SONGE ET RÉALITÉ
— Quel singulier hasard ! se dit le baron en se renversant mollement sur un sofa de la chambre n° 14 de Fhôtel du Soleil ; quel singulier hasard !... Patras était le but de mon voyage^ le consul Andréas Condoguri^ Thomme qui devait m'indiquer ma route; eh bien ! non... je ne suis pas allé plus loin que le village de Zehlendorf . C'est le maître de poste qui m'a fait conduire ici^ et le professeur lui-même s'est trouvé^ sans le savoir, le levier qui a mis en mouvement ces forces inconnues.
Tci le chasseur du baron entra.
Aucun étranger, dit-il, ne s'est encore présenté à l'hôtel.
Cela consterna le baron^ dont l'âme se dilatait à l'espérance de voir finir, ou plutôt commencer son aventure. La seule pensée qui le consolait était celle-ci : la journée ne finissait qu'à minuit, et même des gens rigoureux n'auraient daté du 25 juillet qu'après le dernier coup sonné.
Il s'efi^orça d'être calme, et attendit dans sa chambre l'issue des événements. Tout en ne voulant penser à rien, il ne put s'empêcher de rêver à l'image charmante qui remplissait son cœur. Sur les dix heures, un garçon se présenta et servit un souper fin. Le baron jugeant à propos, vu sa disposition morale, de prendre quelque boisson éthérée, demanda du Champagne. Comme il achevait le dernier morceau d'une volaille rôtie, il s'écria sentimentalement :