CHAPITRE
lourde diligence de poste versa avec tout le bagage qui l'encombrait. Hoffmann s'en tira avec une blessure trèslégère y mais sa femme fut grièvement blessée à la tête et obligée de garder le lit pendant plusieurs mois.
Malgré ce malheur^ Hoffmann se sentit heureux chez nous^ à Leipzig^ et plus tard^ Tété suivant^ à Dresde.
Revenu à Leipzig, il montra son caractère difficile visà-vis des personnes avec lesquelles il était obligé de vivre ; il se disputa d'abord avec les artistes, puis avec le directeur, qui, peu capable il est vrai, mais honnête et loyal, ne perdait pas facilement sa patience flegmatique; mais enfin qui n'y put tenir plus longtemps. Après une scène violente entre ces deux hommes, Hoffmann quitta sa place tout à coup.
Il ne réfléchit point que des armées formidables se concentraient près de la ville; tout le monde devait alors ménager ses ressources , et la goutte le menaçait sérieusement. Pendant les journées de la grande bataille, nous avions pleinement à nous préoccuper de nos propres affaires, ce qui fit que je ne le vis pas. Au bout de quelques semaines seulement , j'allai lui rendre visite. Je le trouvai dans la partie la plus triste de la ville, dans un mauvais garni , dans la dernière chambre de Fauberge : là je le vis sur un lit misérable, à peine protégé contre le froid, les jambes gonflées et contractées par la goutte. Sa femme se tenait silencieuse et triste au chevet de son lit ; devant lui il y avait une planche sur laquelle il paraissait travailler. « Mon Dieu ! m'écriai-je, comment cela va-t-il? » — (( Cela ne va pas du tout, dit-il; cela est couché et assez accroché. » — « Que travaillez-vous là, mon ami ?» — « Des
caricatures sur Napoléon et ses maudits Français^ dit-il; on me paye... mais il faut que j'invente^ dessine et colorie tout cela. Et pour chaque pièce le... Favare me paye un ducat. » Effectivement^ la plupart des gravures qui parurent alors sont d'Hoffmann. Alors il me débita de bonne humeur rhistoire de la semaine^ mêlée de réflexions de tout genre ; c'était un récit qui eût pu vous faire pleurer et rire à la fois ^ vous remplir d'admiration et de pitié... Nous fîmes immédiatement tout ce que nous pûmes; il laissa faire y sans trop s'en occuper^, ce qui était tout à fait de son caractère.
De son lit de douleur, déchiré par les attaques de la goutte dont il se moquait^ il écrivit au prince Hardenberg^ chancelier d'État de Prusse , qui avait suivi les armées victorieuses à Paris ^ pour lui demander d'être installé dans son ancienne place; le prince lui fit promettre^ peu de semaines après^ de faire tout son possible et lui envoya des secours. Hoffmann, qui me montra la lettre, s'écria plein de feu et d'espoir : « Eh bien ! voilà que Ton ne me laissera pas crever comme un chien! Ah! ces messieurs nous doivent bien tout ce qu'il leur est possible , puisqu'au lieu de jouer nos cartes à nous, nous les aidons à faire leur jeu. »
C'était au commencement du printemps, sa santé s'améliora , et l'accomplissement de la promesse du prinee ne se fit point attendre.
Hoffmann fut nommé conseiller à la cour royale de Berlin, où il partit immédiatement. Lors de sa dernière visite chez moi , il s'emporta contre une critique de ses a Esquisses fantastiques , » qui avait paru dans la Gazette