‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 150 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

il acheta volontiers quelques pastilles du sérail et de ce même baume de La Mecque qui avait guéri Tentorse du Magus.

Prosocarchi n'avait pas entendu parler de la princesse grecque.

— Si elle était à Berlin^ disait-il ^ elle n'aurait pas manqué de me rendre visite.

Tout ce qu'il savait, c'est qu'un prince exilé de Naxos, descendant d'une ancienne famille princière, voyageait en Allemagne avec sa fille, mais Prosocarchi ne les connaissait pas.

Le baron continua de se rendre chaque jour, lorsque le temps le permettait, au jardin des plantes, à cette place même où il avait trouvé le portefeuille, à cette place favorite de la belle Grecque, ainsi que le faisait connaître l'écrit contenu sur un des feuillets.

— 11 est certain, se disait le baron, en s'asseyant un jour sur le banc à côté de |la statue d'Apollon , que cette noble, cette céleste créature vient souvent ici avec son Magus diflforme. Pourquoi faut-il que le hasard ne me permette pas de m'y trouver? Allons ! je ne quitterai plus d'un seul instant ce lieu: dussé-je y passer ma vie, j'y resterai jusqu'à ce que je l'aie rencontrée.

Cette pensée donna naissance à la détermination de faire construire derrière le banc, au pied de l'arbre, un petit ermitage, et de vivre là, dans la douleur, loin des bruits du monde, dans la plus grande solitude, tout entier à son amour. Le baron réfléchissait déjà aux moyens à prendre pour obtenir du gouvernement la permission de faire élever cette construction. Il se demandait s'il ne ferait pas

bien de porter, outre l'habit d'ermite, une fausse barbe qu'il pourrait toujours arracher au moment où il la rétro uyerait; ce serait d'un très-bon effet, pensait-il. Durant ces réflexions, la nuit était venue ; un vent frais qui soufflait à travers les arbres avertit le baron qu'il était prudent, puisque l'ermitage était encore à construire, de chercher ailleurs un abri. Mais quelle émotion n'éprouva- t-il pas, lorsqu'en sortant d'une allée couverte, il vit devant lui le vieillard et la dame voilée 1 II perdit la tête et se mit à courir après eux en criant :

— 0 mon Dieu ! enfin , voilà ! C'est moi ! c'est Théodore ! . . . Le portefeuille bleu 1 . . .

— Où est-il le portefeuille? l'avez-vous trouvé ? Si cela est, que Dieu soit béni ! dit le vieillard en se retournant. Mais... c'est donc vous, mon cher baron? L'heureuse rencontre ! Je croyais bien mon argent perdu.

Le personnage n'était autre que le banquier Nathaniel Simson, qui revenait de la promenade avec sa fille , et regagnait sa maison, située près du jardin des plantes. Le baron fut très-confus de cette méprise, d'autant plus confus qu'il avait longtemps fait la cour à la jolie mais bien plus jeune Amélie (ainsi se nommait la fille du banquier Simson). Amélie s'était souvent raillée du voyage manqué du baron ; aussi celui-ci l'évitait-il soigneusement.

— On vous revoit enfin, cher baron! dit-elle. Mais Simson ne la laissa pas achever.

— Le portefeuille ! le portefeuille ! demanda-t-il.

Il faut dire que quelques jours auparavant il avait justement perdu, dans une allée du jardin des plantes, un portefeuille qui contenait un bon sur le trésor de cin-

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