CHAPITRE l
De rintroditctlon des» Contes d^Hoffmann en France
En 1823^ il parut deux volumes intitulés Olivier Brusson^ sans signature d'auteur. Le livre n'obtint pas un succès considérable^ et il serait passé tout à fait inaperçu;, si l'anonyme n'eût tenu un certain rang littéraire. A cette époque se débattaient au milieu des romans deux hommes qui y à quelques années de là^ devaient prendre la tête du mouvement littéraire et en changer complètement la face. MM. de Balzac et Victor Hugo, tous deux, armés de la volonté , s'étaient précipités dans la mêlée et avaient à faire un auto-da-fé plus énorme que celui du curé de Don Quichotte. C'étaient des romans de chevalerie, des romans en lettres, des romans d'amours pastorales et champêtres, des romans sentimentaux, pathétiques, attendrissants et larmoyants, des romans de tous les pays; des histoires allemandes, grecques, bohémiennes, hongroises, polonaises, prussiennes, russes, saxones, etc. (S'il fallait
citer le catalogue du fameux libraire Pigoreau ^ dix pages de nomenclature ne suffiraient pas. ) Il y avait encore des romans d'aventure^ des romans de magie ^ des romans de fantômes^ des romans mystérieux^ des romans de brigands et des romans noirs. Le meilleur conseil à donner à un jeune homme qui voudrait débuter dans les lettres avec une vocation médiocre serait de lui mettr entre les mains ce nécrologe de romans et de lui dire : « Lis. Si tu crois pouvoir faire connaître ton nom au public en jetant un volume au milieu de ces volumes^ travaille; mais si tu n'as pas une volonté et une santé de fer;, prends garde d'user ton esprit et ton corps dans des luttes infertiles. »
Olivier Brusson parut la même année que r Anonyme ou Ni Père ni Mère, par A. de Viellerglé Saint-Alme^ mauyaise armure qui cachait le robuste travailleur Honoré de Balzac ; la même année que Han d'Islande, de Victor Hugo^, qui en était déjà à sa seconde édition ; la même année que Ourika, par M*"^ de Duras^ qui tirait son livre seulement à cinquante exemplaires; la même année que Ipsiboé, par M. le vicomte d'Arlincourt^ alors un des rois du roman ; la même année que la Dernière fée, par Horace de Saint- Aubin seconde incarnation de M. de Balzac; la même année que Pen Owen, de Théodore Hook^, romancier anglais^ qui n'a pas eu le succès de Dickens en France; la même année que Thélène ou l'Amour et la Guerre, de Victor Ducange , le romancier favori des grisettes sentimentales ; la même année que Quentin Durward , de Walter Scott; enfin la même année que les Pionniers, de Cooper,