CHAPITRE XIII
comte ^ qui le lorgna un instant, puis dit d'un ton sec et méprisant en tournant les talons : la taille trop large d'un huitième de pouce.
Le baron, pour ce qui était de la toilette, tenait trop à la mode et à ses conventions pour ne pas souffrir de Ténorme faute dont après tout il devait s'accuser lui-même. La pensée qu'il s'était promené tout un jour dans les rues de Berlin avec une taille trop large, était pour lui an remords sans égal. Il rentra brusquement, se déshabilla et ordonna à son valet de chambre d'éloigner de ses yeux ce malencontreux vêtement. Il ne se consola que lorsque, quelques jours après, un nouveau frac noir, toujours de la coupe du tailleur Freitag, fut déclaré irréprochable par le comte E... Cette explication n'est-elle pas suffisante pour faire connaître comment cette taille trop large fut cause de la perte du portefeuille, perte dont le baron était inconsolable?
Plusieurs jours s'étaient écoulés, depuis la promenade au jardin des plantes, quand le baron eut l'idée de visiter sa garde-robe. Le valet de chambre ayant ouvert l'armoire où il mettait les habits que son maître ne portait plus, une odeur pénétrante d'essence de roses s'en échappa. Interrogé par le baron, le domestique dit que ce parfum provenait d'un certain habit noir dont la taille était trop large, qu'il avait suspendu là quelques jours avant, son maître ayant défendu de le lui représenter.
Ces mots furent un trait de lumière pour le baron qui se rappela avoir serré dans la poche de son frac le précieux portefeuille et de l'y avoir oublié; il se rappela aussi que ce portefeuille avait une odeur bien prononcée d'essence de roses. ^ .
L'habit examiné^ le fait se vérifia. On se figure avec quel empressement le baron ouvrit le fermoir d'or pour prendre connaissance du contenu du portefeuille. Rien n'était plus étrange.
D'abord le baron trouva un tout petit couteau d'une forme bizarre^ ressemblant assez à un instrument de chirurgie. Un ruban de soie de couleur paille attira ensuite son attention. Des caractères étrangers assez semblables aux caractères chinois se dessinaient en noir sur le tissu ; enfin^ une fleur inconnue et desséchée était renfermée dans une enveloppe de papier de soie. Mais le baron fut frappé par-dessus tout à la vue de deux feuillets écrits : Tun contenait des vers^ malheureusement écrits en une langue étrangère même à plus d'un habile diplomate, en grec moderne. L'écriture du second feuillet était si fine, qu'elle ne semblait pas lisible sans le secours d'un microscope; cependant le baron, à sa grande joie, parvint à déchiffrer ces caractères en italien, langue qu'il possédait à fond.
Dans une poche étroite du portefeuille un petit flacon d'essence de roses plié dans un fin papier et scellé hermétiquement , contenait l'odeur qui avait parfumé le portefeuille et l'habit. Sur le papier un mot était écrit en caractères grecs : ly^ovs^mlTcolB.
Le jour suivant le baron, ayant rencontré chez le restaurateur Jagorsch le conseiller privé Wolf, lui demanda la traduction de ce mot. A peine le conseiller Wolf eut-il jeté les yeux sur l'adresse que le baron lui montrait, qu'il partit d'un éclat de rire et affirma qu'il ne lisait là que SCHNUSPELPOLD, nom qui ne se trouvait point dans Ho-