‹ Contes posthumes d'HoffmannChapitre 43 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment lorsqu'on lui montre la jambe coupée :'« Suis-je enfin débarrassé de cette patte maudite. » Lorsqu'on lui eut posé Tappareil^ il s'adressa au chirurgien en lui disant : « Cher M. vous \^ous êtes donné beaucoup de peine avec ma jambe gauche; les ongles de la jambe droite sont devenus bien longs , seriez-vous assez bon pour me couper tout de suite la jambe droite? »

Ce sont à peu près les dernières lignes qu'il dicta, si Ton en excepte le testament écrit trois mois avant sa mort, et qui prouve, par le sentiment qui éclate à chaque ligne, le bonheur domestique dont le grand conteur eût pu jouir auprès de cette Polonaise qu'il avait choisie pour compagne et qui sut se dévouer au soulagement des cauchemars artistiques et des tourmentes littéraires qu'Hoffmann a subis plus que nul autre poëte.

TESTAMENT d'hOFFMANN,

Nous, c'est-à-dire moi, le conseiller de justice Ernest- Théodore-Wilhelm Hoffmann, et moi, Marie-Thécla-Michaéline, née Rorer, nous avons vécu jusqu'ici depuis vingt ans dans les liens d'un mariage qui a été continuellement heureux et rempli de satisfaction ; Dieu n'a laissé vivre aucun de nos enfants, mais en revanche il nous a accordé quelques joies ; il nous a éprouvé par de lourdes souffrances que nous avons supportées avec un courage persévérant. Nous nous sommes toujours servis d'appuis réciproques, et nous avons agi comme des gens mariés qui s'aiment et qui s'estiment du plus profond de leur cœur.

S'il venait à plaire à Dieu de rompre nos liens et d'ap-

peler hors du Temps l'un ou l'autre d'entre rious ^ nous décidons, par ce testament^ expression unique de notre dernière volonté et de notre amour réciproque^ que la succession de celui qui mourra restera en héritage à Tépoux survivant, sans qu'il puisse en être distrait la moindre parcelle, à titre de propriété entièrement libre et illimitée, dont il pourra disposer suivant sa volonté, sans avoir jamais à en rendre compte à personne.

Moi, l'époux, j'ai écrit cette dernière concession réciproque de ma propre main, et moi, l'épouse, je l'ai lue plusieurs fois; tous deux nous la corroborons, et nous nous engageons à exécuter cette dernière volonté que nous exprimons, en la signant de notre propre main, et en y apposant notre sceau ordinaire.

Berlin, le 26 mars 182^.

Ernest-Théodore-Wilhelm HOFFMANN,

Conseiller royal de justice.

Mabie-Thégla-Mighaéline RORER, femme Hoffmann.

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