‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 164 sur 179 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

croit faire en empêchant la cuisinière de faire danser Tanse du panier^ n'existe pas^ parce que la cuisinière ne laisse pas. que de s'entendre secrètement avec la marchande^ en sorte que cela ne balance pas le dommage que la fréquentation du marché peut amener. Jamais je ne voudrais^ pour quelques kreutzers, exposer ma fille à être entourée de gens mal élevés^ à entendre des équivoques et des propos malhonnêtes des gens du marché. Et encore il faut parler des coups d'œil des langoureux jeunes gens en habit bleu, à cheval, ou en redingote jaune à collet noir, à pied, dont le marché est... — Mais tiens, regarde donc, regarde, cousin ; comment trouves-tu la fille qui nous arrive du côté de la pompe, accompagnée d'une cuisinière déjà âgée? Prends ma lunette, cousin, prends ma lunette.

MOI. — Ah ! quelle créature ! c'est l'amabilité en personne; — mais elle baisse pudiquement les yeux; — chacun de ses pas est craintif, — chancelant; — elle se retient timidement à sa compagne, qui lui ouvre avec efl'ort un passage dans la foule. — Je la suis. — Voilà la cuisinière qui s'arrête devant les paniers de légumes. — Elle marchande,— elle attire la petite, qui prend vite, vite de l'argent dans sa bourse, en détournant à moitié son visage, et tend cet argent, toute joyeuse de pouvoir en être quitte. — Je ne puis la perdre, grâce à son châle rouge. — Elle semble chercher quelque chose en vain. — Enfin ! enfin ! les voici qui s'arrêtent près d'une femme qui vend des légumes plus délicats dans de jolis paniers. Toute l'attention de la jolie petite est absorbée par un panier des plus frais chouxfleurs. — La jeune fille elle-même en choisit une tête et la met dans le panier de la cuisinière. — Comment? l'ef-

frontée cuisiDière retire sans se gêner cette tête de son panier^ la remet dans celui de la inarcliande^ et en choisit une autre ^ sans compter qu'on peut voir ^ aux secousses violentes de sa lourde tête ornée de dentelles^ qu'elle accable de reproches la pauvre petitQ qui^ pour la première fois^ avait voulu choisir à son gré.

LE COUSIN. — Comment te figures-tu les sentiments de cette jeune fille dont on veut à toute force faire une ménagère^ ce à quoi s'oppose tout à fait sa délicatesse d'esprit. Je connais cette charmante petite ; c'est la fille d'un haut conseiller secret^ une nature naturelle^ éloignée de toute afféterie^ animée des vrais sentiments de son sexe et douée de ce tact exquis^ de cette intelligence toujours sûre d'elle-même^ spéciale aux femmes de cette sorte. — Ho! ho! cousin^ voilà une heureuse rencontre. Ici, au coin, vois- tu venir la contre-partie de ce tableau. Comment trouves-tu cette jeune fille, cousin?

MOI.— Oh! quelle tournure svelteet mignonne; — ^jeune, —alerte, — regardant le monde autour d'elle d'un œil libre et hardi. — Au ciel, toujours Féclat du soleil; — dans les airs, toujours joyeuse musique. — Comrae elle s'avance ûère et sans gêne au milieu de la foule pressée ! — La servante qui la suit avec un panier ne semble pas plus vieille qu'elle, et une certaine cordialité semble régner entre ces deux femmes. — La demoiselle est bien habillée; — le châle est moderne, — le chapeau très-convenable pour une toilette du matin, aussi bien que la robe qui est de fort bon goût. — Tout est bien convenable. — Ah! mon Dieu, que vois-je? La demoiselle a mis des souliers de satin blanc ! — Une chaussure de bal usée pour venir au marché !

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