‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 152 sur 179 · CHAPITRE Xïll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xïll

— 0 diavolosjida den y ché^ ké tyri, epoulie Il recula tout effrayé.

Un léger soupir^ qui semblait sortir du lit somptueux^ se fit entendre.

— C'est elle;, se dit le baron qui sentit le sang s'arrêter dans ses veines.

Il s'approcha en tremblant^ regarda par Touverture des rideaux ^ aperçut un bonnet de dentelles garni de rubans aux vives couleurs.

— Du courage! se dit-il.

Et par un mouvement brusque il écarta les rideaux.

On entendit un cri perçant. Un petit être^, caché au milieu des oreillers^ se leva brusquement : c'était le grotesque vieillard que le baron avait vu conduisant la dame dans Berlin. La tête couverte d'un bonnet de femme il faisait une figure si comique^ que tout autre que Théodore^ absorbé par son aventure amoureuse^ eût éclaté de rire.

Le petit vieux regardait le baron avec ses grands yeux noirs.

— Est-ce vous^ baron? fit-il d'une voix basse et lamentable. J'espère que vous n'avez point de mauvais dessein^ que vous ne m'en voulez pas de m'être moqué de vous l'autre jour sur la place de Paris^ lorsque vous voulûtes prendre sous votre protection mon espiègle de queue. Mais ne me regardez pas avec ces yeux terribles; autrement je craindrais...

— Roi de Candie ! roi de Candie !

' « Le diable n'avait pas de chèvres , et pourtant il vendait des fromages. »

Cela fît sourire le personnage grotesque^ qui s'assit sur Toreiller et dit gracieusement :

Hé ! hé! cher baron Théodore de S...^ vous aussi avez la manie de me prendre ^ moi homme de nulle importance^ pour le roi de Tîle de Candie !... Ne me connaissez- VOQS donc pas ? Ne deviez-vous pas savoir que je ne suis personne autre que l'assistant du chancelier Schnuspelpold de Brandebourg?

— Schnuspelpold ! dit le baron.

— Tel est mon nom ^ continua le petit homme^ mais depuis longtemps assistant de chancellerie non in officio. Cette maudite manie des voyages m'a fait perdre mon pain et mon emploi. Mon père (que Dieu ait son âme !)^ fabricant de boutons à Brandebourg^ avait la même folie; il me parlait à tout moment de la Turquie^ où il était allé unefois^ si bien que je ne pus rester tranquille^ et un beau jour je me mis en route. Je fus à Gand^ de là à Tangermunde. Je descendis TElbe dans une barque et me dirigeai vers la Porte-Ottomane^ mais lorsque je me présentai^ justement elle se ferma. Je voulus m'y accrocher avec la main droite^ la porte m'écrasa deux doigts. Voyez plutôt^ noble baron, ces deux doigts de cire qui tiennent la place de ceux qui manquent. Au moins si cette maudite cire ne fondait pas toujours lorsque j'écris !

— Laissons cela, dit le baron en interrompant le petit vieux ; parlez-moi plutôt de la dame étrangère, de cette apparition céleste que j'aperçus à vos côtés dans la boutique du confiseur Fuchs.

Et il se mit à raconter la trouvaille du portefeuille , le voyage en Grèce, le rêve à l'hôtel du Soleil-d'Or, et finit

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