‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 40 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

{Diable boiteux). Évidemment ]e roman de Le Sage lui semblait bon comme patron ; mais combien Hoffmann eût su s'approprier cette idée et la rendre toute personnelle !

Sous le titre de Fable, il a jeté sur son cahier une belle pensée : « Tout le monde a devant soi une poche pendante dans laquelle il place les défauts de son voisin , et une autre poche derrière soi ^ dans laquelle il met les siens propres. »

« Les chiens aboient à la lune, par envie ^ comme on dit. se demande Hoffmann. La cause de cela? (à trouver.) »

Il lisait beaucoup et se plaisait à établir des rapprochements curieux entre des auteurs qui semblent n'en avoir aucun. (( De Cardani^ merveilleux portrait de lui-même. BaylOj comparer avec le portrait du neveu de Rameau,, de Diderot. » En effets, il y a dans le De Vita propria de Talchimiste Jérôme Cardan quelques points de cynisme orgueilleux qui ressemblent au caractère du musicien Rameau neveu.

Les quatre lignes suivantes font sourire et sont pourtant pleines d'intérêt. 11 faut comprendre la joie des auteurs qui ont tant de plaisir à se voir imprimés^ même ceux qui produisent beaucoup. Jean-Paul Richter, qui a écrit quatre fois plus qu^Hoffmann , avait conservé cette précieuse naïveté qui est le pendant des paysans à la vue d'une douzaine d'enfants. Ce n'est pas de l'orgueil; Jean- Paul et Hoffmann ne se plaisaient pas à se relire, j'en suis certain : ce sont les immenses bonheurs de la création, si pénible comme enfantement. Jean-Paul Richter et surtout Hoffmann avaient eu une peine infinie à se faire éditer par les libraires allemands*

c( Situation d'un heureux auteur. 11 se dirige dans un petit cabriolet vers la foire de Leipzig; derrière lui suivent de six à huit énormes voitures chargées de ballots. Ce sont ses œuvres complètes. »

Hoffmann connaissait le français et se servait quelquefois dans ses contes de mots populaires qu'il inscrivait sur son carnet. Ainsi : « Maquignon, quelqu'un qui trafique des chevaux. »

« Une femme^ à l'article de la mort^ avoue à son mari qu'elle lui avait été infidèle. A cela le mari répond : Une confidence en vaut une autre; je t'ai donné du poison^ tu meurs empoisonnée parce que tu m'as été infidèle. »

Voici quelques notes sur l'art dramatique : « 11 y a des artistes qui ressemblent à Paillasse^ lorsque cehii-ci prend un grand élan et s'arrête tout à coup sans sauter. Ce sont les comédiens sans vrai génie, qui empruntent un extétérieur fastueux, mais creux à l'intérieur. Ils prennent facilement l'élan; la nature seule prête la force pour le saut. Aussi ces comédiens en restent-ils toujours à l'élan sans sauter. »

c< Les sauts et cabrioles de nos danseurs modernes rappellent très-vivement l'ingénieuse manière dont les Arabes se servent pour dresser leurs chameaux à danser. Les susdits chameaux sont conduits sur un plancher de métal sous lequel un feu est allumé. Comme le métal s'échaufle de plus en plus, ces animaux lèvent leurs gracieuses petites pattes de plus en plus haut, et toujours plus haut et plus confusément, à mesure que la chaleur monte; de sorte qu'enfin ils planent dans les airs avec leurs quatre pattes. Cela est vraiment très-joli à voir, et plus d'un Eu-

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