‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 149 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Fuchs; le vacarme efFroyable que vous faites met en fuite tous les chalands. Une étrangère qui ne faisait que d'entrer^ après avoir supporté un instant votre exécrable lamento avec tous les signes de la plus vive impatience^ a fini par s'en aller^ elle et le personnage qui l'accompagnait^ un petit homme à la tournure grotesque.

— Est-il possible ! s'écria le baron atterré; elle s'est enfuie ! elle m'échappe encore une fois !

Le capitaine de cavalerie^ s'étant fait expliquer en quelques mots les choses^ assura que c'était bien la personne que cherchait le baron. La dame avait une chaîne d'or qui retenait à son cou un petit portefeuille bleu , ornement assez extraordinaire pour qu'il l'eût remarqué. De son côté, le sieur Fuçhs, qui était resté tout le temps devant la porte de sa boutique, avait vu le petit homme faire signe à une voiture de place qui passait par là et y monter avec la dame. Le baron put encore apercevoir la voiture, qui s'éloignait rapidement et allait tourner les Tilleuls, comme se dirigeant du côté du château.

— Prenez mon cheval et courez après, dit le capitaine.

Le baron s'élança sur la monture et lui enfonça les éperons dans le flanc. La bête qui était pleine de feu se cabra et partit comme un trait; elle passa la porte de Brandebourg et se dirigea droit vers Charlottembourg , où le baron, qui heureusement n'avait pas perdu l'équilibre, arriva juste à temps pour le souper que M"^® Pauli donnait ce soir-là à quelques-unes de ses connaissances. On avait vu venir le baron; ce ne fut qu'un cri d'admiration. Quelle hardiesse ! On ne le croyait pas sibonécuyer; il

^fallait du courage poar monter le cheval du capitaine*, un animal indomptable.

Le baron laissait dire, mais intérieurement il maudissait Fexistence.

Vï

LE G]fEF DE BANDES GRECQUES. — l'ÉNIGME.

Une grande consolation pour le baron était de penser que Tobjet de ses espérances, de ses rêves, se trouvait dans l'enceinte des murs de Berlin. Un heureux hasard pouvait encore le mettre en présence du couple singulier; mais ce fut en vain qu'il parcourut plusieurs jours de suite, du matin au soir, la promenade des Tilleuls ; il ne trouva aucune trace du vieillard ni de la dame. Le seul parti qui lui restait était de prendre des informations au bureau des étrangers; là on devait savoir ce qu'était devenu le couple entré la nuit du 24 juillet dans la ville.

Le baron donna à remployé du bureau le signalement du curieux petit homme et de la jeune dame grecque; mais remployé n'avait pas les passe-ports des étrangers, il ne put que dire le nom de ceux qui étaient entrés à Berlin dans la nuit du 24 juillet. A part le marchand Prosocarchi, de Smyrne,il n'était arrivé que des conseillers de bailliage, des greffiers de justice, etc., venant de leur province. Le susdit marchand Prosocarchi n'avait amené personne avec lui, ce ne pouvait donc être le petit vieux. Cependant, pour mieux s'en convaincre, le baron se rendit chez lui; il trouva un grand homme d'une belle ligure, auquel

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