CHAPITRE Xiïl
par supplier le vieillard de ne pas contrarier sonamour^ lui qui. tout en ne voulant passer que pour l'assistant du chancelier Schnuspelpold de Brandebourgs n'en devait pas moins disposer du sort de la Grecque^ en qualité d'oncle ou de père.
— Hé ! hé ! fit Schnuspelpold souriant d'un air joyeux et narquois^ rien ne pouvait m 'être plus agréable que de vous voir^ grâce au portefeuille bleu , amoureux de la princesse grecque. J'ai l'honneur (honneur fort pesant) d'être chargé de sa tutelle. Le tribunal de Paphos m'a choisi^ faute de trouver quelqu'un autre qui possédât certaines qualités magiques.
— Mais chut ! chut ! mon petit Schnuspelpold ; ne parle pas ainsi à tort et à travers^ tu ferais une école ; sois discret^ mon fils.
— Je ne doute pas^ noble baron^ que vous ne réussissiez auprès de ma pupille ; tout ce que je puis vous dire^ c'est qu'elle cherche un jeune prince du nom de Théodore Gapitanaki : c'est lui qui a vraiment trouvé le portefeuille bleu et non pas vous.
— Gomment! s'écria le baron ^ ce n'est pas moi qui ai trouvé le portefeuille ?
— NoU;, répartit le vieux avec fermeté^ ce n'est pas vous; etj, de plus^ vous vous êtes mis en tête mille folies.
— C'est en vain que tu t'accroches à mes pieds^ grossier roi de Candie^ c'est en vain que tu te fais aussi lourd qu'une masse de plomb ! s'écria le baron en fureur.
Mais la voix glapissante se fit entendre :
— Alla ta kas kurismata, kai alla gonun y kotés ^.
* La poule chante dans un endroit et va pondre dans l'autre.
— Paix ! paix ! petit criard ! dit le vieux avec douceur. Et le perroquet gris se hucha sur le plus haut bâton de
son perchoir.
Le vieux se tourna du côté du baron et continua sur le même ton :
— Vous vous appelez Théodore^ mon noble ami , et^ qui sait? des rapports mystérieux peuvent vous faire passer pour le vrai Théodore Capitanaki. Si vous voulez gagner sur-le-champ le cœur et la main de ma noble pupille^ cela ne tient qu'à une bagatelle. Je sais que vous avez de belles connaissances au département des affaires étrangères ; eh bien ! faites seulement que le grand-sultan reconnaisse pour libres les Grecs^ et votre bonheur est certain. Mais que vois-je?
Ici Schnuspelpold retomba sur ses coussins et se cacha la tête sous la couverture.
Le baron suivit la direction qu'avaient pris les yeux du vieillard^ et il vit dans une glace la Grecque arrêtée sur le seuil de la porte^ qui lui faisait un signe. Il voulut s'élancer vers elle ; mais il s'embarrassa dans le tapis et tomba de tout son long. Le perroquet riait aux éclats. Gomme la Grecque s'était approchée du baron ^ celui-ci profita de cette circonstance et^ de même qu'un habile danseur^ chercha à donner à sa chute l'apparence d'une pose académique.
— Enfin ^ ô douce idole de mon âme !... s'écria-t-il en italien^ à genoux aux pieds de la Grecque qui l'interrompit et lui dit :
— Parle plus bas ; n'éveille pas le vieux en me répétant ce que je sais depuis longtemps. Lève-toi.