CHAPITRE XIII
immensité de richesses harmoniques^ et que sur aucun instrument au monde^ à Texception de Forgue;, le choral ne doit mieux résonner; mais encore ici l'imperfection empêche tout etfet durable.
« Cette imperfection consiste dans les petites proportions de Tinstrument^ chez lequel les basses profondes manquent complètement y de sorte que les morceaux en style lié, de même que les chœurs, paraissent maigres, et comme on dit dans la langue artistique, sonnent grêles
(( S'il est avéré maintenant que Tharmonica rend si peu en musique, il ne faut attribuer Fadmiration qu'il a excitée qu'à sa sonorité, et, je dirai mieux, à Famour de la nouveauté. Cette admiration, cette faveur pour la sonorité sans formes ne pouvait durer longtemps, et devait nécessairement disparaître d'autant plus vite que les exigences musicales restaient moins satisfaites; de plus Fharmonica nous arriva justement à Fépoque des nerfs faibles , et comme on se mit à dire que Fharmonica agissait magiquement sur les nerfs, il ne pouvait pas manquer que Finstrument s'emparât de toutes les âmes sensibles. 11 eût été de la plus haute inconvenance pour toute fille un peu bien élevée de ne pas s'évanouir d'une manière passable aux premiers sons de Finstrument; elle aurait couru le risque de devenir sur le coup parfaitement indifférente au doux jeune homme qui l'inondait depuis si longtemps de ses regards fondants ; même quelques dames déjà un peu mûres rêvaient qu'elles rebroussaient à dix ou quinze ans de leur existence, à travers toutes les douleurs d'une heureuse extase, en rencontrant un cœur et
* Au lieu de grêles, il y ^jmnes dans le texte.
un petit roman avec. Je n'ose penser à l'usage que Mesmer aurait pu faire de cet instrument.
(( L'époque des faibles nerfs et des évanouissements est maintenant passablement loin de nous.
«Il me faut encore rappeler ce grand inconvénient^ que l'on cherche toujours à tapoter sur l'harmonica des choses qui ne lui conviennent pas du tout, et qu'on n'y entend presque jamais des compositions dans le style sévère et lié. Ceci provient simplement de ce que les exécutants ne sont pas capables de les jouer.
« Bien qu'il puisse paraître facile, très-digne ami et monsieur, de jouer un morceau tel que le Benedictus de Palestrina, je puis cependant vous assurer que c'est une affaire toute particulière à laquelle peu de personnes s'entendent. La Kirchgessner jouait tout à fait misérablement le style lié; Pahl ne jouait pas beaucoup mieux ; quant à madame^ K''''*, je ne l'ai pas entendue, l'absence de mon parapluie, comme je vous l'ai dit, m'en a empêché; je m'abstiens donc de tout jugement sur elle.
(( Le meilleur joueur d'harmonica que j'aie entendu dans ces derniers temps, était un charmant homme de mœurs douces et agréables, qui vint demeurer quelques jours dans la même maison que moi, à son retour de la campagne de France; je veux désigner par là mon estimable ami le colonel des Baschkirs, Tetulow Pripop, qui, à tort, est peu connu dans le monde musical. Il fut entièrement possédé par l'harmonica qu'il trouva dans ma maison; il en jouait la journée entière et savait tirer de cet instrument les sons les plus étranges que l'on pût entendre; et les mélodies, les accords qu'il faisait entendre