‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 41 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ropéen maître de ballet^ à Taspect de cette pure nature^ peut devenir enthousiaste »

(f Les pantomimiques convulsions du monotone ou tout à fait muet comédien pourraient^ puisque la convulsion se montre principalement dans les mains, être appelées des cris de mains. Le spectateur devient par là dans Tinquiète situation d'un sourd qui voit seulement les mots sans les entendre, ou tout au moins sans les comprendre. »

Hoffmann est souvent sérieux comme un moraliste par ses observations : « Le charlatan, dans le Mariage à la mode, d'Hogarth, se sert d'une machine très-compliquée, bâtie avec d'ingénieux leviers, des poids, des roues, des cylindres, des culasses, etc., etc., pour tirer un bouchon de bouteille. Le bouchon s'élève à peine de l'épaisseur d'un cheveu, que la bouteille enfermée dans la machine est brisée en mjlle pièces. Certaines inventions ressemblent à cette machine. Avec les dépenses de riches forces, avec de prodigieuses dispositions, au lieu de la simple opération que l'on a en vue de produire, on arrive à détruire le tout sans retour. »

« Un vieux maître de musique disait d'une demoiselle qui jouait du piano sans esprit et sans âme : — Dieux! s'il pouvait pourtant pousser à cette gracieuse demoiselle des mains dans ses gants. »

La note suivante est une satire très-fine contre les poètes médiocres. « En faisant l'éloge du kaléidoscope, il devient nécessaire, eu égard à la belle union de l'agréable avec l'utile, de montrer que la fantaisie de l'imprimeur de toiles de coton et du fabricant de gilets peut s'élever aux modèles les plus inouïs. Un joyeux cerveau de mécanicien ne de-

vrait-il pas pouvoir inventer nn kaléidoscope pour les poètes useurs de presses. Les plus petites pensées^ les plus ordinaires, les plus misérables 3, les plus usées n'auraient qu'à y être jetées convenablement remuées et secouées^ pour se réunir dans les plus étranges images. Le poëte n'arriverait-il pas à un joyeux étonnement^ à un bruyant enthousiasme^ en voyant arriver des pensées auxquelles il n'avait pas du tout songé? — Pourtant^ sur nos théâtres^ il se fait^ je pense , beaucoup de choses à la manière kaléidoscopique. »

Je passe certaines notes fort intéressantes pour Hoffmann et sans intérêt pour nous; quelquefois ces notes abréviatives renferment des plaisanteries impossibles à traduire^ quelquefois elles ne sont que des souvenirs des lectures^ avec le chiffre des pages indiquées. Hoffmann avait pensé à se servir du fameux type de Tiel Ulenspiegel^ qui fit longtemps la joie de nos aïeux en France^ avant le Pantagruel, En tête Hoffmann a écrit : « Pour un almanach^ » songeant seulement à écrire quelques pages sur la donnée suivante : c( Tiel Ulenspiegel était enchanté lorsqu'il gravissait une montagne^ parce qu'il se réjouissait d'avoir à la descendre y et triste lorsqu'il descendait une montagne^ parce qu'il redoutait le moment de la remonter. Quel mal va donc m'arriver aujourd'hui, que je suis en si joyeuse humeur? Quelle joie m'attend donc, que je suis si abattu par la tristesse ? »

L'idée est charmante, et cependant Hoffmann écrivait à la suite : « Est-ce digne »d'un almanach? »

Dans ce cahier de notes, il est curieux de suivre la méthode de travail d'Hoffmann, la manière dont les idées lui

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