‹ Contes popularies des BassoutosChapitre 8 sur 30 · L’OISEAU QUI FAIT DU LAIT · texte numérisé non relu

L’OISEAU QUI FAIT DU LAIT

Une femme, nommée Mamasilo, avait été bêcher son champ avec d’autres person-

i. En sessouto : Sényamafi. Je donne ici la version très complète que m’a fournie le vieux Moshé Mosétsé; il y en a d’autres plus courtes et moins intéressantes. M. Callaway en donne dans ses Nursery taies (p. 99-104) une version zoulou, intitulée : l'Homme et l’Oiseau ; M. Theal en donne également deux autres versions, une cafre et une séchuana, qui diffèrent passablement de celle-ci ( Kaffir Folklore, p. 29-38, 46-49). L’épisode de l’oiseau qui sauve les enfants se retrouve également dans un autre séchuana publié par Miss Meeuwsen dans le Folk Lore Journal of South Africa (1879, P- 1 2- 1 5).

nés de son village \ Le soir, quand elle fut retournée à la maison, un petit oiseau vint se poser sur une motte au milieu de champ, et se mit à chanter : « Tsuidi! tsuidi! petit champ bêché par Mamasilo ; retourne en friche. » Alors le champ retourna en friche, comme si on ne l’avait jamais bêché. Le lendemain, quand Mamasilo revint vers son champ, elle ne put même reconnaître l’endroit où elle avait bêché la veille ; tout était en friche. Elle recommença à bêcher avec ses compagnes ; le soir, quand elle fut retournée à la maison, le petit oiseau revint et se mit à chanter : « Tsuidi! tsuidi! petit champ de Mamasilo, retourne en friche. » Les choses se passèrent exactement comme la veille.

Le lendemain, Mamasilo se dit : « Ce soir

i. Chez les Bassoutos les hommes s’occupent aujourd’hui des travaux des champs au moins autant que leurs femmes; mais jadis c’était surtout à ces dernières que revenait la .plus grande partie de la tâche. Il en est actuellement encore ainsi chez les Cafres et chez un grand nombre de peuplades séchuanas.

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il faut que je me cache pour découvrir la cause de tout cela. » Vers le soir, el^e se coucha au milieu des mottes; ses compagnes la recouvrirent de terre, ne laissant à découvert qu’une de ses mains. L’oiseau arriva et se posa sur la main de Mamasilo, qu’il prenait sans doute pour une petite branche; il se mit à chanter : «Tsuidi! tsuidi! petit champ de Mamasilo, retourne en friche. » Alors la femme ferma sa main et se saisit de l’oiseau.

Puis elle se mit en route tenant l’oiseau bien ferme dans sa main. Tout en cheminant elle lui dit : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit derrière. » L’oiseau lui répondit : « Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière ; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé *. » Alors l’oiseau lui fit du lait caillé dans la main; elle le mangea avec avidité. Arrivée chez elle, elle prit une tige de paille et se remit à dire à l’oiseau : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit

i. Les Bassoutos n’aiment pas le lait frais; ils le font presque - toujours cailler avant de le manger.

derrière. » L’oiseau lui répondit : « Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé, tu t’en rassasieras toi, ton mari et tes enfants. » Elle prit un vase d’argile, il le remplit de lait caillé, puis un second, un troisième, un quatrième; il remplit de lait caillé tous les vases qu’elle lui présenta. La femme s’en rassasia, avec toute sa famille.

Le lendemain, elle retourna à son champ; sa petite fille entra dans la hutte, prit l’oiseau et lui dit : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit derrière. » Le petit oiseau lui répondit : « Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière ; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé ; tu en mangeras avec tes petites amies. » La petite fille lui apporta plusieurs vases d’argile; il les remplit tous de lait caillé, elle en mangea à satiété avec les fillettes du village. Le soir, quand la mère revint au logis, elle demanda : « Qui est-ce qui a ouvert la porte de la hutte ? » La petite fille répondit : « C’est moi, j’ai été chercher de la nourriture pour mon petit frère. » Mais elle se garda bien de dire ce qu’elle avait fait de l’oiseau. Sa mère lui dit alors : « Il ne te

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faut plus entrer dans la hutte; je mettrai la nourriture de ton petit frère dans un vase que je placerai dans le lapa. »

Le lendemain, elle se rendit, comme d’habitude, à son champ. La petite fille entra dans la hutte, prit l’oiseau et dit : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit derrière. » L’oiseau lui répondit : « Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière ; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé; tu en mangeras avec tes petites amies. » Mais cette fois la petite fille prit l’oiseau et le porta dans le lapa, pour le faire voir aux autres fillettes. Celles-ci se pressèrent pour le voir; elle lui dit de nouveau : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit derrière. — Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière ; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé ; tu en mangeras avec tes petites amies. » Comme toujours, l’oiseau remplit de lait caillé les vases qu’on lui présentait. Puis il fut pris du désir de revoir son pays et dit : « Je veux chanter un chant de chez nous. » Il se mit à chanter au milieu du lapa , disant : « Quand je suis chez moi, je saute, je saute ainsi. » Il sautait et lissait son plumage en

disant : « Quand je suis chez moi, c’est ainsi que je fais. »

Tout à coup, une des petites filles s’écria : « Voyez, c’est maintenant qu’on revient des champs. » Vite elles reportèrent l’oiseau dans la hutte et le replacèrent dans sa cachette. Mamasilo demanda à la petite fille : « Qu’était-ce donc que tout ce bruit? » Elle répondit: « Je jouais avec mes amies. » Le lendemain, lorsque la mère fut aux champs, la petite fille entra de nouveau dans la hutte et se saisit de l’oiseau. Celui-ci lui dit : « Hier, la poussière nous a étouffés dans le lapa; allons au grand air aujourd’hui. » La petite fille le porta dehors et fit apporter les vases d’argile, puis elle lui dit : « Je vais te piquer, je vais te piquer le petit derrière. — Ne me pique pas, ne me pique pas le petit derrière; je veux te faire, je veux te faire du lait caillé ; tu en mangeras avec tespetites amies. »

1 1 remplit tous les vases qu’on lui avait apportés; les enfants mangèrent jusqu’à ce qu’ils furent rassasiés. Puis on chanta, on chanta beaucoup. Le soir, la mère interrogea encore la petite fille; mais celle-ci continuait de lui cacher ce qu’elle faisait de son oiseau.

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Le lendemain, lorsque tout le monde fut aux champs, la petite fille prit encore l’oiseau dans la hutte; celui-ci lui dit : « Hier il y avait beaucoup de poussière devant le lapa; allons aujourd’hui en dehors du village. » Il se fit porter loin, bien loin des huttes, tout près d’un fourré d’arbres. Il chanta, il chanta longtemps, tout à coup le ciel se couvrit de nuages noirs effrayants. Alors l’oiseau s’envola et se réfugia dans le fourré au milieu des autres oiseaux. Les enfants prirent des pierres et les lancèrent contre l’oiseau ; mais tout fut inutile, il ne voulait pas revenir à eux.

Pendant qu’ils étaient ainsi occupés, il survint un terrible ouragan; les enfants ne savaient où se mettre pour y échapper. Alors apparut un immense oiseau, nommé Tlatlasollé 1 ; il se posa au-dessus des enfants et les couvrit de ses ailes comme une poule ses poussins. Une violente grêle se mit à tomber, si forte qu’elle brisait même les arbres ; mais, protégés par le grand oiseau, les enfants n’en reçurent aucun mal. Quand

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