‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 18 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Brigands de Schiller^ à se servir des mêmes personnages et à retourner le dénoùment du drame en sens contraire. L'idée n'est pas heureuse, et le dramaturge a bien mal inspiré le romancier

Mais il ne faut pas trop insister sur les côtés défectueux d'Hoffmann, sous peine de passer pour un de ces critiques dont le métier est de clierclier les puces sur le corps d'un bel animal et de s'écrier : Encore une puce! encore une! encore une! comme s'ils avaient remporté une brillante victoire. Il reste dans les œuvres d'Hoffmann de si belles créations qu'on peut bien oublier quelques moments de faiblesse, de découragement, de soufirances, de chagrins et de besoins pressants pendant lesquelles ont pu être enfantés trop vivement certains contes.

c( Les Méprises et les Mystères, faisant partie à.^^ Dernières œuvres d'Hoffmann, dit M. Ed. Degeorge, participent plus que toutes les autres nouvelles des défauts qu'on a reprochés à cet auteur. Les personnes qui l'ont connu dans les derniers temps de sa vie disent qu'à la suite des excitations produites par les veilles, le vin, le travail, la maladie et le souvenir d'anciens chagrins, il ne retrouvait son activité qu'en abandonnant son esprit aux impressions comiques, aux points de vue ironiques, à une jovialité fantasque. Il n'était pas fou, comme on a bien voulu le dire; mais du mélange de sa verve artistique et d'une hypocondrie incurable, il était résulté une espèce de monomanie de bouffonneries et de charges. Quand le savant, mais souvent

* On verra dans la notice sur Haimaiohare combien Hoffmann vivait sur le fonds des autres , combien il s'inspirait des auteurs étrangers et même de ses contemporains, Les deux imitations de CazoUe et de Schuier \q prouvent suffisamment.

3i CONTES POSTHUMES.

trop sérieux, trop froid professeur Gerviiius, dans son histoire littéraire {National Litteratur der Deutschen), dit qu^Hoffmann était « trop jovial pour être hypocondre et c( trop hypocondre pour être jovial, » nous croyons qu'il se trompe. Dans une âme d'artiste, mobile et très-active, Fun peut exister avec Tautre. Quelle que soit Tautorité de Gervinus en Allemagne, ses jugements sur le « bon « Holfinann » sont, à notre avis, d'une roideur glaciale. Son antipathie pour Jean-Paul Richter, le maître et le point de départ de tous les fantastiques, Hoffmann, Chamisso, Arnim, Apel, Kruse, Weisflog, etc., rejaillit sur ses disciples, quelque indépendants et originaux qu'ils se soient montrés. C'est un peu le critique {der Recensent) qui, au moment où Pégase part à tire d'ailes vers les régions aériennes de la fantaisie et de V humour , le rappelle pour lui demander s'il ne manque pas un clou à son sabot. »

Cette excellente et chaude appréciation de M. Degeorge se termine par une phrase convaincue et sympathique : « Au nom de Shakespeare, de Cervantes et de Molière, soyons indulgents pour le bon Hoffmann. »

L'Allemagne d'alors accueillait avec plaisir les œuvres d'Hoffmann qui se publiaient dans les diverses revues ; mais l'Allemagne d'aujourd'hui, sauf quelques bons et rares esprits comme il s'en trouve partout malheureusement isolés et en petit nombre, TAUemagne fait fi de son grand conteur. Les Allemands modernes trouvent Hoffmann trop réel; ils lui reprochent ses grosses plaisanteries, ils le traitent de mauvais écrivain, enfin ils le regardent du même œil qu'un membre de Tlnstilut qui

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