‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 107 sur 179 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Mentir est un grand vice^ surtout parce que c'est aller contre la vérité^ qui est une grande vertu; aussi je n'ai jamais menti, excepté quand cela pouvait m' être avanta-

entrefaites, de perfides domestiques lui enlèvent la racine magique , et comme il n'a plus la puissance de se transformer, le sultan le chasse en le couvrant de honte et d'injures, Réduit à la condition de mendiant, il se rend péniblement jusqu'en Sibérie ; pendant qu'il est dans un taudis d'auberge, il est visité par un chat enchanté qui le supplie de le délivrer et de lui rendre sa forme première, en lui promettant de l'aider à le mettre en la possession d'un trésor. Enfin, après une longue discussion, il finit par céder aux larmes et aux supplications du chat, et se laisse entraîner à lui tendre la main , prenant confiance dans ce chat qui ne l'égratigne pas. Il obtient le trésor, et, de plus, une pierre qui lui donne le pouvoir de lui soumettre le diable. Il ne lui découvre ce dernier pouvoir que lorsque tout l'or du trésor a disparu, et qu'il est retombé dans le besoin et la misère. Armé de ce talisman, il force le diable de lui procurer autant de trésors qu'il en veut; il finit par obtenir la faveur du roi de Monopolis, au moyen d'un repas qu'il lui donne dans l'auberge; il se construit un château appelé Tunnellenbourg , et se marie avec la fille d'un marchand; celle-ci meurt. Un incendie détruit le château, la pierre se perd, et Tonelli est chassé hors du pays comme sorcier. Obligé de nouveau de mendier, il rencontre deux tisserands , et entre avec eux dans une auberge. L'aubergiste les fait coucher dans une chambre qui , dit-on , est hantée par des esprits tapageurs ; pendant qu'ils sont en train de jouer et de boire, toute une société d'esprits sort du plancher et du plafond, se met à une table et commence à se livrer à toutes les réjouissances d'un repas somptueux. Les deux tisserands, que les esprits forcent de boire avec eux, tombent morts; au moment où c'est au tour de Tonelli de boire, il s'écrie dans sa détresse : Périsse le diable et vive Dieu Notre-Seigueur ! Aussitôt disparaît toute la société, et un autre esprit apparaît sous la forme d'un beau grand oiseau. Tonelli lui fait son compliment et lui demande pardon pour la prière impolie qu'il Venait de faire, que la peur seule lui avait arrachée. L'oiseau répond que cette faute est de peu d'importance , et lui conseille de prendre , parmi les choses précieuses qui sont sur la table, une coupe et une perle qui ont la puissance de tout transformer en or. Tonelli ne se le fait pas dire deux fois , et aussitôt un âne ailé le transporte dans le pays d'Aromata. Avec son pouvoir de Tor, il gagne la faveur de l'empereur, qui troque sa fille en mariage contre la perle ; après que Tonelli a vaincu les ennemis du pays, en général plein de valeur, il succède à son

* Le mot est en français.

geux. Je possède surtout une conscience passablement solide qui^ de temps en temps^ me donne de vigoureux renfoncements dans le dos. Cette conscience me pousse maintenant à convenir que j'en ai menti impudemment quand j'enseignais au monde comme quoi j'étais vieux et grisonnant^ cependant toujours heureux^ et comme quoi les rêves sublimes de ma jeunesse s'étaient réalisés. Au moment où j'écrivais ces impostures, j'étais encore un beau jeune homme avec des joues rouges seulement je m'étais fait poudrer fortement. J'étais justement en train, dans ce moment, de manger un faisan de Bohême, farci de marmelade de pommes , en buvant du muscat. C'est là ce que j'appelais les rêves de ma jeunesse ; c'est ainsi que je voulais faire accroire que j'avais exécuté tout ce que j'avais projeté et que j'étais heureux jusqu'à la fin de ma vie. J'avais entièrement oublié cette bribe de ma vieille histoire; je ne pensais pas à Crésus, j'étais surtout fou de atuité, et, comme je l'ai dit : tout n'est que mensonge au bon appétit près dont je jouis encore aujourd'hui. Plus tard, après avoir ainsi menti, je fus plongé dans le malheur, le besoin et la douleur, et il fallut oublier toute ma splendeur. Combien l'homme terrestre doit se plier ici-bas sous les caprices destructeurs d'un sort totijours incertain ! 0 éclat trompeur du bonheur, comme tu pâlis l apidement et tout à coup sous le souffle venimeux

beau-père. On lit à la fin de ses mémoires : « Je suis maintenant vieux et grisonnant ; cependant je suis encore heureux ; j'écris pour me distraire, parce que je ne sais que faire l'histoire \éridique de ma vie, pour montrer au monde que l'on exécute certainement et toujours ce que l'on a sérieusement projeté. J'ai encore , Dieu merci , un bon appétit , que j'espère conserver jusqu'au moment de la mort; les lêves de mon enfance se sont réalisés; peu d'hommes peuvent eu dire autant. »

Page 1