CHAPITRE iV
Dans ses affaires littéraires , il y avait déjà beaucoup moins d'ordre ; quand il voulait lire à l'un de ses amis un passage de manuscrit ou d'une lettre quelconque^ il ne pouvait jamais trouver ce qu'il cherchait^ à moins que sa femme ne s'en mêlât. Il ne se soumettait à aucune régularité pour les heures de travail; cependant^ vers la fin de sa vie, lorsqu'il n'écrivait absolument que des contes pour les keepsakes, il avait pris l'habitude de suivre une certaine succession dans ses livraisons, qui était basée sur Fancienneté de la commande de l'éditeur. Comme pendant les derniers jours de sa maladie il ne pensait rien moins qu'à la mort, il se réjouissait en parlant du nombre d'années auquel remontaient déjà plusieurs de ces commandes.
Les sujets de ces histoires, il les prenait ou dans son imagination, dans la vie réelle (et son habitude de fréquenter continuellement les endroits où allait la foule lui fournissait toujours de nouveaux caractères), ou dans des chroniques qu'il parcourait dans ce but. Il est véritablement admirable de voir avec quelle facilité il savait se procurer des connaissances exactes sur le monde des professions, et comment il savait s'assimiler les termes des sciences qui lui étaient complètement étrangères. Il les employait d'une façon telle, que le lecteur pouvait croire qu'il possédait dans ces branches des connaissances réelles, ce qui avait quelque chose de vrai, car pendant sa vie il avait essayé de touti
11 était entièrement indifférent à la critique de ses ouvrages; il ne lisait pas les journaux, et quand on lui parlait du compte rendu d'une de ses œuvres, qu'il fût louangeux
OU acrimonieux^ il ne montrait aucun désir de le lire. En revanche, il était heureux quand ses travaux plaisaient à ceux de ses amis de Topinion desquels il faisait quelque cas. Il acceptait de leur part même les observations qui étaient contraires à ses vues^ mais il fallait^ pour cela^ qu'il sût que ses amis le comprenaient. Jamais il n'a résisté à un jugement d'Hitzig ni d'Hippel; le premier était sa plus ancienne connaissance à Berlin, et lui disait ouvertement tout ce qu'il pensait. Sans doute il ne cédait pas pour un ouvrage nouvellent paru, mais il lui arrivait six mois plus tard de dire : « Vous aviez raison, je tâcherai de faire mieux. » C'est ainsi qu'il avouait, pendant ]a dernière semaine de sa vie, combien il avait dû faire de tort à sa réputation par quelques-uns de ses contes qu'il fit paraître dans le Calendrier illustré de Berlin, dans le Keepsake de Gleditsch; il avait l'intention, dans la troisième partie du matou Murr, de donner satisfaction à ce propos au public , mais il était trop tard , de même que pour bien d'autres bons vouloirs.
Hoffmann était un enfant de son époque , en tant que l'époque cherche l'extrême dans les directions les plus diverses. Son époque l'a conduit et il s'est complètement laissé dominer par elle. L'époque l'a élevé, porté et consumé. C'est avec cette belle pensée que Rochlitz finit son excellent article sur lui, et Funck ne trouve rien de mieux non plus pour terminer.