CHAPITRE V
JExtraii» du livre «le note» cl^Hoffmann pendant la dernière année de ^a vie. — Non testament.
Est-il un bonheur pareil à celui d'être reçu par l'homme de génie dont on admire les œuvres ; surtout s'il est simple^ s'il parle avec orgueil de ses travaux futuFS^ s'il vous dit les livres qu'il étudie^ s'il vous raconte le moindre incident de ses lectures, ses projets pour l'avenir^ ses plans^ sa méthode de travail? Mais cette jouissance est réservée bien peu d'enthousiastes^ devant lesquels l'homme de génie se tient prudemment sur la réserve. Dans sa jeunesse^ il était confiant et prodigue de ses discours^ mais la méchanceté des hommes lui a appris à se taire; le monde l'a flgé^ pour ainsi dire. S'il reçoit quelqu'un^ il est poli^ suivant les lois de la société^ mais il garde un masque et il faut des années de liaison intime avant qu'on le connaisse.
M'"'' Hoffmann^ sur laquelle les renseignements manquent malheureusement, nous a révélé son mari, le grand conteur, mieux que si elle avait essayé une biographie. Conseillée sans doute par Hitzig^ elle a ramasièé tous les
papiers qui encombraient le cabinet de son mari\ La femme et Fami ont bien mérité des admirateurs d'Hoffmann, en donnant le cahier de notes, précieux dépositaire des idées que la mort n'a pas permis de dorer. Par ce cahier, on peut suivre Tordre de la création dans le cerveau d'Hoffmann. Le livre de notes est plus curieux qu'une visite faite à Hoffmann. Voici d'abord Fidée d'un conte, ou plutôt d'une histoire faisant partie d'un conte :
« Comme un médecin croyait que les souffrances de son malade provenaient du ver qu'il portait dans le corps, il le traita en conséquence jusqu'à ce que le ver sortît véritablement. C'était un ver d'une toute nouvelle espèce, un affreux monstre ayant une foule de pattes, et qui reçut un nom nouveau. On lui donna le nom du médecin pour honorer Fopérateur. A la fin, il fut découvert pourtant que le ver qui n'avait pas été digéré était une tige de rosier. »
Quelquefois Hoffmann , venant de lire un auteur dont la forme de récit lui parait nouvelle , écrit : « A faire le veilleur de nuit, une mystérieuse personne qui raconte des aventures nocturnes. » Et entre parenthèse on lit^:
* C'est avec bien du plaisir que j'ai entrepris la présente édition en cinq volumes , en conformité du désir de tout le monde , pour compléter l'édition des œuvres choisies de mon défunt mari , donnée par M* Reimer, à Berlin, au moyen de ses derniers contes et de sa biographie due à la plume de son ami, M. le docteur Hitzig, directeur du criminel. Je me félicite d'avoir été mise à même , par la bonté de M. Funck, de Bamberg, de faire d'importantes adjonctions aux éditions anciennes desdites œuvres, et je souhaite que dans cette forme rajeunie, elles trouvent un accueil aussi favorable que celui dont elles ont joui dans leur forme primitive.
« Il sera agréable aussi pour une grande partie du public, que les cinq volumes soient livrés comme une œuvre à part , car ils forment en effet un tout ind pendant.
« MlCHAÉLlNE, veuve HoFFMANN, liée RORER.
v« Berlin, le juillet 1839. »