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perfectionner. Jamais il n'a fait exécuter cet ouvrage ; il n'y songea même pas, mais il me Pa communiqué plus tard ; je puis dire que cet ouvrage, malgré le cachet d'imitation qu'il porte, ne manque ni d'originalité, ni de force, ni de chaleur : quant à la composition elle-même, elle est admirable, si Ton pense quelle tâche difficile Hoffmann avait entreprise pour son premier essai.
Ainsi Hoffmann passa deux ans dans la gêne , fatigué du métier de courir le cachet en ville, mais toujours content de l'activité qu'il avait choisie à son goût, toujours de bonne humeur et de bon courage. Le comte Soden, qui (1808) établit à Bamberg un théâtre permanent, l'engagea comme directeur de musique. Quel bonheur ! quelle joie ! que ne pensait-il pas faire avec cette joyeuse bande d'acteurs alerte et entreprenante ! Hoffmann s'occupa de tout; on essaya le genre héroïque, le comique, la farce et le tragique ; les histoires des saints même, le ciel et l'enfer furent représentés d'après les vieux tableaux d'Église, et le tout fut reçu à merveiJle par la foule, tant que les méchancetés de la critique ou l'orgueil de quelque caste puissante ne l'égara. Malheureusement, tout cela ne dura point longtemps. Hoffmann, pour faire marcher son entreprise, dut dans sa petite figure réunir tout, le poëte, le compositeur, le directeur de musique, le régisseur et le décorateur, et Dieu sait quoi : ce qui lui procura l'occasion de recueillir les matériaux pour son petit ouvrage : « Les Souffrances et les Joies d!un directeur de théâtre, » Enfin, la machine s'arrêta tout court ; les joyeux acteurs s'envolèrent de côté et d'autre ; Hoffmann, se plaignant en riant, se demanda : « Eh! que faire?» On ne pouvait
giières écouter quelque chose de plus comique que le récit qu'Hoffmann nous fit plus tard , gesticulant comme un vrai acteur^ de Fliistoire de la débâcle générale.
La situation de notre Hoffmann n'était alors cependant pas aussi plaisante qu'il sut la représenter plus tard; il n'avait ni existence^ ni moyen de s'en créer. Pendant quelque temps^ il se laissa remorquer par quelques jeunes gens riches qu'il payait par ses causeries toujours spirituelles et gaies. Si même une telle situation avait pu durer ^ il ne l'aurait pas supportée; son noble caractère^ son intelligence supérieure ne le permettaient point. C'est alors qu'il écrivit sa lettre au rédacteur du Journal musical de Leipzig; je dirigeais cette gazette^ mais Hoffmann m'était complètement inconnu^ même de nom. Je possède encore cette lettre ; elle est pleine d'esprit écrite d'un style brillant et gai, comme tout ce qu'Hoffmann a écrit.
Il y raconte toute sa vie telle que je viens de l'esquisser, sa dernière catastrophe^ son embarras de n'avoir rien, de ne rien être, de ne pas savoir où aller, que devenir. Sa lettre termine du même ton gai et spirituel par la demande adressée au rédacteur du journal, de lui conseiller ce qu'il devait faire, « car, dit-il, il est clair qu'il fallait faire quelque chose et sur-le-champ; la faim fait mal, au. moins à sa femme. » « Seulement, continuait-il, il ne subirait pas le plus grand malheur, celui d'accepter de l'argent qu'il n'eût gagné; mais qu'il voulait travailler, faire tout, même écrire ce que l'on nomme des inutilités, ou ce qui l'est à peu près , c'est-à-dire de composer de la musique; qu'il envoyait en même temps son Requiem comme échan-
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tillon de ce qu'il savait faire. » Le rédacteur parla à l'instant au propriétaire du journal qui entra dans l'affaire et promit à Holfmann Flionoraire que son journal permettait d'offrir. Je répondis immédiatement. Je priai Hoffmann d'écrire dans le genre de sa lettre; je mis le journal à sa disposition et lui communiquai les offres de l'éditeur; pour le contenter^ et en même temps pour mieux connaître sa force Je lai précisai les sujets suivants : faire un roman ou la caractéristique d'un musicien qui^ à un âge avancé^ deviendrait fou (comme par exemple Friedmann Bach^ depuis qu'il menait une vie de vagabond^ tout en restant dans son art artiste généreux et grand , mais seulement obsédé par une idée fîxe^ la même idée fixe de Friedmann Bach^ qui se croyait occupé par Pâme de son père condamné à cette vie pour être puni de rudes leçons qu'il avait données à ses fils espiègles) ; ou l'idée d'être Mozart ou Haendel; je l'engageai à en faire un tableau plein de vie^ amusant^ et qui serait à la portée de l'intelligence de notre public. Je lui adressai en même temps la 'grande symphonie en mi-bémol de Beethoven en partition^ qui se trouvait alors dans les mains des graveurs de musique; je le priai de m'envoyer sur cette composition une critique qui^ du reste ^ n'était pas bien nécessaire pour l'œuvre d'un si grand maître ^ ou de faire le sujet d'une Fantaisie à propos de ce chef-d'œuvre^ telle que son génie le lui inspirerait. Au bout de dix jours tout arriva à Leipzig ; les lecteurs se rappelleront avoir lu dans le Journal musical d'alors : « Les Observations sur la Symphonie de Beethoven^ Le Maître de chapelle Jean Kreisler, » ou bien les c( Morceaux fantastiques à la Callot, » Qu'ils se rappellent
également que ces publications étaient les premiers essais d'Hoflfmann^ et ils sauront apprécier sa productivité énorme.
Hoffmann écrivit encore plusieurs articles pour le Journal musical; ceux que nous venons de nommer sont cependant les plus importants; il resta fidèle au journal tant que d'autres gazettes ne lui offrirent pas d'hoiloraires plus brillants; ce qui arriva quand sa réputation grandit et qu'il fut obligé de gagner beaucoup d'argent, parce qu'il en dépensait beaucoup.
En attendant, Hoffmann était resté à Bamberg, Mais il arriva que peu de temps après que la troupe d'opéra qui, pendant l'été, jouait au bain près de Dresde, mais à Leipzig, pendant l'hiver, perdit son directeur de musique; Hoffmann fut appelé à sa place ; on lui assura des appointements plus considérables qu'il n'en eût demandé sans sa nonchalance; il s'empressa d'accepter et d'accourir (1812).
Les événements de la guerre , à Dresde , où Hoffmann devait rejoindre la société de comédiens, firent plutôt une impression heureuse qu'inquiétante ou décourageante sur son esprit impressionnable et sensible à tout ce qui était vraiment grand et nouveau. Il courait partout où il pouvait voir quelque chose de remarquable ; les dangers ne l'effrayaient point ; les devoirs de son nouveau poste ne furent cependant pas négligés. Dans l'automne de la même année il se rendit à Leipzig, où je le vis pour la première fois; depuis, sa conversation pleine d'esprit et d'entrain, son enjouement et sa bonne humeur inépuisables m'ont souvent charmé. Pendant ce voyage, il arriva que a