CHAPITRE I
La traduction des auteurs étrangers jouait un grand rôle dans cette année 4823^ et je ne parle ni des romans d'Auguste Lafontaine, ni des imitations de Fanglais^ qui pullulaient alors, ni des œuvres de Ludwigh de Sabaroth, pseudonyme sous lequel se cachait je ne sais quelle cuisinière.
Olivier Brusson^ sans nom d'auteur, sans sous-titre alléchant, comme le Spectre des ruines ou le Solitaire des Vosges y n'eut qu'un faible succès. L'auteur, dans sa préface, adressée à M"*^ Du , disait :
« Pourquoi me demander ce que peut faire, au fond des bois qui environnent Paris, un ermite qui n'a ni remords à subir, ni vieux jours à passer, ni ambition à distraire, ni faveur de la cour à expier ! Je vous envoie pour réponse ces feuilles que j'ai souvent écrites en pensant à vous.
c( Ne me demandez point comment ces aventures sont venues à ma connaissance. Un abrégé des faits écrits dans une langue singulière, sans couleur des temps et sans observation des mœurs, m'avait été remis par un philosophe étranger. J'en ai transcrit cette espèce de traduction en développant, au courant d'une plume souvent distraite, toutes les actions et tous les caractères que j'affectionnais, à mesure que je faisais connaissance avec eux. »
L'auteur anonyme de li ptréiaca^ qui avait sans doute de grands devoirs à remplir, craignant qu'on ne l'accusât àe jouer aux noix^ comme fut accusé Ésope, ajoutait : « Si nos amis s'informent quelque jour de ce que faisaient ^ dans ce même temps ceux de nous qui aiment encore leur patrie et sentent le plus profond regret de ne pouvoir la
servir^ on leur pardonnera d'avoir fait des romans, ne fût-ce que pour détourner leurs regards de Fhistoire qui s'accomplissait sous leurs yeux. »
L'écrivain politique demandant pardon de s'occuper de romans sous la restauration, était M. Delatouche; l'auteur des Faits écrits dans une langue singulière, sans couleur des temps et sans observation des mœurs, était Hoffmann; enfin le livre intitulé Olivier Brusson n'était autre que la nouvelle connue sous le titre de de Scudêry.
M. Delatouche fut attaqué plus tard assez vivement à propos de son roman anonyme ; car dans les lettres tout se découvre tôt ou tard. Les biographes, les commentateurs, les bibliophiles finissent toujours par découvrir les mystères les plus cachés. Sept ans plus tard, un nouveau traducteur, M. Loêve- Weymar, écrivait avec une légère nuance ironique dans sa préface de M^^'> de Scudêry :
(( Olivier Brusson est un emprunt fait à Hofl*mann. Le roman français, petit chef-d'œuvre de genre et de grâce, fut beaucoup loué et beaucoup lu. L'arrangeur anonyme, écrivain brillant, riche d'esprit et de talent, doté de tant d'autres succès, se réjouira sans nul doute de voir restituer au pauvre auteur allemand le fonds qui lui appartient, et qui avait tant gagné en passant par des mains étrangères. »
Touché au vif, M. Delatouche répond :
(( Ce fut M. Schûbart, l'associé de la maison Schûbart et Heideloff, qui me communiqua en 1823, en même temps qu'à M. Rabbe, aujourd'hui regretté de ses amis, et à MM. Thiers, Mignet et quelques autres écrivains vivants, la première version de ilf"^ de Scudéry. Ce travail était celui d'un Allemand que je n'ai pas connu. Sur la question de