CHAPITRE m
pour montrer tout à coup une voracité insatiable ^ ou plutôt un penchant pour la boisson, auquel il s'abandonna tant que sa bourse le lui permettait et sans le cacher; quant à son caractère officiel et à son activité comme juge, je ne sais que ce que les journaux nous ont appris. Harassé de besogne , il se distingua par ses travaux et en fut généreusement récompensé. Il fut même nommé membre de la commission que le chancelier institua pour rinstruction du procès contre les « intrigues » des démocrates ; il dînait souvent chez le chancelier.
En outre , les honoraires qu'on lui payait pour ses publications étaient alors considérables ; les libraires s'arrachaient ses manuscrits ; Hoflmann pouvait donc se laisser aller à sa passion, que nous déplorions tous, et accepter les invitations de quelques salons qui tenaient à briller avec son esprit , avec sa réputation, qu'il s'était conquise par le caractère original de ses livres, par la forme particulière qu'il savait prendre , par la nature des sujets qui alors intéressaient beaucoup le public.
On lui demanda du nouveau, du bizarre. On excita au plus haut degré son esprit impressionnable, qui n'avait pas d'appui dans un caractère flexible. Hoffmann travaillait donc, souvent dans un état d'agitation, le plus souvent au cabaret ; il devait arriver où il arriva.
A peine avait-il passé huit ans à Berlin , à l'âge de 47 ans, il mourut le 25 juin 1822. Sa dernière maladie fut courte, mais terrible; il la supporta, elle et les tentatives douloureuses pour Ten guérir, avec courage, même avec ironie, et resta jusqu'à son dernier souffle sans perdre la conscience ni la bonne humeur*
On s'étonnera certainement de tant de qualités d'esprit que sa nature avait prodiguées à Hoffmann; ceux qui le connaissaient plus intimement savent aussi quelle était son énergie et son élan moral ^ mais surtout sa persévérance opiniâtre^ par lesquelles il réussit à se faire admirer. Quant à Tusage qu'il en fît ^ à leur développement^ Hoffmann était un enfant de son époque, en tant que répoque cherche Pextrême dans les directions les plus •diverses. Son époque Ta conduit, et il s'est complètement laissé dominer par elle; mais Tépoque Ta élevé, porté, consumé.