‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 17 sur 179 · CHAPITRÉ II · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ II

est singulier que la province nous en ait envoyé un tout à coup

Les Hommes doubles ne sont point non plus le chefd'œuvre cFHoffmann; mais aussi il faut dire comment le roman fut composé. On connaît cette singulière tentative d'il y a quelques années tentée dans la Presse par quatre romanciers qui semblaient avoir fait une gageure^ M^^ de Girardin^ MM. Théophile Gauthier^ Sandeauet Méry. Sous le titre symbolique de la Croix de Berny, qui indiquait quatre romanciers-écuyers^ engagés à fond de train dans l'arène du feuilleton^ ces écrivains s'étaient donné chacun un rôle dans le roman et devaient s'incarner dans un personnage jusqu'à la fin du roman.

L'idée parut neuve au public. Trente ans auparavant, Hoffmann avait essayé de la réaliser à Berlin^, en compagnie - . de Gontessa et de Chamisso, dont il venait de faire la connaissance en arrivant de Leipzig, et qui devinrent plus tard ses amis intimes. Déjà, du reste, cette sorte de fantaisie n'était pas étrangère à l'Allemagne; car Berhnardi Fouqué, Wilhelm Neumann et Varnagen von Ense s'étaient jadis associés pour une entreprise semblable. Voici quel fut le procédé employé par Hoffmann et ses amis : l'un écrivait un chapitre et le passait à son camarade, qui le repassait au troisième. 11 n'y eut pas de plan dressé à l'avance, chacun se plaisant à enchevêtrer l'action, à compliquer les événements, à surcharger le drame de telle sorte qu'à mesure que le roman avançait, il devenait presque

■* L'auteur est tout à fait inconnu à Paris ; il a liabité Lyon, et il n'a pas l'air de se soucier de la gloire littéraire, sa traduction ayant été tirée à cent exemplaires seulement.

impossible de le continuer. Gontessa et Ghamisso se fatiguèrent les premiers de cette sorte de gymnastique littéraire, dont Fidée venait plus particulièrement d'Hoffmann, et le roman en resta là. Les trois premiers poètes Bernhardi Fouqué^ Wilhelm Neumann et Varnagen von Ense, avaient eu plus de courage et mirent au jour^ en 1808, les Essais et les Embarras de Charles , fruit des efforts de leurs trois cerveaux ; mais le livre n^en eut pas plus de succès. L'œuvre d'Hoffmann et de ses amis eût-elle trouvé plus de sympathie? Gela est douteux- Ces fantaisies de la jeunesse qui ne doute de rien, ces écritures nombreuses qui s'appliquent à tout et sur tout, sont excellentes pour se faire la main, mais il est bon de s'en débarrasser et de ne pas essayer plus tard de les accommoder à une nouvelle sauce pour les servir au public ; cependant il résulta de cette société littéraire à trois que les deux plus intéressés reprirent leur part, Hoffmann et Gontessa. Ghamisso, naturaliste plutôt que romancier, ne s'inquiétait guère de quelques feuillets perdus ; ses deux amis étaient plus hommes de lettres, Hoffmann employa ses fragments et les fit entrer dans le conte des Hommes doubles. Gontessa en fit autant de son côté, et se servit de ses matériaux pour le Portrait de la mère et Y Enfant blond ^ deux nouvelles, et il arriva que le public fut tout étonné de trouver dans Hoffmann et dans Gontessa les mêmes personnages portant les mêmes noms (le peintre George Haberland, l'Aubergiste^ etc.)

Une autre nouvelle d'Hoffmann, bien autrement mauvaise que la précédente, est celle qui a pour titre les Brigands, Je ne me rends pas compte par quelle série d'idées Hoffmann était arrivé à vouloir arranger à sa façon les

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