CHAPITRE XIII
domestiques que ceiles relatives à la nourriture du corps ?
MOI. — Je Taperçois. Elle aun éclatant mouchoir citron^ ployé à la mode française en turban autour de la tête^ et son visage, ainsi'que toute sa personne^ indique clairement une française. C'est bien certainement une restante de la dernière guerre qui aura su tirer son épingle du jeu ^,
LE COUSIN. — Pas mal deviné. Je gage que Thomme est redevable à quelque branche d'industrie française^ lui rapportant un joli profit^ de la possibilité où se trouve sa femme de remplir son panier de toutes sortes de bonnes choses. Maintenant elle se perd dans le tourbillon. Tâche donc, cousin , de suivre sa course dans tous ses zig-zags sans la perdre des yeux. Le mouchoir jaune brille devant toi.
MOI. — Dieu! comme ce brillant point jaune fend la foule ! La voilà déjà près de Téglise. — Elle marchande quelque chose près des étalages* — Maintenant, la voilà partie. — Ah ! je Fai perdue ! — Non, là-bas elle se relève. — Là-bas près de la volaille. — Elle prend une oie plumée. — Elle la tâte en connaisseuse.
LE COUSIN. — Bien, cousin. La fixité du regard fait que Ton voit distinctement. Cependant au lieu de prétendre f initier si ennuyeusement à un art qui ne peut presque pas s'apprendre, laisse-moi plutôt te faire remarquer toutes ces drôleries qui se déroulent devant nous. Remarques-tu dans ce coin, là-bas, cette dame qui, malgré la foule qui n'est pas trop grande, se fait jour à Taide de ses deux coudes pointus ?
* Eû allemand : qui a su mettre ici à Tabri de l'inondatioft son petit agneau.
MOI. — Quelle singulière tournure! — Un chapeau de soie sans formes qui nargue toutes les modes, avec des plumes bigarrées qui voltigent dans les airs ; — an petit surtout de soie, qui n'a rien gardé de sa couleur primitive. — Par-dessus, un châle assez honnête ; — la garniture de gaze de sa robe de coton jaune lui descend jusqu'à la cheville du pied. — Bas gris bleu. — Bottines lacées. — Derrière elle une superbe servante avec des paniers , un filet à poissons, un sac à farine. — Bon Dieu de là-haut! quels regards furieux la soyeuse personne jette autour d'elle, et avec quelle fureur elle se précipite dans les groupes les plus serrés! — Gomme elle saisit tout, légumes, fruits, viandes ! Comme elle examine tout ! Gomme elle tâte tout! Gomme elle marchande tout pour ne rien acheter!
LE COUSIN. — Gette femme-là, qui ne manque pas un marché, je T'appelle la ménagère enragée. Il me semble qu'elle doit être la fille d'un riche bourgeois, peut-être d'un fabricant de savons aisé, dont la main avec les annexes (la dot) a été obtenue non sans peine par quelque petit secrétaire intime. Le ciel ne Ta douée ni de beauté ni de grâces; par contre, elle passait chez tous les voisins pour la jeune fille la plus laborieuse et la meilleure ménagère; et c'est la vérité. Du matin au soir elle s'agite tant dans son ménage, que le pauvre secrétaire intime etfrayé voudrait être au pays du poivre Tous les registres à trompettes et à cymbales des achats, des commandes, des petites empiètes et des besoins si variés du ménage, sont
* Comme nous disons tous les diables.