CHAPITRE XIII
étaient de la plus merveilleuse originalité. Ce certain son inimitable que quelques joueurs d'harmonica^ d'ailleurs habiles, ne produisent que par-ci par-là^ et que les gens non impressionnables trouvent pareil au grattement d'un couteau sur une vitre^ ce son^ le colonel le possédait tellement^ qu'il pouvait y rester sans interruption. Le palefrenier de mon bon Tetulow Pripop^ un jeune gaillard gai, ayant une physionomie de tigre charmante et intéressante, était si hors de lui de la virtuosité de son maître, qu'il se précipitait par terre en hurlant et venait lui baiser les pieds. Mais il n'y avait rien d'étonnant que cet homme sentit si fortement, car lui aussi était musicien, et en soufflant dans son long et mince sifflet de Baschkir, il savait réveiller en vous un enthousiasme tout à fait idyllique. On se croyait immédiatement transporté sur les bords de la plus belle mare (à crapauds) où jamais cœur sensible ait pu s'asseoir.
« Je me rappellerai éternellement la dernière fois que Tetulow Pripop joua de l'harmonica : dominé par le sentiment intérieur, il avait ôté son grand bonnet pointu de fourrure de renard et de plus trois autres petits bonnets qu'il portait dessous; il n'avait conservé qu'une petite toque rouge pendant qu'il touchait et faisait entendre les sons célestes les plus enchanteurs, si bien que son tigre hurlait, et se lamentait d'une manière effrayante.
(( Comme pris d'une douleur déchirante à l'occasion du départ de Tami tant aimé , la plupart des verres de l'instrument finirent par éclater; là-dessus, le colonel des Baschkirs, Tetulow Pripop, mit des gants blancs glacés et s'empressa d'aller au-devant de son régiment (Pulke),
«Je n'ai plus revu ce charmant ami.
« Écrivez donc, très-digne monsieur et ami^ à M. Gerber de Sandershausen pour qu'il pense à citer avec l'honneur qui lui revient, dans la nouvelle édition de son Lexique musical, mon digne colonel Tetulow Pripop. Portez-vous bien. »