‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 122 sur 179 · LETTRE DU MAITRE DE CHAPELLE JEAN KREÎSLER · texte numérisé non relu

LETTRE DU MAITRE DE CHAPELLE JEAN KREÎSLER

Le maître de chapelle Kreisler est connu de tous ceux qui ont lu un certain livre fantastique dont Fédition a paru il y a quelques années. Les caractères étaient imprimés sur un papier tellement uni^ qu'on ne pouvait comprendre comment ils pouvaient rester debout sans glisser hors des feuilles é Ce Kriesler écrivit entr'autres choses ce qui suit à l'un de ses amis avec lequel il ne formait qu'un seul cœur et qu'une seule âme :

<x Dites-moi^ très-excellent monsieur et ami^ dites-moij au nom du ciel, ce qu'il en est du concert qui a été donné le 10 mars chez vous^ dans la salle de l'Opéra? Comme vous savez, je n'y suis pas allé; il faisait mauvais temps et j'a-^

vais prêté mon parapluie; de plus, je me suis vu assailli par une certaine fainéantise, le penchant Je plus naturel à tous les enfants de la terre, et je trouvai que le chemin de mon logement à FOpéra était un peu trop long, bien que la distance ne se trouvât cependant que de cinquante misérables milles. J'ai lu sur ce concert tant d'opinions opposées que j'en perds la tête.

« Haude et Spener donnent à comprendre clairement, dans le numéro 31 de leur gazette, que le jeu d'harmonica de madame K""** a produit assez peu d'effet, et ils demandent comment il se fait que l'harmonica ne produise plus aujourd'hui les mêmes effets qu'autrefois. Nos nerfs, disent-ils, seraient-ils devenus plus faibles et plus mous? ou bien faut-il attribuer la froideur du public à notre tympan assourdi par les timballes, les trompettes et les instruments de cuivre? En revanche, V Impartial allemand ^ dans son numéro 62, dit que l'harmonica est le plus beau et le plus sonore de tous les instruments, et il célèbre les doigts inspirés de l'artiste plein de talent qui sut évoquer les sons célestes de cet instrument. Pour moi qui n'ai pas entendu ces sons célestes, je suis obligé de me ranger à l'avis de MM. Haude et Spener, et d'avouer que les effets énergiques de l'harmonica, il y a quelques années, sont complètement aujourd'hui évanouis. D'un autre côté, j'opine que nos nerfs sont restés tout à fait les mêmes et que notre tympan, bien qu'on le tourmente en effet d'une manière terrible avec les timballes et les trompettes, est toujours capable de s'assimiler les effets des doux sons célestes. Permettez-moi, digne ami et monsieur, d'indiquer en peu de mots où en est la chose d'après mon jugement musical. La

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