CHAPITRE IV
«duelque.^ traita sur la caractériistlque d'Hoffmaun ^ par ëon ami Funek.
Il n'y a pas un ami d'Hoffmann qui n*ait laissé à sa mémoire quelques pages touchant ses habitudes, ses goûts artistiques et sa manière de vivre. Ces souvenirs montrent quels regrets emporta le romancier et la religion qu'il inspira à ses amis. Le morceau le plus curieux, parce qu'il est raconté simplement et avec bonhomie, est assurément celui qu'a écrit le libraire Funck.
M. Loëve-Weymar , dans le tome XX des prétendues OEuvres complètes d'Hoffmann , a donné deux ou trois fragments très-courts de cette biographie curieuse; mais il a supprimé à mon sens les passages les plus intéressants^, tels que la façon de vivre dans le monde du grand conteur, son humeur inquiète et maligne vis-à-vis des femmes, la manière comique dont il chantait ses propres œuvres, et, ce qu'il y a de plus intéressant dans tout écrivain , la relation de sa vie domestique et de ses sentiments de foyer.
Hoffmann était d'une très-petite stature; son teint était jaunâtre^ ses cheveux bruns et presque noirs ; ils croissaient très-bas sur son front ; ses yeux gris n'avaient rien de remarquable quand il regardait tranquillement devant lui ; mais quand il les clignait, ils prenaient une expression excessivement rusée. Son nez était fin et recourbé^ et
sa bouche vigoureusement close. Son corps ^ malgré Tagilité de ses mouvements^ paraissait robuste pour sa taille^ car il avait une large poitrine et de larges épaules. Pendant la première période de sa vie il s'habillait assez élégamment sans être recherché^ seulement il paraissait faire grand cas de ses favoris^ qu'il laissait croître avec soin jusqu'aux angles de sa bouche; plus tard son uniforme^ avec lequel il ressemblait jusqu'à un certain point à un général français ou italien^ lui procura de douces satisfactions.
Ce qui frappait dans son extérieur,, c'était une vivacité extraordinaire dans tous ses mouvements, qui allaient jusqu'à l'extrême quand il racontait. Rencontrait-il quelqu'un ou lui disait-il adieu, il faisait des salutations répétées en s'inclinant brusquement , très-rapidement , sans remuer la tête ; sa politesse avait quelque chose de grimaçant, et pouvait passer facilement pour de Tironie, si l'impression que faisaient ces gestes singuliers n'avait pas été adoucie par l'expression affectueuse de son regard.
Il parlait avec une rapidité incroyable et une voix un peu enrouée , en sorte que, surtout pendant les dernières années de sa vie, où il avait perdu quelques dents de devant, il était difficile à comprendre. Lorsqu'il racontait, c'était toujours en phrases très-courtes; mais quand la conversation tombait sur l'art et qu'il s'enthousiasmait, ce qu'il cherchait à éviter cependant, il parlait en longues périodes belles et arrondies. S'il lui arrivait de lire de ses travaux, soit en littérature, soit en jurisprudence, il passait si rapidement sur ce qui était le moins important, que ceux qui Fécoutaient pouvaient à peine le suivre.