‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 4 sur 179 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

savoir^ après la lecture de sa version peu française^ comment le futur éditeur pourrait trouver un livre dans ce conte^ il fut décidé que j'étais le moins impropre à retoucher cette première ébauche. Mais^ direz-vous^ pourquoi manque-t-il au frontispice à! Olivier Brusson le nom de Fauteur original ? Parce que nous Tignorions tous^ Monsieur. Hoffmann était^ en 1823^ parfaitement inconnu en France. »

M. de Balzac se trouva à peu près dans le même cas; mais je trouve plus de bonne foi littéraire dans sa préface que dans celle de M. Delatouche.

« Au début de la vie littéraire de Fauteur^ écrivait M. de Balzac dans la préface de VÉlixir de longue vie, un ami, mort depuis longtemps, lui donna le sujet de cette étude, que plus tard il trouva dans un recueil publié vers le commencement de ce siècle; et, selon ses conjectures, c'est une fantaisie due à Hoffmann, de Berlin, publiée dans quelque almanach d'Allemagne, et oubliée dans ses œuvres par les éditeurs. La Comédie humaine est assez riche en inventions pour que Fauteur avoue un innocent emprunt; comme le bon La Fontaine, il aura traité d'ailleurs à sa manière, et sans le savoir, un fait déjà conté. »

Les œuvres d'Hoffmann avaient beaucoup de peine à entrer en France sous leur véritable titre. En 4829, le libraire Mame publiait « VÉlixir du Diable, histoire tirée des papiers du frère Médard, capucin, publié par G. Spindler, et traduit de l'allemand par Jean Cohen. » C'était sans doute la fantaisie du libraire qui imposait le nom de Spindler à ces quatre volumes , car le traducteur ne pouvait ignorer que le roman fut d'Hoffmann.

LÉlixir du Diable, qui n'a rien de commun avec UÉ-

Iixi7' de longue vie de M. de Balzac,, est un médiocre roman.' Il doit dater de la jeunesse d'Hoffmann, qui^ ainsi que beaucoup de grands écrivains^ fut long à se trouver. On reconnaît dans ce livre Finfluence de trop grandes lectures du romancier LeAvis, LlÉlixir du Diable est plus faible que le roman trop vanté du Moine : seul, le deuxième cbapitre du tome second permet de reconnaître Fauteur des Conter fantastiques. Regardez entrer cette figure comique « qui avait un nez pointu et rouge, deux petits yeux étincelants, un menton d'une longueur démesurée et un toupet frisé d'une hauteur immense, qui se terminait par derrière en une coiffure ronde. Ce singulier personnage portait en outre un large jabot, un gilet d'un rouge éclatant, au-dessous duquel retombaient deux longues chaînes de montre, un pantalon, un frac trop large en certains endroits et trop étroit en d'autres, de sorte qu'il n'avait pas Tair d'être fait pour celui qui le portait, a

N'est-ce pas là une bonne caricature?

c( L'étranger entre en faisant un grand nombre de révérences. 11 tenait à la main son chapeau, une paire de ciseaux et un peigne : « Monsieur, dit-il, je suis le coiffeur de la maison, et je viens vous offrir mes services, mes inappréciables services. » Le moine défroqué lui demanda s'il oserait entreprendre de remettre en ordre ses cheveux déformés par un long voyage et le défaut de talent de celui qui les avait coupés en dernier lieu. Le coiffeur examina la tête avec des yeux d'artiste, et répondit, en tenant sa main droite posée avec grâce et les doigts arrondis sur sa poitrine : c( Remettre en ordre 1... G Dieu ! Pietro Belcampo, on te méconnaît ! Mais ne places-tu pas toi-même la

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