CHAPITRE XIII
quante thalers. Il s'imaginait que le baron parlait de ce portefeuille. Celui-ci fut contrarié du malentendu; il aurait voulu être à cent lieues^ mais il chercha yainement à se dégager. Amélie s'empara sans façon de son bras ^ en disant qu'elle avait le droit de retenir un ami perdu depuis si longtemps. Il fallut bien en passer par là et se résoudre à aller prendre le thé avec la famille Simson. Amélie s'était mise en tête de captiver de nouveau le baron. Elle lui fît raconter son aventure. D'abord il ne voulait pas en trahir le secret ; mais comme elle trouva sublime ^ divin ^ ce qu'il disait ^ peu à peu il lui ouvrit son cœur et avoua tout : les événements qui s'étaient passés dans la nuit du M au 25 juillet^ la rencontre dans la boutique^ de Fuchs^ etc.
Amélie^ qui avait comprimé plus d'un sourire^ supplia le baron de venir la voir un soir dans son costume grec ^ qui devait^ disait-elle , lui aller à ravir. Tout à coup elle feignit de tomber dans une profonde rêverie, resta quelques instants comme absorbée, puis dit en se remettant peu à peu :
— C'est passé... ce n'est rien...
Naturellement le baron voulait en savoir la cause, et Amélie avoua que c'était le souvenir d'un songe extraordinaire qu'elle avait fait justement dans la nuit du 24 au 25 juillet. Comme elle avait lu souvent Jean-Paul Richter^ elle ne fut pas embarrassée d'improviser un rêve convenablement fantastique, et dont le but était de faire paraître le baron en costume grec moderne, comme Tobjet de ses sentiments les plus intimes. Cela ravit Théodore ; la Grecque^ Fermitage, le portefeuille bleu, tout était oublié!
Ainsi vont les choses en ce monde : ce qu'on poursuit
le plus vivement est ce qu'on obtient en dernier lieu ; ce qu'on ne cherche pas se présente de soi-même. Le hasard est un dieu malin.
Le baron ^ décidé à rester à la ville ^ et cela à cause d'Amélie^ jugea convenable d'échanger sa chambre de rhôtel du Soleil contre un logement confortable. Il se mit donc en devoir d'en chercher un.
En passant devant la porte d'une belle maison de Friedericksstrasse , qui portait le numéro...^ un grand écriteau frappa ses yeux : « Chambres garnies à louer. » Il monta l'escalier et s'arrêta à l'étage indiqué, mais il chercha en vain un cordon de sonnette. Il frappa à toutes les portes, personne ne répondit : silence complet. On eut entendu voler une mouche^ quand tout à coup un bruit bizarre parvint à son oreille^ un babillage^ un caquetage singulier. Il poussa la porte de l'appartement d'où semblait provenir ce bruit^ et se trouva dans une chambre décorée avec un goût parlait et un très-grand luxe. Sa vue se porta d'abord sur un lit vaste^ somptueux/ sculpté^ tout doré^ décoré de guirlandes de fleurs et tendu de riches draperies de soie.
— Lagos piperin etrivé^ kakon tys kefalis tu dit une voix glapissante sans que le baron vit personne.
Mais en regardant autour de lui^ qu'aperçut-il? 0 ciel!... le portefeuille bleu sur un guéridon élégant!...
Son premier mouvement fut de s'élancer pour ressaisir ce bien ravi^ cet objet si précieux. Mais la voix lui cria dans les oreilles :
* Si le baron avait connu le grec moderne, il eût su que cela voulait dire co(j broya le poivre au grand détriment de sa tète. »
« Le ~