‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 16 sur 179 · CHAPITRE lî · texte numérisé non relu

CHAPITRE lî

lait à notre opinion : la fameuse cave dans laquelle se trouvent réunis V homme aux reflets perdus et Y homme qui a perdu son ombre a trompé énormément de gens^ qui voyaient une véritable cave noire, pleine de tonneaux, éclairée vaguement par de mauvais suifs, avec une vieille table longue et boiteuse pour les buveurs de bière, de punch et de vin du Rhin ; mais il faut détruire une partie de ce merveilleux. Les caves de Berlin ne ressemblent en rien aux caves de Berne, où à dix heures du matin on allume la chandelle, où des montagnes de tonneaux servent de lambris, où les paysans trinquent avec les filles débauchées qui emplissent la ville, où, si Fon ne voit pas le voisin qui vous coudoie, on entend sa chanson allemande. Voilà la cave des contes d'Hoflmann telle que nous nous la figurons en France; celles de Berlin n'y ressemblent guère : ce sont de petits salons bien éclairés, avec du papier à fleur, des glaces, de petits cafés presque parisiens, quand on a descendu une quinzaine de marches.

Le merveilleux est-il détruit par cette réalité ? L'Alhambra, dont nous rêvons les murs revêtus de marbre et de porphyre, en est-il moins TAlhambra parce que les murs sont de plâtre ? Point ; il reste assez de merveilleux dans Fœuvre d'Hofimann pour sauver les petits cafés bourgeois de Berlin. D'ailleurs ne vous laissez pas prendre aux tricornes poses de travers, aux perruques élancées, aux nez de perroquet, aux habits de peluche violet tendre à boutons d'acier dont le conteur afi'uble une grande partie de ses acteurs, c'est là seulement Fenveloppe qui nous séduit et nous tire Fœil dès Fabord ; mais il faut les voir jnar-

clier^ agir^ se démener dans le drame^ il faut peser chacun de leurs mots^ sonder leur langage, et peu à peu^ par une observation prolongée, on yerra non-seulement les ridicules, mais de véritables passions emplir le corps de ces grotesques : c'est ce qui fait qu'Hoffmann, avec tous ses défauts, est un conteur de premier ordre.

J'ai dit ses défauts^ car il faut tout montrer dans rhomme qu'on aime, ses défauts et même ses vices : c'est la meilleure façon de prouver qu'on l'aime. Il y a des contes plus que médiocres dans l'œuvre d'Hoffmann, il y en a d'incompréhensibles il y en a de mauvais, il y en a d'exécrables. Quand Hoffmann se trompe, il se trompe beaucoup ; et ce sont justement ses contes les plus longs qui sont le moins réussis. Je citerai l'Esprit élémentaire^ nouvelle pleine de magnétisme, dont l'idée mère est empruntée au Diable amoureux de Cazotte. M. Edouard Degeorge donne cette nouvelle comme une des plus remarquables d'Hoffmann; mais M. Degeorge est purement enthousiaste^ il trouve beau tout ce qu'il a traduit, et il a raison de le trouver beau, un traducteur devant être un adepte et un néophyte plein de zèle et de soumission. Tout à l'heure, d'ailleurs, je citerai un passage remarquable de M. Degeorge, avec lequel je suis heureux de me rencontrer, car ses introductions critiques partent d'un honnne qui a longtemps médité son auteur favori, qui a pensé et qui sait avant de se mettre à son bureau ce qu'il va dire. Ces sortes d'écrivains sont fort rares, même à Paris, et il

Sauf le début et le portrait de l'homme aiiœ ânes ailes, qui est décrit en maître, les dernières Aventures d'un aventurier rentrent dans cctie ra(é;(oi'ic, et Ics iransformations ont le tort d'(Mre nue iniilalion trop direrle des i^mie et une Nvits.

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