrette et repartit en courant. Les deux vieilles femmes se mirent à sa poursuite ; mais il courut plus vite qu’elles et leur échappa. Son bâton ne tomba pas à terre, il ne fut qu’ébranlé. Ses compagnons connurent ainsi qu’il était encore vivant.

Pendant que Sékholomi continuait à s’enfuir, un brouillard épais s’étendit sur tout le pays. Alors Sékholomi tomba dans un étang qu’il n’avait pu voir. Il réussit à en sortir; mais un grand serpent s’était enroulé tout autour de son corps, de sorte qu’il ne

SÉKHOLOMI

pouvait plus marcher qu’avec peine. Enfin, il rejoignit ses compagnons. Dès que ceuxci l’aperçurent ils s’enfuirent au plus vite, effrayés à la vue du serpent. Quand Sékholomi fut arrivé à l’endroit où il avait laissé son bâton, il se mit à chanter :

« Boa ’, qui m’enserres, déroule tes anneaux, que

[je puisse priser. »

Le serpent déroula ses anneaux et Sékholomi prit une prise; ensuite le serpent enlaça de nouveau le jeune homme de ses anneaux.

Sékholomi continuait sa route; de temps en temps, il chantait : « Boa, qui m’enserres, déroule tes anneaux, que je puisse priser. » Enfin, il arriva au village de son père, tard dans la nuit; il entra dans la hutte du khotla et s’y coucha. Le lendemain, à leur réveil, les hommes du village l’aperçurent et s’enfuirent effrayés. Alors, lui aussi se réveilla;

1. Le mot que je traduis par boa désigne une espèce de grand python, inconnu dans le Basutoland, mais assez commun, dit-on, au Transvaal et dans la Natalie.

il se mit à chanter : « Boa, qui m’enserres, déroule tes anneaux que je puisse priser. » Mais cette fois le serpent refusa de bouger ; Sékholomi sortit de la hutte, toujours entouré du serpent.

Sa mère vint et se mit à chanter : « Boa, qui enserres mon fils, déroule tes anneaux, afin qu’il puisse priser. » Mais le serpent refusa de bouger. Le frère de Sékholomi s’approcha et se mit à chanter : « Boa, qui enserres mon frère, déroule tes anneaux, afin qu’il puisse priser. » Le serpent ne bougeait toujours pas. Le père de Sékholomi vint alors et se mit à chanter : « Boa, qui enserres mon enfant, déroule tes anneaux, afin qu’il puisse priser. » Le serpent ne voulait toujours pas s’en aller.

Alors le chef ordonna à tous ses gens de faire du léting et de tuer du bétail; on apporta toute cette viande et ce léting dans le kraal des bestiaux. Sékholomi s’approcha et recommença à chanter : « Boa, qui m’enserres, déroule tes anneaux que je puisse priser. » Quand le serpent aperçut les vivres déposés à terre, il déroula ses anneaux, rampa sur le sol, et se mit à boire un pot de

SÉKHOLOMI

léting, puis un autre, jusqu’à ce qu’il les eût tous finis. Puis il avala la viande et ne cessa de manger que lorsqu’il ne resta plus rien. Alors Sékholomi s’enfuit en courant, et les hommes du village s’approchèrent armés de leurs assagaies. Gomme le serpent était ivre de la bière qu’il avait bu, et si repu de la viande qu’il avait avalée qu’il ne pouvait plus bouger, on le tua sans peine.

Comme on était en train de le tuer, une femme s’écria : « Ne tuez pas ce serpent; c’est mon fils. » Les gens lui répondirent :

« Oui, nous le tuerons, car il a voulu tuer le fils de notre chef. » Puis, quand ils l’eurent achevé, ils l’enveloppèrent dans une peau de bœuf, qu’ils placèrent sur la tête de cette femme, en lui disant : « Va-t-en, et emporte chez toi ton enfant ; c’est lui qui a voulu tuer le fils de notre chef. » La femme partit, ployant sous sa charge et suivie des jeunes gens du village qui la frappaient tout le long du chemin. Elle leur dit : « Ce serpent est trop lourd; je ne puis le porter. » Ils lui répondirent : « C’est toi qui l’as voulu ; tu n’as que ce qui te revient. » Elle arriva dans son village, si accablée qu’elle tomba à terre

et mourut \ Les jeunes gens revinrent alors chez eux et retrouvèrent Sékholomi; il savait parler maintenant et devint un

i. Cette femme avait fait du boloi ou sorcellerie et changé son fils en serpent pour tuer Sékholomi. C’est pour cela qu’elle est punie. La croyance à la sorcellerie est fortement enracinée parmi les Bassoutos, comme du reste parmi tous les peuples bantous ; il y en a peu qui parviennent à s’en défaire réellement.

grand

PROVERBES

T e sessouto est très riche en proverbes. ■J-* J’en possède actuellement une collection de plus d’un millier, recueillie soit par moi, soit par mes collègues, soit par des aides indigènes. On les trouvera à peu près tous (en sessouto seulement) dans le livre d’Azariel Sekese dont parle l’introduction. Quelques-uns sont extrêmement expressifs et pittoresques. Ce sont malheureusement ceux-là même qu’il est presque impossible de traduire en français. Ils ne seraient compréhensibles qu’au prix de longues explications, car ils font allusion à des mœurs ou coutumes du pays ou à d’anciens

faits historiques. Comme spécimen, j’en donne ci-dessous un certain nombre, choisis à dessein parmi ceux qu’il est le plus aisé de comprendre et qui ne réclament qu’une courte explication. Pour le texte sessouto j’ai suivi l’orthographe en usage dans notre mission.

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