‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 26 sur 179 · CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIÏ

de sa position; au contraire^ il ne donnait que ses heures libres à ses études favorites.

Quand quelques-uns de ses amis semblaient avoir pris quelque plaisir à ses productions littéraires^ il jetait de côté ces essais^ sans se préoccuper du soin de les conserver. Il n'aimait point à composer ni à écrire tant que son emploi le tenait; il n'y trouvait ni le temps ni la disposition^ à ce qu'il disait. îl ne lisait non plus que ce qu'il pouvait comprendre vite ou ce qui lui offrait quelque charme dans chaque partie qu'il abordait au hasard. Il aimait toujours à faire ce qu'il pouvait reprendre à plaisir; son inconstance était incroyable. Il était donc naturel que^ parmi les auteurs allemands^ il préférât Hippel^ son compatriote^ et Jean-Paul Richter.

Lorsqu'on organisa la province de Posen^ le pays fut inondé d'employés prussiens; Hoffmann lui-même fut nommé assesseur du gouvernement provincial de Posen (1800); au bout d'un an^ il fut nommé pour une autre ville; enfin (1803) , il reçut la place de conseiller du gouvernement de la province^ à Varsovie. La Pologne présenta alors un spectacle curieux; la capitale était continuellement agitée et animée par les éléments les plus différents; HofiPmann y trouva donc bien des choses à observer^ à examiner et à faire ^ ce qui lui convenait parfaitem^ent. 11 se monta une maison à son goût, mena une vie fort agréable; il travaillait beaucoup^ non pas avec persévérance mais par moments; ses supérieurs étaient contents de lui^ l'avenir s'ouvrit donc pour lui brillant et heureux. Il se maria à une jeune Polonaise et trouva des amis pleins d'esprit^ MM* Hitzig et Zacharie Verner^ qui

y étaient également employés; son amitié pour ce dernier ne dura cependant pas^ comme on peut le voir dans ses « F^'ères de Sérapion, »

A peine Hoffmann s'était-il bien établi dans ces conditions heureuses que (1806) les événements graves survenus en Prusse et en Pologne Fentraînèrent dans le tourbillon général. Tous les employés prussiens furent congédiés sans aucune rétribution ni pension et sur-le-champ. Hoffmann^ qui n'avait jamais songé à mettre quelque argent de côté^ et qui n'aurait même pu le faire^ vu les frais des changements fréquents de domicile, perdit donc tout à coup son emploi, ses ressources, son avenir et même le droit de résidence à Varsovie; mais il ne perdit ni le courage, ni la tête, ni sa bonne humeur. Parti pour Berlin, il se décida bien vite à faire un métier de l'art qu'il avait toujours cultivé en simple amateur; il résolut de donner des leçons de musique. Des hommes considérés, auxquels il confia son plan, lui furent utiles, surtout M. Richardt, de Kœnigsberg; mais la situation gênée et incertaine de la plupart des familles riches, et le nombre excessif des maîtres de musique déjà établis à Berlin ne permettaient guère de compter que sur le strict nécessaire. Comme toujours, Hoffmann trouva du courage et de l'énergie dans l'embarras. Ne sachant pas combien de temps il avait à lutter contre les difficultés de sa situation exceptionnelle, il attaqua sans hésiter les plus grands obstacles de son art, les études et les exercices de composition les plus difficiles. Après avoir étudié profondément le Requiem de Mozart, il écrivit également un Requiem, conçu dans le même style, dans la seule intenuon de se

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