CHAPITRE V
venaient au cerveau et les plans qu'il couchait sur le papier afin de ne pas perdre les idées qui paraissent sans importance^ peut-être à un lecteur frivole^ et qui^ mùrieS;, bercées longtemps dans le cerveau^ en sortaient aussi magnifiquement habillées qu'elles y étaient entrées pauvres et nues.
Les Semaines de plaisir de Jacob Snellpfeffers avant la noce sont un titre complet et réussi. Le titre entrait sans doute pour beaucoup dans la manière de composer d'HolFmann. Un heureux titre ^ ou du moins qui semble tel à Tauteur^ le délasse du pénible enfantement de la création^ plus pénible encore quand des faits s'enchevêtrent^ se groupent sans résulter d'un commandement bienveillant : car le titre ^ quand il est bon^ est un général habitué à la victoire sous lequel les soldats marchent avec plaisir^ certains de vaincre. .Voici donc quelques idées qui s'élançaient gaiement à la suite de Jacob Snellpfefiers : « (Parenthèse : — Ici peut être employée la description d'une promenade à travers un jardin. — Bouderie, — berceau de verdure, — buisson d'épines, etc., etc. Par exemple : Berceau de jasmin pour les amants, — auteurs pleins d'idéal, etc., etc. — Snellpfefi'ers ne pourrait-il pas être divisé en cahiers, au lieu de l'être en chapitres?) » Tel est le prologue du conte conçu entre ces deux parenthèses. Je ne sais si l'enthousiasme m'égare, mais ces quelques notes sont pleines de fraîcheur pour moi; je lis le prologue du conte comme s'il était écrit. Lavater prétendait qu'en retrouvant les petits ossements d'un squelette, il était certain de retrouver les vices ou les vertus de celui qui avait appartenu à ce petit os; j'en dis autant de ces notes qui.
aypc la fréquentation que j'ai d'Hoffmann^ avec peut-être la couleui^ que leur donne le joli titre ^ et pourtant bien simple^ les Semoines déplaisir de Jacob Snellpfeffers avant la noce, auraient certainement produit une œuvre remarquable. Quant aux détails qui suivent^, leur place dans le drame n'est pas assez accusée pour que quiconque se fasse une idée de ce qu'Hoffmann en voulait faire. « On pourrait^ dit le romancier^ lui donner un caractère remarquable. Éducation. Ne pas oublier le recteur Wannowski. » Puis il termine par ce simple mot à la ligne : « Secrets. »
Le dernier fragment de ce cahier de notes est d'une grande tristesse.
c( Ne pas oublier^ dicte-il^ période de maladie de janvier^ février^ mars^ avril. » Par cette note, il espérait se souvenir des pensées qui assiègent le malade au lit. Deux mois après il était mort. « Ne pas oublier pour un journal de médecine, dicte-t-il à la même date, les sensations particulières d'un malade qui s'observe avec attention. » Ainsi à ce moment il tournait ses idées vers l'utile , et sentait quelle utilité peut apporter à la science le poëte souffrant, observateur analytique, qui, ne pouvant plus étudier les hommes, s'observe en lui-même et suit encore d'un œil curieux le cours de sa propre maladie; mais le comique l'emporte immédiatement sur l'utile, et l'idée d'un article pour un journal de médecine lui remet en mémoire une anecdote qu'il dicte aussitôt :
« Anecdote authentique. — Un robuste campagnard se laisse amputer de la jambe gauche à la Charité. Pendant l'opération il conserve toute sa gaieté, et s'écrie joyeuse-