CHAPITRE VI
W^e» portraits d'Hoffmann. ^ jSes dessins.
J'écris ce chapitre^ entouré de huit portraits d'Hoffmann^ qui ne se ressemblent guère. Et cependant je peux dire : celui-là est le vrai ^ les autres sont des portraits poétiques^ à Tusage du public. Les deux portraits les plus trompeurs sont ceux qui furent gravés pour l'édition des œuvres complètes d'Hoffmann^ traduites par M. Toussenel. Le premier est un buste enfermé dans un médaillon^ soutenu d'un côté par un page et un hibou ^ de l'autre, par une jeune fille et un chat. Les cheveux d'Hoffmann sont des flammes ; il a les yeux extraordinairement allongés. Dans la seconde vignette, on voit un jeune homme long et maigre, distingué, âme souffrante , quelque chose à'Antony, pantalon noir et petits souliers, sans habits, grand col rabattu. Étendu sur deux tonneaux, ce jeune romantique fume une longue pipe de bois, dont le fourneau énorme sert à reposer ses pieds.
Campée sur le tonneau, est une grosse cigogne à sac, muette et réfléchie; devant le jeune homme romantique
se dressent, attirés par la fumée de la pipe , des serpents, des hiboux, des chauve -souri s, mille animaux fantastiques. Pauvre Hoffmann ! Il semble une vignette dessinée par Célestin Nanteuil pour un roman de monsieur Pétrus Borel.
Le portrait de M. Henriquel-Dupont, pour l'édition de Renduel, est traité avec plus de soin; mais le graveur a fait d'Hoffmann un conseiller aulique élégant, avec une houpelande à la Schiller, en gilet blanc, en cravate blanche, culotte courte de soie noire. L'homme qui tient une longue pipe de Kummer, emmanchée dans un long tuyau, est assis dans un riche fauteuil. Il est accoudé sur le piano. La boisson, caractéristique obligée d'Hoffmann , est représentée par une coupe ciselée, en verre de Bohême, avec des arabesques courant autour de ses flancs. M. Henriquel-Dupont n'a oublié qu'un détail, les lèvres d'Hoffmann, ces lèvres toujours pincées, qui souriaient même sans s'ouvrir, et cette bouche qu'il appelait luimême c( le trait ironique,». »
Les magazines vinrent ensuite, comme le Magasin pittoresque, le Musée des Familles ^ vulgariser les portraits d'Hoffmann; quoique traités en dessins à la plume, ces croquis ne sont pas exacts
Comme idéalité, la lithographie de M. de Lemud, qui a peint Hoffmann assis dans un riche fauteuil, sur lequel s'aceoude une jeune femme qni regarde avec intérêt des
* J'écrivais ceci en 1854 ; quand , voulant me renseigner plus exactement , je demandai à Henry Monnier où il s'était procuré les dessins d'Hoffmann qu'i publiait en 1830, dans le Mu$èedês Familles. <i Les dessins dont vous me parliez, m'écrivit le célèbre caricaturiste, sont de votre serviteur; j'ai voulu .cbanger ma mauii'ic de faire, alin do leur donner l'air étrange. »