‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 19 sur 179 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

recevrait la visite de Faiil de Kock se portant candidai à FAcadémie.

Dans le roman du Petit Zacharie, les pans d'habits de rétudiant Fabian s'allongent démesurément et se rétrécissent des manches par le pouvoir surnaturel d'un magicien :

« Les théologiens ne tardèrent pas à me décrier comme un sectaire^ raconte plus tard rétudiant, et ils se disputaient sur le point de savoir si j'étais de la secte des panthéistes, à cause de mes pans, plutôt que de celle des manichéens , eu égard aux manches* »

Certainement cette bouffonnerie sur les panthéistes et les manichéens y à propos de pans et de manches d'habit, doit être regardée d'un mauvais œil par les philosophes et les théologiens; pour moi je ne dédaigne pas ces fortes plaisanteries qui me rappellent la cuisine allemande, surtout quand elles sont jointes et se rattachent tout d'un coup à des passages d'un ordre plus élevé. Les personnages si comiques d'Hoffmann prennent surtout leur valeur de ce qu'ils se trouvent en regard le plus souvent de types de femmes idéales, sensitives et cependant vraies : Kreisler et la belle Antonia,

En France, Hoffmann fut beaucoup mieux accueilli qu'en Allemagne : le succès fut inouï et il n'a pas baissé depuis 1828, c'est-à-dire depuis près de trente ans. Les écoles les plus diverses accueillirent Hoffmann, le protégèrent , et bien des hommes jeunes d'alors renieraient peut-être aujourd'hui des paroles trop sympathiques en faveur du conteur. A ce titre les quelques lignes suivantes sont curieuses :

(( Les œuvres d'Holfmann sont pour ainsi dire un cours complet de toutes les impressions instinctives de notre âme. Sous ce rapport^ Timagination du romancier n'est pas inutile aux réflexions du philosophe ; elle lui découvre dans notre âme et dans notre intelligence beaucoup de choses dont la raison est toujours tentée de ne pas tenir assez de compte. Il y a pourtant , il faut que la philosophie s'y résigne^ il y a hors du cercle de ses recherches habituelles beaucoup d'idées et de sentiments humains qui tiennent^ Thistoire le prouve^ une grande place dans le monde. Toute philosophie qui les néglige par dédain^ ou qui les nie par esprit de système^ est une philosophie incomplète. »

M. Saint-Marc Girardin prononcerait-il aujourd'hui^ en son cours public à la Sorbonne^ ces paroles audacieuses signées par lui et datées de 1829? J'en doute un peu. Ce qu'il y a de positif^ c'est que la France fut unanime à accueillir les contes d'Hoffmann et à les ranger parmi les chefs-d'œuvre des romanciers qu'elle accueille assez difficilement de l'étranger. Hoffmann fut tout d'un coup classé à la suite de Tabbé Prévost^ de Richardson^ de Diderot^ de Le Sage^, de Cervantes^ de Perrault, de Boccace et du mystérieux auteur des Mille et une Nuits,

Hoffmann avait cet orguei' secret du génie qui se trahissait quelquefois à la surface, quoi qu'en ait dit son ami Funck : le libraire de Bamberg prétend, dans sa notice biographique, qu'Hoffmann était indifférent à la critique; qu'il ne lisait jamais les comptes rendus faits sur les livres, et que louanges et attaques lui étaient également indifférentes. Ce n'est pas tout à fait l'opinion du conseil-

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