CHAPITRE XIII
Elle lui présenta sa main^ et le baron^ transporté au troisième ciel^ prit place à ses côtés sur un moelleux divan placé dans le fond de la chambre.
— Je sais tout^ dit-elle en abandonnant sa main dans celle du baron ^ et^ quoi qu'en dise mon Magus^ tu as trouvé le portefeuille... Toi aussi tu descends d'une famille de princes grecs^ et lors même que tu ne serais pas celui à qui j'avais donné mon cœur^ tu peux néanmoins^ si tu le veux^ devenir maître de ma vie.
Le baron se confondit en protestations; mais la Grecque appuyant sa tête sur sa main^ dans une pose pensive^ semblait ne pas y prendre garde. Au bout d'un moment elle dit en lui parlant à l'oreille très-bas :
— As-tu du courage ?
— Comme un lion^, répondit-il.
— Oseras-tu^ tandis que ce monstre est là dans ce lit^ profondément endormi^ avec ce petit couteau^ lui...
Le baron ^ reconnaissant à la main de la Grecque le petit instrument de chirurgie qu'il avait trouvé dans le portefeuille^ frissonna de la tête aux pieds.
— Avec ce petit couteau^ dit la Grecque^ lui couper la tète?... Mais^ ne crains rien^ nous pouvons causer^ le perroquet le veille. Parle-moi seulement de ta famille.
Le baron se mit à raconter Fhistoire du portrait de sa grand'mère^, de sa mère elle-même^ et de tout ce que le lecteur connaît depuis l'entretien que Théodore eut avec son oncle.
Les beaux yeux de la Grecque brillaient de joie; elle semblait animée d'une autre vie ; en cet instant sa beauté avait pris un éclat éblouissant^ surnaturel.
Le baron nageait dans un océan de délices. Sans savoir comment cela se flt ^, il se trouva tout à coup dans ses bras^ couvrant de baisers ardents sa bouche charmante.
— Oui;, disait la Grecque^ tu devais être à moi. Fuyons ensemble vers notre patrie. Hâte-toi de te rendre dans ce lieu sacré ^ où les chefs du peuple t'attendent^ les armes à la main^ pour secouer le joug honteux sous lequel nous traînons une misérable existence. 11 ne te manque^ je le sais^ ni les vêtements^ ni les armes; par tes soins tout est prêt. Tu n'as qu'à te montrer^ à te mettre à la tête des guerriers^ à remporter sur le pacha une victoire éclatante. Les îles sont libres^ et tu goûtes^ uni à moi par un feu sacrée tout le bonheur que Famour et notre belle^ notre riche patrie^ peuvent procurer à un mortel... Que redouterais-tu dans cette entreprise hardie?... Si tu échoues qu'arrivera-t-il?... Tu mourras de la mort des héros sur le champ de bataille, ou tu seras pris par le pacha, et alors qu'as-tu à craindre?... On Fempalera pour le plus ; on te garnira les oreilles de poudre à canon, puis on y mettra le feu ; ou Fon choisira quelqu'autre genre de mort, toujours digne d'un brave. Moi qui suis jeune i.t belle, on me destinera au harem du pacha... Si tu n'es pas réellement le jeune prince Théodoros Capitanaki, mais bien, comme mon Magus Faffirme, le pied de lièvre du jardin des plantes, mon vrai prince saura bien me délivrer.
A ce discours, il se passa dans Fintérieur du baron un étrange bouleversement. Une froideur glaciale succéda à Fardeur qai le brûlait. Le frisson de la fièvre s'empara de lui.